France Inter : Les tours de passe-passe de l’enfumeur Bidar (3e partie)

Publié le 16 juillet 2014 - par - 926 vues
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bidarCyrano bonjour,
Voici la suite de notre Abdennour favori…
Très beau tour de passe-passe dans le premier paragraphe… : -le génie de la France, c’est la « diversité dans l’unité »… (très fort…), et « de savoir également réunir cette humanité »… (en gros : elle n’a que ça à faire…) « dans les mêmes droits et les mêmes valeurs » (oui, mais eux ne veulent pas…), et elle « devra faire encore et toujours »… (ben, voyons…), « la preuve »… (toujours elle), « les faire vivre ensemble … au-delà de leurs différences »… (tout le boulot est pour elle, et si ça ne marche pas, alors ce sera sa faute…)
Paragraphe suivant mystificateur : « les sociétés musulmanes sont très largement profanes »… (on a vu ce que ça a donné en Libye, et maintenant en Syrie…), « les sociétés turques, tunisiennes, ou iraniennes sont en réalité à présent sécularisées… »… (Ah bon ? les Erdogan et autres Ayatollahs : c’est quoi ?…), « en Arabie saoudite, la religion perd du terrain »… (Ah bon ?…).
Même chose avec le suivant : « la radicalité est un non-sens à l’égard de la civilisation islamique »… (pas mal…, mais pourquoi aucun pays musulman ne le dit ?…), « l’amour et l’érotisme des Mille et une nuits »… (les belphégors avec leur bâche ou autre tente de camping doivent être heureuses de le savoir…), « l’ensemble du monde musulman fait un effort gigantesque »… (Ah, ben… : on a vu dans tout le Proche-Orient…)
La suite promet tout autant…
Sincères salutations,
Elie Prodhomme

Diversité de la France et de l’Islam : samedi 5 juillet 2014
« La France interpelle l’islam. L’islam interpelle la France »
http://www.franceinter.fr/emission-france-islam-questions-croisees-diversite-de-la-france-et-de-lislam

(Mohammed Arkoun lors d’une conférence de l’UNESCO le 28 mars 1996.)
Dans ce monde musulman qui s’étend vous le savez de l’Indonésie jusqu’au Maroc, et de l’Asie centrale jusqu’à l’Afrique du Sud, nous rencontrons tellement de voix, tellement de peuples, de cultures, et à l’intérieur de chaque société, chaque nation. Nous rencontrons également des groupes sociaux-culturels très diversifiés qu’il est très difficile de ramener cette diversité à une seule qualification : l’Islam (Musique)

Diversité de la France et de l’Islam : « France, Islam : Questions croisées », Abdennour Bidar : Bonjour à tous…
La semaine dernière, je vous ai parlé de l’urgence et de la nécessité d’une réconciliation entre la France et ses musulmans. C’est le but auquel je veux contribuer modestement, mais résolument dans cette série d’émissions. Je vous ai parlé aussi un peu déjà… –même si nous allons approfondir cela dans les semaines qui viennent– des raisons pour lesquelles France et islam ont autant de mal à s’entendre. La première de ces raisons est que chacun des deux traverse une crise d’identité et que, par conséquent, chacun des deux se voit dans le miroir de l’autre qui lui renvoie le plus souvent l’image de la crispation de sa propre identité. C’est la raison pour laquelle je vous propose de réfléchir avec moi, sur l’idée qu’aujourd’hui la France et l’islam de France se donnent mutuellement une occasion de réfléchir avant tout sur : eux-mêmes. (Musique)

La France fondée sur la laïcité, l’égalité entre les femmes et les hommes, la liberté de conscience vis-à-vis des dogmes de la religion, renvoie la culture musulmane traditionnelle à la responsabilité de se questionner sur ses difficultés historiques et durables sur chacun de ces points : toutes ces difficultés que parfois la culture musulmane a du mal à regarder en face. On aura l’occasion d’en reparler : mais inversement, l’islam appuie lui aussi là où ça fait mal, il renvoie à la France l’image d’une société, d’une culture, de mentalité aussi, qui ont du mal à comprendre et à accepter que l’identité française se soit autant diversifiée, qu’elle est devenue : Black, Blanc, Beur, comme on disait en 1998, quand on a gagné la coupe du monde de football, et qu’on a connu alors, pour quelques semaines seulement, ou quelques mois seulement, l’état de grâce d’une société en communion avec toutes ses composantes. L’état de grâce d’une société capable de percevoir ses richesses internes, ses différences internes de couleur, de culture, de religion comme un bénéfice. L’état de grâce d’une société à la hauteur de son génie : car c’est bien cela le génie de la France comme le disait notamment l’historien Fernand Braudel dans son grand livre sur « L’Identité de la France » –C’est le titre du livre paru en 1986– à travers une formule restée célèbre, je le cite : « La France se nomme diversité ». Je rajouterai seulement : « diversité et unité, diversité dans l’unité », car le génie de la France est plus complexe –me semble-t-il–, plus noble encore que d’accueillir la diversité des cultures dans la même société. Son génie en effet, c’est non seulement d’accueillir ainsi en elle-même une image de l’humanité, la plus complète et la plus large qui soit, mais de savoir également réunir cette humanité, réunir cette diversité sans la nier pour la faire vivre dans le partage des mêmes droits et des mêmes valeurs. La France devra toujours à l’avenir, si elle veut conserver, se conserver légitimement comme nation, faire encore et toujours la preuve de cette capacité à faire vivre ensemble tous ses membres avec leurs différences, et au-delà de ces différences, sans sacrifier la diversité à l’unité, ni l’unité à la diversité… (Musique)

Avant même d’aller plus loin dans l’analyse de cette relation devenue si conflictuelle entre la France et l’islam, je voudrais aujourd’hui et demain dimanche qu’on s’entende un peu mieux d’abord sur ce que l’on appelle « l’Islam », car dans cette affaire, comme dans bien d’autres, la confusion et les malentendus commencent déjà –on le sait tous– sur le sens même des mots. En l’occurrence : le mot « Islam » désigne à la fois une religion et une civilisation. Quand on parle de la religion islam, on utilise un « i » minuscule, de même qu’on écrit « christianisme » ou « judaïsme » avec un petit « c » et un petit « j ». Quand on parle en revanche de la civilisation qui s’est organisée ou cristallisée autour de la religion islamique : on écrit alors le mot « Islam » avec un « I » majuscule. Or la première chose à comprendre est que cette civilisation islamique –comme toute civilisation du monde d’ailleurs– déborde, dépasse infiniment le domaine de la religion. Elle englobe également des arts, des sciences, des littératures, des coutumes, des organisations sociales, bref : tout ce qui constitue, ici comme partout, la diversité prodigieuse de chaque culture humaine. Il est très important de bien prendre conscience de cela, de bien en prendre la mesure pour éviter notamment une idée toute faite. Quand on parle du monde musulman en effet, il ne faudrait pas s’imaginer des sociétés où il n’y aurait que du religieux, et où la religion commanderait tout, gouvernerait tout. La plupart des sociétés du monde musulman sont aujourd’hui très largement profanes, et très semblables de ce point de vue à celles de l’Occident où la religion a perdu la majeure partie de son influence d’autrefois. Or vu d’Occident justement, on a l’impression au contraire, d’un fossé de civilisation abyssal, et beaucoup ici persistent à croire que : « monde musulman » veut dire religion, encore religion, et seulement religion. Or, les sociétés turques, tunisiennes, ou iraniennes –pour ne parler que des plus caractéristiques à cet égard– sont en réalité à présent profondément sorties de la religion, c’est-à-dire sécularisées, et beaucoup plus même parfois qu’elles n’en ont conscience ou qu’elles ne veulent se l’avouer. La religion, tout en y restant présente n’est plus ni le moteur de l’Histoire, ni le principal sujet de préoccupation des gens, ni la référence unique en matière de morale, ou de ressource de sens. Elle est devenue ni plus ni moins qu’un phénomène social parmi d’autres dont l’influence est très variable selon les individus, les familles, les milieux sociaux, etc., et même dans des bastions de domination du religieux comme l’Arabie saoudite, la religion perd invinciblement du terrain. Attention donc à ce que vu de France, on ne tombe pas dans ce qu’on appelle l’essentialisation, c’est-à-dire la réduction de l’Islam à une réalité unidimensionnelle et uniforme. (Musique)

C’est une chose capitale que de bien comprendre que la civilisation et la culture : les cultures, les sociétés du monde musulman ne se limitent pas à la religion. Je le dis aussi d’ailleurs à l’usage des Musulmans qui vivent aussi ici en France, car j’observe que certains se radicalisent, et qu’ils sont tentés –si vous me passez l’expression– de mettre de la religion partout : c’est-à-dire de faire passer la totalité de leur vie sous le contrôle de cette religion, d’afficher en permanence leur identité religieuse, et de diviser à peu près tout ce qu’ils font entre ce qui est halal ou pas halal : c’est à dire c’est bien ou mal selon les normes historiques de l’orthodoxie religieuse. Or, cette radicalité est un non-sens à l’égard de la civilisation islamique, un non-sens à l’égard aussi bien de son passé que de son présent. Depuis toujours, cette civilisation islamique, et donc l’identité islamique, se sont définies au-delà de la religion Islam, et nourries à des sources tout autres. Pour ne prendre qu’un exemple : les merveilleux contes des « Mille et une nuits » ont été imaginés dans la civilisation islamique, et pourtant leur éloge de l’amour, leur érotisme, n’ont évidemment rien à voir avec la religion. Et aujourd’hui dans le monde musulman, à peu près toutes les jeunesses s’émancipent de l’autorité de cette religion. Elles ne la rejettent pas forcément, mais elles aspirent à trouver un rapport plus libre, plus personnel, plus actuel aux vielles croyances et aux vielles prescriptions. Vis-à-vis de ce mouvement qu’on a vu à l’œuvre depuis les printemps arabes de 2011 : je ne voudrais donc pas que l’islam français s’engage dans un tragique contresens historique, c’est-à-dire dans cet anachronisme qui le verrait réclamer toujours plus de religion, toujours plus de visibilité pour la religion, à l’heure même…, à l’heure même où l’ensemble du monde musulman fait –tout au contraire– en sens inverse, un effort gigantesque pour s’arracher à la domination de la religion sur la vie lorsque cette domination menace de devenir totalitaire et d’enfermer ou d’emprisonner l’individu dans une communauté close. (Musique)

C’est tout pour aujourd’hui : à demain, et que la paix soit sur nous tous… (Musique) (8’59’’)

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