Finkielkraut ne s’est pas encore émancipé du gauchisme

Publié le 1 novembre 2019 - par - 23 commentaires - 1 115 vues
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Dans A la première personne, Alain Finkielkraut reconstitue ce qui a été son aventure intellectuelle depuis la fin des années 1960. Il ne rédige pas une autobiographie, mais il retrace les étapes importantes de sa pensée, qui s’est développée au fil des ans pour répondre à des questions qui se posaient en France : l’amour comme au-delà du seul désir ou de l’érotisme, l’interminable question juive, les rencontres avec Barthes, Foucault, Kundera, la résurrection des nations en Europe à la suite de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, le concept éclairant d’arraisonnement (ou Gestell) cher à Heidegger, le scandale des Cahiers noirs dans lesquels Heidegger expose son engagement en faveur du socialisme national, la lecture de Péguy, Bernanos ou Hannah Arendt (amor mundi), et les dérives de l’hyperdémocratie qui rend tout débat impossible… Cet essai, comme tout ce qu’écrit ou dit Finkielkraut, est honnête, exact, précis, clair.

Attardons-nous cependant sur quelques-unes des étapes de l’aventure intellectuelle de Finkielkraut, qui sont aussi des moments forts de l’histoire de la France.

Pendant six ou sept ans, de 1968 à 1974 ou 1975, Finkielkraut s’est engagé à gauche et même à gauche du gauchisme : révolution, filles, drogue, refus de toute concession, discours sans fin ou sans queue ni tête, etc. Il n’a abandonné le gauchisme que pour l’affaire minuscule du désir. Les gauchistes, alors, faisaient du désir l’alpha et l’oméga du monde. Le désir était tout puissant et très peu miséricordieux, mais ils s’y abandonnaient, leur seule raison de vivre étant de baiser n’importe qui, des adolescentes ou des adolescents, même des enfants. Pour eux, seuls s’opposait à la tyrannie du désir le fascisme : d’où les élucubrations de Foucault sur les dispositifs fascistes, de pouvoir et de discours, qui font obstacle aux désirs. Finkielkraut ne doit pas s’étonner d’être devenu la cible de la haine viscérale de ses anciens camarades. Libération, Le Monde, l’Obs, Politis, les media subventionnés et tous les petits fonctionnaires de l’Université, etc. lui font payer très cher cette trahison.

La bouffonnerie gauchiste a été, pour la France, une tragédie. En 1968, les Français libres exerçaient le pouvoir pour réaliser les promesses du Conseil National de la Résistance. C’est contre eux que les gauchistes se sont révoltés pour porter au pouvoir dix ans plus tard un ancien antisémite, partisan de Vichy, qui n’a pas démissionné de ses responsabilités quand le régime qu’il servait en 1942 a livré aux Allemands des malheureux réfugiés internés dans des camps, qui a été un partisan acharné des guerres coloniales et a fait couper en deux en 1956 et 1957, alors qu’il était Garde des Sceaux, une quarantaine de condamnés.

Finkielkraut n’en est pas très fier, reconnaît-il aujourd’hui, et il explique ses délires par un « effet générationnel » : en bref, il était comme tous les autres. La « génération » est une notion ou un « élément de langage » qu’ont inventée les sociologues. Or, Finkielkraut se défie des sociologues, pour qui la génération est un horizon qui efface la verticalité, la lignée, la transmission, l’héritage, la dette envers ceux qui nous ont précédés en France. En réalité, il a accepté de hurler avec les loups. Pendant six ou sept ans, il a rejoint la meute et a fait bande avec ses camarades : pas d’esprit critique et fi de l’esprit d’examen. Plutôt que de seriner l’excuse générationnelle, il ferait mieux de s’interroger sur la réalité des études qu’il a suivies. L’ENS, l’Université, l’agrégation n’auraient-elles pour raison d’être que de façonner des esprits moutonniers ? Car, il a eu des Maîtres auxquels il a cherché à complaire, dont les pires : Barthes, Foucault, Heidegger. Certes, il s’est dégagé, mais timidement de leur emprise, pour aller vers d’autres Maîtres, meilleurs sans aucun doute et tout honorables : Péguy, Bernanos, Arendt, Kundera, mais Maîtres toujours, qu’il commente avec gratitude, ce qui est tout à son honneur.

Finkielkraut a été un bon élève qui a fait de son mieux pour satisfaire ses Maîtres et obtenir d’eux qu’ils le reconnaissent comme un des leurs. Sans cela, sa fascination pour les imposteurs Foucault ou Barthes est incompréhensible. De fait, sans le vouloir, il instruit le procès de l’école qui ne lui a pas appris à penser par lui-même. Par exemple, il s’attarde sur les délires de ses anciens camarades, Sallenave, Badiou, Deleuze et tous les autres fonctionnaires, qui font des juifs d’aujourd’hui les avatars des nazis d’hier. C’est immonde. Finkielkraut  explique ces délires par Marcion, évêque du IIe siècle qui a arraché le Nouveau Testament à ses racines juives. Or, c’est aussi l’influence forte du marcionisme en Allemagne au XIXe siècle qui, selon Alain Besançon, aurait facilité la complaisance des Allemands vis-à-vis du parti socialiste national. Marcion ne peut pas servir à tout.

En fait, ce que révèlent Badiou, Sallenave, Deleuze, etc., c’est, outre la bêtise, leur ignorance crasse des réalités du Proche-Orient et de l’histoire tragique de cette région du monde, où se sont multipliés les massacres, les tueries, les génocides et où la règle est la purification religieuse, doublée d’une abominable purification ethnique. Mais, de ces réalités, les gauchistes, qui transforment les palestiniens en messies d’un ordre nouveau, n’ont que faire. Ce n’est pas la énième trahison des clercs qui se joue ou se rejoue là, mais l’effondrement de l’école, dont les Maîtres sont aussi arrogants et ignorants que des ânes. Finkielkraut ferait mieux de s’interroger sur le QI de ces bardés de peaux d’âne que sont ses collègues et anciens camarades profs d’Université, chercheurs du CNRS, fonctionnaires à vie, du berceau au tombeau.

Finkielkraut a beau avoir abjuré, il ne n’est pas arraché au milieu qui l’a formé. En septembre 2001, en voyant les tours de New-York s’effondrer, il a pris conscience de la menace islamique. Or, cette menace était latente depuis plus de 30 ans. L’échec du nationalisme arabe et du socialisme qui y était lié, le triomphe de l’Arabie saoudite et des Etats islamiques de la péninsule ont entraîné la renaissance du salafisme et la mondialisation du frérisme. Si Finkielkraut avait fait de la connaissance des réalités du  monde son seul horizon, il aurait compris cela bien avant 2001. Les événements d’Egypte, du Soudan, d’Algérie, du Maroc, etc. et les attentats en Europe et en France (1972, 1975, 1980 et 81, 1986-89, 1995) montraient qu’une guerre souterraine était déclarée aux Occidentaux, aux juifs, aux mécréants, aux Français, etc. Il suffisait d’ouvrir les yeux sur le monde et de regarder. Finkielkraut l’a fait avec 30 ans de retard…

Les deux chapitres consacrés à Heidegger et à ses thèses sur l’arraisonnement ou Gestel sont justes : la nature, l’homme, le vivant, tout est broyé par la raison technicienne pour être transformé en ressources ou en  marchés. Mais l’arraisonnement du monde vivant et de la nature est la conséquence d’un phénomène premier : la croissance délirante de la population, sur laquelle l’omerta est totale. Finkielkraut n’y consacre pas une seule ligne. On ne peut que le regretter, mais les lecteurs éclairés ne s’en étonnent pas.

Etienne Dolet

Alain Finkielkraut, A la première personne, Gallimard, 2019, 124 p.

 

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Notifiez de
Pastre

Excellent article auquel il manque peut être le développement intéressant et plein de finesse qu’AF consacre à sa judéité. Retenons surtout du même Finkelkraut son amour absolu de la France w de la langue française et de la littérature française et son désarroi que nous partageons,
face à la disparition de notre identité, de nos traditions.

Emile

Moi , Finki , c’est avec des pincettes….
Un repenti qui conserve instinctivement certaines positions….

Hagdik

Les intellectuels français se sont si souvent comportés comme des imbéciles que nous devrions toujours les tenir pour tels, jusqu’à ce qu’ils aient prouvé le contraire. (Georges Bernanos).

POLYEUCTE

« Peut-on pardonner à ceux qui nous ont offensés ? »
Chacun, comme Vous et moi, ont évolué dans leur vie.
La Sagesse vient avec l’âge, mais les jeunes ne savent pas…
D’où ces commentaires… à pardonner !!

Misislamique remigrateur patenté

Finkelkraut , combien de divisions ?
Son influence est plus que dérisoire au contraire du hibou (d’ impatience) Attali .
Qu’ il ait lu Spinoza, Kant, Heidegger , Kirkegaard , Platon , Marcuse , Hegel , Marx ,Husserl , Merleau – Ponty , Nietzsche , Alain ou autre torturé des méninges , on s’ en bat les c…

François BLANC

comme 80% de la population qui est formatée par l’école marxiste de la république depuis 1945,
Mais FInk à quand même des éclaircies contrairement à BHL et à Attali et il n’hésite pas à défendre Astérix-Zemmour

Je crains que cette idéologie de merde ait également contaminée Israël puisque leurs gauchistes veulent virer Netanyahu, ce qui risque de signer la fin de ce petit pays identitaire

Bernard Atlan

Belle analyse de l’évolution d’un homme, tombé dans un trou, mais qui lève la tête, certes avec retard, pour regarder la vérité

jones

finkie ne cite jamais la culpabilisation del’homme blanc occidental par la shoah,,devenue une veritable religion ,,,voyages organises et finances par l’etat a auchwitch des eleves de france ,,commeratiions diverses avec constructions d’autels toujours finances par l’etat,,,zemmour ,pareil ,pas un mot sutr l’entreprise de demoralisation et de culpabillisation de l’homme blanc europeen par la schoah,,,meme des pays comme la pologne(et d’autres pays victimes du nazisme) est sommee de cracher au bassinet ,,,
au final ,on peut parler de tout en france sauf du probleme juif

Boadicea

Jones votre raisonnement est à la hauteur de votre niveau intellectuel tellement nul que vous faites presque pitié.

Misislamique remigrateur patenté

Chère guerrière celte ,
on ne peut nier que des membres de leur communauté nous « gonflent  » avec leur litanie shoatique et auschwitz-birkenautienne depuis plus de 50 ans

Fomalo

Vous devriez écouter parfois , les chroniques de « CAUSEUR » pour arrêter de prétendre que Finkielkraut ne cite jamais la « culpabilisation » de l’homme blanc! La France n’est pas l’Allemagne et l’inflation obèse de la dernière dans la question de la Shoah (films , livres, pièces) montre bien celle de la France qui emboîte le pas depuis plus de 35 ans à sa maîtresse économique (jusqu’ici). On se pose la question de la date où B.H Lévy parviendra à être élu à l’Académie Française- bien que lui et A.Finkielkraut aient combattu côte à côte pour les petits croates et bosniaques-.La culpabilisation des occidentaux se faisant à présent sous l’égide du CRAN et de la goche laissée là par Finkielkraut, nous attendons que les pays de ces clandestins migrants crachent au bassinet à leur tour!

Marc Larapède

Etienne Dolet, je ne connais pas Finkielkraut comme vous, mais je n’ai jamais apprécié ce personnage que je trouve fade et consensuel.

reuri

Il est pour le multiculturalisme, a traité Donald Trump de « gros c… », a toujours vomi sur l’affreux populo français qui ne veut pas du cosmopolitisme, a volé au secours du porc dsk. Et maintenant qu ‘il se sent menacé par le tchernobyl bougnoulique (qu’il a encouragé contre ces méchants peuples de souche), il voudrait que le français se batte à sa place ? C’est quoi cette arnaque ?

Rems

Bravo tout est dit !

didile

Le drame de ces grands penseurs ,de ces grands philosophes , de ces grands intellos c’est d’avoir de trop grandes bibliothèques au lieu d’avoir un frigo comme tout le monde .
Ils croient que la vie est dans les livres ,eh non ,elle est dans la rue et pour la comprendre un tant soit peu ,il faut regarder par la fenêtre .
Qu’ils demandent à leur concierge ce qu’elle pense au lieu de le demander à
Hannah Arendt !

kemerlis

excellent compte rendu, précis et éclairant

patphil

finkielkraut a quand même voté macron, comme la quasi totalité des syndicalistes patentés, comme 3/4 des « insoumis » et la majorité des catholiques qui se lamentent aujourd’hui de voir la famille mise à bas !

reuri

Quand on pense que la ville de Lourdes a voté à gauche, si son modèle c’est le Paris-Bamako de l’âne hidalgo, ça va être chouette la cohabitation avec les ingénieurs cannibales, ha ha !
https://www.fdesouche.com/1288039-lourdes-65-augmentation-de-220-du-nombre-de-vols-a-la-tire-depuis-le-debut-de-lannee

B.B.

Tant pis pour eux. Ils l’ont bien cherché. Pourtant, entre les deux tours de la Présidentielle, le psychiatre italien SEGATORI, avait prévenu les Français.

Beau Fixe

n’importe quoi !

lustucru

Excellent ! Néanmoins, il n’y a pas que cette bêtise légitimement dénoncée dans l’oeuvre de Foucault, Deleuze et c°. J’ai du mal à comprendre comment bêtise et intelligence peuvent autant voisiner. C’est le gauchisme, c’est l’idéologie qui engendrent , dans l’esprit, ce point ininterrogé qui , telle des fondations vont assurer longévité ou effondrement de l’édifice, selon qu’elles sont bien ou mal réalisées.
Deleuze; aller écrire un pamphlet à la gloire d’Arafat !
Foucault: compter sur l’ayatollah Khomeyni pour constituer une alternative au capitalisme !
A quoi sert donc l’intelligence chez ces individus ? L’usage qu’ils en font oblige à se demander s’ils n’étaient pas aussi complètement idiots.

Raoulpierre

Excellent. Bravo. Bon Finkielkraut a pris un peu de retard c’est tout à son honneur il lui reste a soutenir fermement Éric Zemmour… Quant à moi j’ ai baigné dans le gauchisme a 17 ans. J’ai l’âge de Zemmour et parisien j’ai le prof d’économie maoïste  »vive la Chine ». (En grève ou malade la moitié de l’année… La prof d’histoire …communiste vive le paradis soviétique …Abas les états unis Satan. … Etc etc j’ai eu le bac la merde marxiste nous emmerdaient. On s’en moquait en jouant les anarcho écolo … Mais la vie. Le travail Les lectures m’ont fait découvrir. Raymond Aron. Philippe Murray Soljenitsyne et tant d’autres mais combien il reste encore de gauchistes vieux cons lisant encore. Ce torchon … libération