François-Régis Hutin, s’il vous plaît, cessez vos chroniques religieuses !

Publié le 26 décembre 2011 - par - 2 091 vues
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Toutes les occasions sont bonnes à François-Régis Hutin pour user et abuser de sa place de directeur de la publication de Ouest-France. Capitaine du navire depuis 5 décennies (plus d’1 milliard d’euros de chiffre d’affaires), l’octogénaire n’est pas prêt à lâcher la barre, et encore moins la plume. 

Le patron du premier quotidien de France est en effet éditorialiste quand ça le démange, et plus qu’à son heure chroniqueur religieux. Et c’est bien ce mélange qui nous défrise le poil. 

Dans l’édition du 24-25 décembre, à sa façon il nous offre encore un morceau de bravoure , en signant l’édito de Une du quotidien, où l’on peut lire :

 

« Noël

C’est une émotion profonde qui nous saisit quand apparaît celui qu’on attendait : ce petit être si fragile, mystère de la vie qui pousse indéfiniment l’humanité vers l’avenir.

Mystère de ce destin qui débute. Interrogation sur l’homme que deviendra cet enfant (…) »

 

Et ça continue un peu plus loin dans un style assez mièvre :

 

« Et là, au milieu, surgit par millions cette petitesse qui porte en elle la capacité extraordinaire de croissance et d’intelligence. Cette fragilité initiale devient l’humanité, qui, peu à peu, s’élève après avoir, au prix de mille efforts, échappé à la glèbe pour devenir pensante et créatrice à son tour. » 

 

On a connu François-Régis plus inspiré, car FRH va quand même jusqu’à citer le grand mystique et père jésuite Teilhard de Chardin sur un bon tiers du papier, et d’avouer pomper un autre article paru dans La Croix le 17 décembre dernier !

 

Ceux qui connaissent bien ce quotidien d’information régionale savent que le journal continue de nourrir ses liens avec la religion catholique et un certain conservatisme social. Pourquoi pas. A condition que la ligne éditoriale ne tourne pas au manifeste permanent, et que le travail d’information ne soit pas supplanté par une oeuvre de propagande. Et même à considérer qu’un journal régional, s’il veut exister et durer, doive aller un peu plus loin que de confronter les points de vue, en s’autorisant quelques écarts avec une neutralité à toute épreuve (ce qui n’est pas forcément une recette de réussite d’ailleurs), on attend avant tout du média d’information qu’il éclaire les consciences. 

Sûr de son fait, là au contraire, l’éditorialiste ne semble même pas se poser la question du recul critique minimum tant sa production relève du catéchisme élémentaire. C’est aussi cette insolence dans la posture du rédacteur qui pose problème. Et ce n’est finalement pas tant la qualité de PDG de l’auteur que l’on met en cause en premier, c’est bien plutôt sa prétention à exercer encore le métier de journaliste. Car, à la lecture de cet énième édito, les libertés prises avec les fondamentaux du métier sont flagrantes. 

L’autre sujet qui nous irrite, c’est cette verve quotidienne moralisante, conservatrice, et toujours un peu paternaliste il faut bien le dire, déversée à longueur de colonnes. Elle semble quelque peu contradictoire avec le progressisme velléitaire affiché en tous lieux par le groupe de presse. 

La soupe catho-conservatrice, plus que catho-sociale – permettez M. Hutin -, servie par vous-même et votre entourage depuis des années, contre l’avis même des rédactions et des journalistes, nous semble aussi un peu datée. Ce qui nous fait dire aussi que l’autocratisme du capitaine n’est sans doute plus la meilleure façon de faire vivre un quotidien de la dimension d’Ouest-France en 2011. Il ne sert qu’à rendre plus terne le journal à mesure que l’on avance dans le XXIème siècle.

Marqué par ses deux années au séminaire de la Mission de France, le patron de Ouest-France, que l’on a aussi surnommé le “Messie de Chantepie” (siège du journal) aurait pu devenir prêtre, raconte son biographe Guy Delorme (François-Régis Hutin, Le dernier empereur d’Ouest-France, éditions Apogée, 2009). Il aurait pu tout aussi bien composer des sermons dans l’intimité des presbytères. Au lieu de cela, il sermonne la Bretagne depuis 50 ans !

La qualité de la dernière chronique de François-Régis Hutin nous laisse entrevoir la fin d’un règne, et des éditoriaux allégés de la pompe bienpensante, et cela sera salutaire à la démocratie, même s’il y a fort à craindre que le culte du Père n’ait déjà engendré de petits éditorialistes à la mode Hutin. 

Mais pour vous, François-Régis, il est temps de goûter une retraite confortable et méritée !… et pour votre cher quotidien de se refaire une jeunesse, car entre les lignes de vos colonnes, parfois, resurgit l’ombre de l’abbé Trochu.

Samuel Guivarc’h

* Le groupe Ouest-France est chapeauté par une association de type loi de 1901, fondée en avril 1990, nommée Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste.

** Pour mémoire, en 1899, le grand-père de François-Régis Hutin, Emmanuel Desgrées du Loû, fondait avec l’abbé Trochu L’Ouest-Eclair, pour rallier les catholiques bretons à la République.

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