France Inter : suite du discours du petit malin Abdennour Bidar…

Publié le 18 juillet 2014 - par - 1 413 vues
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bidarSuite du discours de notre petit malin…

Premier paragraphe : – Ben voilà : « les musulmans sont comme nous ! »… (mince alors : et leur entrave à la circulation dans les rues pour leur prière ? Et leur bruit la nuit ? Et leur costume folklorique avec tentures ? Et leur exigence pour une nourriture particulière halal ? Et leurs drapeaux étrangers dans les rues ?), – « nos concitoyens, nos compatriotes »… (c’est quand même un peu difficile pour eux d’accepter l’Histoire de France et d’être derrière elle dans les conflits…, comme par exemple dans l’intervention en Libye, à bord du porte-avions…), – « mais il y a de vilains regards ou attitudes qui les désignent comme étrangers… »… (ah, ben, c’est sûr…, quand on sait qu’ils font la loi, et que l’on ne peut rien leur dire : on a quelques réserves… Puis à l’inverse, quand l’on va dans un marché arabe… : c’est drôle…, mais les gens se tournent vers nous…), – « le musulman est de toute évidence pleinement d’ici »… (ben voilà : la revendication du terrain conquis est claire ici…).

Paragraphe suivant : – « ils sont dans une situation difficile en dehors des bornes géographiques du monde musulman »… (les pauvres… : – et les autres religions…, se plaignent-elles ?), – « des médiateurs entre l’Orient et l’Occident »… (les médiateurs en principe sont faits pour concilier les partis. Eux, au contraire, provoquent et font tout pour s’imposer…), – « être à la fois d’ici et d’ailleurs »… (c’est bien là où le bât blesse, car ils se sentent évidemment plus d’ailleurs…).

Paragraphe suivant : – « communauté musulmane de France »… (hétérogènes ou pas, l’Oumma ne fait pas de différence, et ils agissent de toute façon dans la même direction…), – « monsieur Islam n’existe pas »… (discours d’enfumage total : la disparité est valable pour tout groupe religieux, mais n’explique en rien les exigences et revendications des musulmans, quelles que soient leurs origines…), – « on peut regarder ceux qui en font toujours trop avec une certaine bienveillance »… (ça s’appelle une contradiction : « toujours trop » veut dire qu’ils se font remarquer et qu’ils ne veulent pas s’adapter à la laïcité…), – « l’identité ou l’origine religieuse ne sera jamais qu’une partie »… (seul problème : c’est la partie qu’ils revendiquent…, pour par exemple, des aménagements pendant les heures de travail…).

De quelques préjugés sur les musulmans : N°4 du dimanche 6 juillet 2014

« La France interpelle l’islam. L’islam interpelle la France »

http://www.franceinter.fr/emission-france-islam-questions-croisees-de-quelques-prejuges-sur-les-musulmans

(Voix féminine) Ma confession : c’est musulmane ! Donc, je suis profondément musulmane ; donc, je ne fais pas le ramadan ; parce que ça me fatigue ; parce que c’est dîner tard… La religion pour moi c’est quelque chose de personnel qui se pratique entre soi et soi, et…, et je me démerde très bien entre moi et moi, ça se passe bien merci… Ha-ha…

De quelques préjugés sur les musulmans : « France, Islam : Questions croisées ». Abdennour Bidar : Bonjour à tous. J’ai essayé hier de définir un peu mieux le mot « islam ». Je voudrais maintenant m’interroger avec vous sur le mot : « musulman ». Qui sont donc les musulmans ? Qui sont donc ces femmes et ces hommes que beaucoup de préjugés considèrent aujourd’hui comme « l’autre » par excellence. Celui qui ne serait vraiment pas comme nous –on le sait– : l’effort que l’on fait pour connaître l’autre et ce qu’on a trouvé de mieux jusqu’ici pour réussir à s’entendre et à se comprendre avec lui. À ceci près que les musulmans de France ne sont justement plusdans leur très grande majorité des « autres » : c’est-à-dire des éternels étrangersqui le resteraient et qui seraient encore et toujours à intégrer, alors même qu’ils sont nés ici, ou qu’ils y vivent depuis des décennies et des décennies. Réfléchissons-y un instant : les musulmans de France sont-ils réellement si différents des autres membres de notre société ? Leur foi déjà, les rapprochede tous les autres croyants : catholiques, protestants, juifs, etc.… Quant à tous ceux qui sont d’origine musulmane, mais… ni très croyants, ni très pratiquants : ils sont vis-à-vis de leurs racines religieuses dans la même situation de relatif éloignement, voire d’abandon pur et simple, qu’une majorité d’individus dans notre société, lorsque par conséquent on ne se laisse pas arrêter par la consonance de tel ou tel prénom : Kader, Malika, Abdellatif, ou l’éventuelle différence de la couleur de peau. On constate quoi ? Et bien on constate, que derrière cette étrangeté présumée, il n’y a finalement que nos concitoyens, nos compatriotes, nos voisins, nos collègues de travail, nos commerçants, qui vivent largement, voire complètement comme tous les autres membres de notre société : ils partagent la culture commune, et les difficultés communes du reste de la population française ; ils regardent les mêmes programmes de télévision ; ils ont eux aussi des fins de mois difficiles, et entre l’athée, le juif, le chrétien, le musulman, le bouddhiste, etc., la vie française n’est ni plus ni moins pour les uns et les autres que le même long fleuve presque tranquille. Je crois donc qu’il est grand temps que nous reprenions collectivement conscience de cette proximité réelle, quotidienne que nous avons tous les uns avec les autres au-delà de différences religieuses dont nous avons tendance à exagérer et à fantasmer l’importance comme si elles érigeaient vraiment des barrières immenses entre nous. Je remarque d’ailleurs que certains musulmans eux-mêmes ont tendance parfois à exagérer leur différence, autrement dit : à surévaluer leur étrangeté, et à sous-estimer au contraire leur appartenance à la société française. Le problème est ici dans les deux sens : un certain nombre de regards ou d’attitudes les mettent à distance ; les désignent et les traitent encore et toujours comme étrangers, mais il y a aussi des blocages intérieurs qui empêchent l’individu de se sentir pleinement d’ici, alors même qu’il l’est de toute évidence. Et puis, autre facteur qui nous fait trop souvent oublier notre proximité : c’est de plus en plus le mal de notre société –vous l’aurez remarqué– que de définir les individus d’abord à partir de leur communauté : de leur groupe ethnique ; de leur religion, alors que, avant d’être ceci ou cela, nous sommes tout de mêmes humains, frères humains, et c’est la conscience de cette humanité partagée qui –à mon sens– doit primer sur le reste pour nous aider encore une fois au quotidien, à nouer entre nous des relations sociales, des relations d’estime, de confiance, d’amitié, d’amour : bien au-delà des frontières toujours trop étroites de telle ou telle communauté. (Musique)

L’identité française ? – C’est nous tous !… Nous l’avons tous en commun et en partage, mais cela ne signifie pas bien entendu que nous serions tous identiques. Il y a chez chacun une part de différence aussi, et pour les musulmans qui vivent ici, cette différence tient d’abord au fait qu’ils sont dans une situation tout-à-fait spéciale : ils vivent en dehors des bornes géographiques du monde musulman, dans une position donc très singulière, assez difficile d’extériorité, et ici en France de minorité, de mixité culturelle qui fait de leur identité musulmane, une identité forcément plus complexe, hybride ou mélangée. Par là même, je crois qu’ils sont des ponts entre Orient et Occident : des médiateurs, même si, le plus souvent pour les jeunes générations nées en France, l’Orient du pays d’origine de leurs parents ou de leurs grands-parents, ne correspond plus vraiment à leur propre culture. Néanmoins, s’ils conservent la pratique d’une langue ou d’un dialecte, quelques coutumes ou bien l’attachement à la religion : alors ils ont bien la capacité d’être des passeurs entre ces deux mondes, et ils ont aussi –je crois– la responsabilité de prouver par leur propre vie, la possibilité d’être à la fois d’ici, et un peu de là-bas… (Musique)

Les musulmans de notre société sont issus de bien des pays. Ils sont d’origine maghrébine, africaine, turque, et entre leurs cultures d’origine, il y a de telles différences qu’ils se ressemblent au moins autant par leur appartenance à la société française que par leur lien religieux. Dans ces conditions : doit-on même continuer à parler –comme pourtant nos médias le font tout le temps– d’une communauté musulmane de France ? On peut très sérieusement douter de la pertinence de ce mot de communauté, à cause de l’hétérogénéité des origines ethniques et culturelles, mais aussi de la très grande disparité du rapport à la religion. J’ai l’habitude de dire à cet égard, qu’il n’y a rien de plus différent d’un musulman qu’un autre musulman. Ah…, c’est un peu excessif bien sûr…, mais ça me permet d’attirer l’attention sur l’importance de ne pas tout confondre, de ne pas mettre tout le monde dans le même panier. Car cela aussi fait beaucoup de dégâts dans notre société française. Certains parmi nous, continuent en toute ignorance de cause, à fonctionner avec des stéréotypes et des généralités selon lesquelles : tout Arabe est musulman ; tout musulman est arabe ; tout musulman est pratiquant, pour ne pas dire : intégriste… –voir le fameux sondage que j’ai cité la semaine dernière–. Or, chez nos concitoyenssur lesquels on projette et on colle un peu vite cette étiquette générale et générique de musulman : il y a en réalité une multitude de situations et de positionnements personnels différents par rapport à la foi et à la pratique religieuse. Comme le disait très justement il y a quelques années l’anthropologue (NDLR : du fait religieux) Dounia Bouzar : « monsieur Islam n’existe pas ». Quand on parle du musulman au singulier : du musulman, on ne fait ainsi référence qu’à une pure abstraction : car il y a des personnes qui sont seulement d’origine musulmane, mais plus du tout de confession musulmane ; il y a aussi des croyants non pratiquants, ou pratiquants très occasionnels ; il y a également les convertis, qui en font toujours trop : ce qu’on appelle le zèle du converti, et qu’on peut regarder avec une certaine bienveillance d’ailleurs…, sauf s’il tombe évidemment dans la radicalité. Il y a enfin les musulmans qui ont choisi au plus loin de toute radicalité et sans aucun rapport avec elle, la discrétion –j’ai bien dit la discrétion et pas forcément l’invisibilité–. La discrétion est l’adaptation réfléchie, réfléchie de leur foi, de leur pratique, de leur piété religieuse à la société française. Ce sont tous ces musulmans que chacun côtoie tous les jours mais qu’on entend jamais, qui ne donnent pas leur islam en spectacle, parce qu’ils estiment que leur relation à dieu relève avant tout de la vie intime. Une conception que personnellement je partage, et qui malheureusement devient rare dans notre société exhibitionniste. Il faut bien avoir conscience aussi quand on parle toujours de façon trop générale et caricaturale du musulman –comme si c’était une espèce à part–, qu’il s’agit d’abord et surtout d’un individu comme un autre. Son identité n’est pas réduite à son appartenance religieuse, même si celle-ci est forte. Il est tout autant défini, sinon plus, par sa personnalité, son caractère, son métier, son expérience, son parcours de vie, etc. Quand donc, on dit qu’il y a 5 ou 6 millions de musulmans en France, on a rien dit du tout : car cela induit l’idée fausse qu’on aurait là une proportion de femmes et d’hommes qui se définiraient avant tout –et surtout– par leur identité religieuse, qu’ainsi on surdétermine, alors qu’en fait ces musulmanes et ces musulmans sont des individus qui ont une identité sociale et une identité personnelle dont l’identité ou l’origine religieuse ne sera jamais qu’une partie… (Musique)

C’est tout pour aujourd’hui : que la paix soit sur nous tous ! À la semaine prochaine !

Elie Prodhomme

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