François Godement : « l’Otan n’est pas responsable de l’invasion russe de l’Ukraine »

François Godement est historien, spécialiste de la Chine et des relations internationales en Asie de l’Est. Professeur émérite des universités en science politique, il est conseiller pour l’Asie à l’Institut Montaigne.

Dans un article paru le 17 décembre sur le site de l’Institut Montaigne, M. Godement commence par disculper l’Otan de « l’invasion russe de l’Ukraine », reprenant verbatim les éléments de langage et l’argumentaire étatsuniens.

L’historien n’a sans doute jamais jeté le moindre coup d’œil sur une carte montrant les bases de l’Otan encerclant la Russie :

Ni imaginer la réaction des Etats-Unis si le Canada, l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud étaient constellés d’autant de bases russes. On lui rappellera que la « simple » affaire de Cuba en 1962 a failli mener le monde à une confrontation nucléaire.

Il paraît ignorer que de 1999 à 2020, la liste de pays-membres de l’Otan s’est accrue de 14 pays européens situés à une encablure de la Russie : Albanie (2009) ; Bulgarie (2004) ; Croatie (2009) ; Estonie (2004) ; Hongrie (1999) ; Lettonie (2004) ; Lituanie (2004) ; Macédoine du Nord (2020) ; Monténégro (2017) ; Pologne (1999) ; Roumanie (2004) ; Slovaquie (2004) ; Slovénie (2004) ; Tchéquie (1999). Cette extension est naturellement loin d’avoir atteint son acmé.

Il s’arrange étrangement du fait que Mme Merkel a récemment déclaré que les accords de Minsk n’étaient que de l’enfumage, destinés à donné aux Ukrainiens le temps de se préparer à un affrontement avec la Russie. Affrontement d’ailleurs prévu dès avant l’accession de Zelinsky au pouvoir :

Dans cette vidéo, Oleksiy Arestovych, le conseiller très spécial de Zelinsky, en charge depuis l’intervention russe de la propagande militaire à destination de la population ukrainienne, explique en détail en 2019, avant même l’arrivée de son mentor au pouvoir à Kiev, comment il fallait s’y prendre pour faire de l’Ukraine un membre de l’OTAN : faire perdurer à loisir le conflit dans le Donbass – 14.000 morts entre 2014 et le début de l’ « opération spéciale » de l’armée russe – et provoquer ainsi une intervention militaire massive de la Russie et la riposte occidentale : « Le prix à payer pour rejoindre l’OTAN est un grand conflit avec la Russie » explique benoîtement Arestovych « La Russie devra nous détruire en matière d’infrastructure, et dévaster notre territoire (…) Une vraie guerre qui éclatera probablement entre 2020 et 2022 »

Il convient encore et toujours de rappeler que Vladimir Poutine est intervenu en Ukraine pour mettre fin aux exactions dont les populations russophiles du Donbass étaient les victimes depuis 2014. On rétorquera que le dirigeant russe s’est passé de l’avis de l’ONU. Mais lorsque l’Otan a attaqué la Serbie en 1999 (72 jours de bombardements intenses sur des cibles tant civiles que militaires…) sans l’aval du Conseil de sécurité, on ne sache pas que nos bonnes consciences occidentales aient outre-mesure protesté.

Il convient également de remarquer que Biden – qui jusqu’à présent ne voulait pas entendre parler de pourparlers avec le « diable » Poutine – est prêt à discuter avec le chef du Kremlin sur la bases des conditions édictées par ce dernier en décembre 2021, donc avant le début du confit. On aurait ainsi fait l’économie d’une guerre qui a déjà fait plusieurs dizaines voire centaines de milliers de morts et de blessés, sans parler de la ruine des économies européennes, pour le plus grand profit des Etats-Unis.

Par ailleurs, les livraisons massives d’armes à l’Ukraine par l’Occident (évaluées à quelque 90 milliards de dollars depuis le début du conflit) font le bonheur des mafias internationales : jusqu’à 70% de ces armes seraient détournées selon certaines informations. On en a retrouvé dans toute l’Afrique occidentale. Certaines de ces armes sont également chez nous, dans les « territoires perdus de la République ». Pendant ce temps-là, le calculateur Zelinsky s’enrichit et n’a évidemment pas intérêt à ce que le conflit prenne fin. Pour les bonnes consciences, tout cela est à passer par profits et pertes : bizness is bizness. C’est sans doute en vertu de cette maxime-reine chez nos élites libérales qu’elles ne trouvent rien à redire au fait que la collaboration des nationalistes ukrainiens avec les nazis lors de l’opération Barbarossa ait laissé quelques traces dans le pays :

Notons pour conclure que Riposte laïque et l’un de ses principaux contributeurs, le lieutenant-colonel Jacques Guillemain, viennent d’avoir les honneurs du média russe RIAFAN. Voilà que devrait sans doute rendre encore plus odieuse aux oreilles de M. Godement cette « petite musique [qui] se fait jour en France, dans les milieux qui se piquent de « réalisme »  ou sont imbibés de souverainisme ».

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Voici l’article de l’historien. Bonne lecture :

« Une petite musique se fait jour en France, dans les milieux qui se piquent de « réalisme » ou sont imbibés de souverainisme : si Poutine et la Russie ont envahi l’Ukraine, c’est la faute à l’expansion inconsidérée de l’Otan depuis 1990, et à de nombreuses « maladresses » occidentales et notamment européennes. Par exemple, la préconisation d’un « big bang » économique libéral en 1991 qui aurait ruiné la Russie. Il faut donc « assurer » la Russie, et implicitement ou explicitement limiter notre soutien à l’Ukraine. De victime, celle-ci devient un provocateur. D’agresseur, la Russie devient un acteur offensé et humilié.

Cette thèse est exactement celle de la Russie elle-même, reprise par la Chine depuis le 24 février. Ceci quand Poutine et ses épigones ne se réclament pas tout simplement de Pierre le Grand et du recouvrement de tous les territoires perdus de l’empire tsariste. Peu importe que la France ait, dans un cas au moins, celui de la Roumanie, plaidé pour une entrée rapide dans l’Otan. Peu importe aussi que la France, plus encore que l’Allemagne, ait longtemps été assez tiède sur l’entrée des pays d’Europe centrale et orientale ou de l’ex-URSS dans l’Union européenne pour des raisons d’intérêts économiques : d’ailleurs, la Russie ne voulait pas de cela non plus. La cause est entendue, le comportement de la Russie est de la faute des Américains. On invoque parfois le rôle personnel d’un James Baker, d’un Richard Holbrooke ou de Bill Clinton lui-même, et effectivement il y a eu des débats aux États-Unis et donc des avis divergents. Curieusement, personne ne cite la garantie explicite donnée par Barack Obama de ne pas intervenir militairement lors de l’invasion du Donbass. Elle a pourtant joué un rôle en ne dissuadant pas Poutine d’élargir le conflit. De proche en proche, on se retrouve sur la ligne d’une confiance à rétablir avec la Russie, y compris avec des garanties de sécurité pour l’agresseur. »

Lire la suite sur le site de l’Institut Montaigne 

Henri Dubost

In girum imus nocte ecce et consumimur igni 

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12 Commentaires

  1. ce gros fachos a eu un prédécesseur. Rappelez vous, ce TRCHNICIEN DE SURFACE que le ramasseur de poubelles mitterand avait placé devant les caméras en l’affublant de titres pompeux comme expert en nucléaire, et qui avait, les yeux dans les yeux AFFIRME que le nuage radioactif de Tchernobyl ne passerait pas le Rhin..

  2. Francois et surtout un spécialiste du God!
    Donc si j’ai bien compris il faut dénier toute vérité actée…
    Sous prétexte que cela déservirais l’empire du mensonge ?
    J’ai tout bon la?..🤗🤭..🤣😂🤣🤣🤣😅😆😁
    Je suppose que se tas de merde à touché un chèque conséquent pour détruire à jamais sa réputation de soit-disant historien…encore une pute tarifié par la mafia otanesque à moins qu’ils ont un dossier contre lui qui l’enverrais au enfers pour les reste de son existence de cloportes!…

  3. Si l,ôtant entre réellement en guerre contre la Russie, je pense que les chinois en profiterons pour envahir Taïwan.

  4. L’OTAN (donc les US) est dans sa logique de guerre « profitable ». Si cela ne rapportait rien aux marchands d’armes américains, l’OTAN ne lèverait pas le petit doigt.
    Les responsables sont ceux qui ont signé les accords de Minsk et qui aujourd’hui les dénient tout comme ils dénient les massacres du Donbass : l’Allemagne et la France.

  5. Encore un gros paltoquet de service , spécialiste patenté à la mors moi l’noeud ….Quel intérêt ?

    • « GODEMENT est arrivé à ^pied par la CHINE « ….comme quoi , on peut etre spécialiste de la Chine , prof émérite et tutti quanti , et raconter d’énormes conneries

  6. soit, mais les accords de minsk ignorés par les signataires allemands et français, pendant plus de dix ans..vous voulez avoir une certaine idée de ce qui se passe en ukraine, regardez LCI et inversez ce qui s’y dit

  7. Godement encore un spécialiste dont on regorge.
    On se demande avec tant de compétents comment on peut-être autant dans la mouise.
    Ce ‘grand historien’ enseignant en université est sûrement un vrai traître, contrairement à la vice-présidente d’université qui elle est une vraie conne

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