Foutchebol

L’accent brésilien adoucit d’une exotique lumière ce sport injustement décrié. En revenant à ses sources, à l’instar d’Adam et Eve, il ne portait pourtant pas en son sein tous les vices à venir… Un jeu comme bien d’autres, en collèges couverts de lierre, élitistes et gothiques, pour étudiants désœuvrés, aristocratiques et sportifs. Si jouer au ballon sans y mettre les mains est légèrement contre-nature mais ne mange pas de pain, l’activité ludique de Britanniques par nature excentriques et par choix paraplégiques ne laissait aucunement présager de la survenue des amputés de la morale et des handicapés du cerveau. Force est de constater que ce sport de gentlemen joué par des gentlemen a quelque peu dégénéré par rapport au credo originel en devenant un sport de voyou joué par des voyous.

Après le jeu est advenu l’enjeu. Tout comme l’argent corrompt, la notoriété rend con. Comment résister à l’appel de la gloire dorée sur tranche quand on est tant défavorisé de la tronche, si jeune et si mal né. Plus que de longues études, il vaut mieux se cultiver le mollet, s’affermir le coup de pied, s’affirmer en coups de boule et rebattre les cartes sociales sur le tapis vert pelouse. Il n’est pas étonnant de voir que les supporters, tifosi, socios, aficionados, hooligans, ultras et autres sectes fanatiques s’acharnent à vénérer leur spectacle favori malgré l’avènement du règne du fric, de la frime, de la triche, des putes et des racailles. Ils ont tout simplement devant eux tout ce qu’ils auraient rêvé devenir – des mercenaires millionnaires sans foi ni loi – si seulement ils étaient partis du bon pied dans la vie. Que de coups de pieds se sont perdus… de coups de pieds au cul !

Panem et circences : peu importe que l’esprit du jeu soit dévoyé du moment que le pain noir devienne une bonne brioche et que surtout des buts soient marqués à l’adversaire atavique, de préférence en derby. Bien sûr, on aimerait bien voir, en un juste retour des choses, s’y appliquer aussi la discrimination positive, espérant sur le terrain une répartition plus en adéquation avec la réalité ethnosociologique du pays : Vous n’y pensez pas ! Les seuls critères de sélection ne sont pas la couleur mais la valeur des joueurs… Cela laisse pantois ! Le coup de pouce au gratin des cités propulsé à Sciences Po a-t-il comme seul critère la valeur intrinsèque ?

Mais rassurons-nous. Dieu existe ! Le Vengeur pour le moins. En voici la preuve. On L’a vu à Naïsna, tout en Gloire rageuse ! C’est comme lire, effrayés, un récit biblique où le ciel tonne, la foudre tombe et la terre s’entrouvre, que de se remémorer la fascinante épopée de l’équipe de France en Afrique du Sud, lors de la coupe du Monde de l’année 2010. Les laborieux tricolores Black-Blancs-Beurs de Raymond Domenech s’étaient élégamment qualifiés pour le Mundial aux dépens de valeureux Irlandais par la magique intercession de la double main du Dieu Henry… à la dernière minute, force du destin oblige ! Sans doute notre Thierry frondeur avait-il été à bonne école en admirant, étant minime, le messie Maradona qui, en d’autres temps, avait fait si bon usage de sa divine mimine en éliminant l’Anglois, pas si perfide pour une fois… revanche de la guerre des Malouines par l’action de la main de Dieu qui fut celle du Malin… Ou comment le fair-play fondateur est devenu le cynique et narquois good-game.
Singer ces turpitudes s’appelle rater le coche, louper l’histoire glorieuse, le devenir immortel. Pour les Français, reconnaître la triche eût été si grand, mémorable, honorable, chevaleresque… geste admirable que l’histoire aurait retenu… il est des inoubliables défaites… Rappelez-vous Séville. Encore eût-il fallu que l’esprit de la joute perdure dans ces jeux de ces jeunes sans valeurs, hormis les sonnantes et trébuchantes. Alors, la fin fut à l’aune du début. Les vuvuzelas entêtantes ne furent pas, pour les Français, les trompettes de la renommée mais sonnèrent le glas de la gonflette des Froggies, qui n’arboraient, à l’instar de Ribéry, que de tristes faces de crapauds épuisés.

On a les idoles qu’on choisit… ou qu’on mérite. Cela s’est achevé en lamentable apocalypse qui n’est rien d’autre qu’une révélation finale. Apocalypse dérisoire qui ne fut que la révélation d’un état d’esprit de crétins arrogants et repus. La France fut classée 32e sur les 32 nations engagées. Tout fut dit car tout était écrit en lettres latines : Mortibus de profundis.

De profundis morpionibus et excitat verolabus… et secatis roupettibus… La-lalalala-lalalala… Paillarde à chanter dans le bus… quand on ne daigne pas en descendre !

Frédéric Sahut

 

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4 Commentaires

  1. Très difficile d’échapper à l’omniprésence chronophage du foot aujourd’hui, quand on ne s’y intéresse absolument pas !

    • No comprendo cher Polyeucte;
      « Superbe prose » c’est possible. « Sport débile », c’est certain. Mais mon camp, c’est l’ovalie… avant, qu’a son tour, elle ne dégénère aussi. Il est temps que j’écrive sur les valeurs rugbystiques.

      Post scriptum : si cela vous amuse, vous pouvez être mon lecteur -correcteur-critique. J’ai d’autres articles à peaufiner sous le coude.
      sahut.frederic@gmail.com

      • Je voulais simplement dire que c’était « donner de la Confirure aux Cochons » !!!

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