Fonctionnaire de police, je sais que permis à points et radars ne sont que démagogie et endoctrinement

Je me permets de vous faire part de ma réaction au sujet des écrits de Mme Sylvie Bellance sur ce qu’elle vous reproche, et sur sa conception de la « sécurité routière ».
Cette lectrice qui croit savoir une foule de choses sur la sécurité routière, le respect des autres, les vies sauvées etc se pose en diseuse de leçons très démagogique.
Fonctionnaire de police, je sais mieux que beaucoup de monde ce que sont ces « incivilités », et c’est avec consternation que je lis des bêtises pareilles.
 
Mme Sylvie Bellance, considérez-vous vraiment que le « projet de sécurité routière » importe vraiment aux yeux de nos dirigeants ?  Que pensez-vous des sanctions appliquées eu égard aux différentes infractions commises ?  Il vous manque certainement une qualité Madame, c’est le pragmatisme. Je puis vous dire que les radars, les limitations de vitesses, le permis à points qui fêtera ses 20 ans cette année sont tous, sans exceptions, de la démagogie, de l’endoctrinement à des fins politiques.

 La politique du chiffre dont nous sommes les premières victimes le démontrent: un « certain nombre » d’infractions de tel type sont à relever, un « certain nombre » d’infractions d’un autre type sont également à relever etc (politique dite « des quotas »). Tout n’est que statistiques… Vous parlez du nombre de morts considérable: savez-vous que les chiffres officiels sont non seulement sujets à caution mais également interprétés pour leur faire dire ce qu’on veut. Un exemple? Les victimes qui sont comptabilisées sont des personnes décédées dans un certain laps de temps après l’accident. Quelque fois, elles décèdent d’une cause annexe aggravée par l’accident, d’autres fois encore le décès a lieu bien plus tard, quelque fois des personnes ivres meurent dans l’accident car l’alcool vomi a induit une fausse route fatale etc, etc.  Le gouvernement comptabilise ce qui lui plait en fonction de la politique du moment et de ce qu’il veut démontrer.
 
Fait apparemment tabou: au vu de la densité de circulation sur le territoire français tout au moins, savez-vous que le pourcentage d’accident graves et mortels est bien plus faible qu’il l’était il y a 50 ans, toutes proportions gardées ? Que vous avez beaucoup moins de risques à ce jour de mourir dans un accident de la route pour une distance parcourue de 100 km que sur 20 km il y a 50 ans? Et que dire de ce qu’étaient les conditions de circulation générale il y a 1 siècle ou plus! Bandits de grands chemins, chevaux qui s’emballaient, casse mécaniques etc !
Non vraiment vous n’y êtes pas, car vous ne regardez pas les progrès faits par l’industrie automobile (distance de freinage très raccourcies, déformations des véhicules absorbant les chocs), tout comme la voirie (revêtements adhérents, glissières de sécurité..), et bien d’autres paramètres physiques encore qui améliorent la sécurité dans des proportions incroyables.
Culpabiliser les automobilistes qui roulent quelques km/h au dessus de la vitesse « réglementaire » en entrée d’agglomération et qui se font « attraper » par un radar en descente le plus souvent est vraiment un jeu facile, d’autant que les radars  ne sont pas implantés là où c’est dangereux, mais là où les excès sont commis…Voyez-vous la nuance ?
Ne pas y voir un piège d’État qui a décidé de criminaliser la conduite, c’est être aveugle.  Il est évident que la rentabilité d’un radar automatique implanté là où sa rentabilité a préalablement été étudiée, est autrement supérieure à la libre appréciation de la dangerosité du conducteur dans cet instant « t » par un agent des forces de l’ordre.
 
Le Code de la route a cela d’aberrant qu’il est figé: il ne distingue pas la différence de potentiel dangereux entre un excès de vitesse de 10 km/h sur une autoroute de nuit, à circulation très faible d’un autre excès de 10 km/h sur une départementale d’Ile de France à 17h, autrement plus chargée: les sanctions prévues sont pourtant les mêmes.
Nos élites en charge de ce problème l’ont bien compris: en moralisant, en culpabilisant les conducteurs quotidiennement on arrive à tout leur faire faire, jusqu’à accepter de payer (quel que soit le salaire du contrevenant) des sommes importantes pour des infractions parfois commises dans des conditions n’induisant aucun réel danger pour autrui. On y voit là plus qu’une sanction, mais un matraquage évident car très rentable. Je reste convaincu que nous ne savons rien de ce qu’il en est réellement de tout cela et du lobby qui y est attaché (accords État -sociétés privées pour le matériel, cf affaire avec Sagem et la commande des radars automatiques).
 
Je pourrais vous expliquer mon point de vue à la foi personnel et mon expérience professionnelle, par une foule d’autres éléments: ceci dit, votre dogmatisme et votre doctrine du  « tout sécuritaire » telle qu’annuler le permis à qui téléphone au volant démontre à quel point vous êtes dans l’extrême: je ne cautionne pas un comportement aussi dangereux voir potentiellement meurtrier, mais le Code de la route comporte comme le Code pénal, une échelle de mesures…..

 

Et enfin je terminerai par cela: songer seulement qu’à force de marcher à la statistique qui veut s’approcher du « risque zéro », de vouloir une société aseptisée où l’on maîtrise tout, tout le temps, en tous lieux, où tout danger est écarté, il arrive un moment où les effets pervers se font sentir.

Les automobilistes sont de moins en moins convaincus d’être autre chose que des portefeuilles ambulants sur qui l’on tire, d’autant plus que pour beaucoup conduire est une nécessité quotidienne dont ils se passeraient bien.

Une sorte de pédagogie répressive et contre-productive est bien née . . .

Aurélien Bonneterre

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