Frankenstein ne meurt jamais…

Publié le 10 mai 2011 - par - 410 vues
Share

Ben Laden est mort. Celui qui incarnait la TERREUR pour un grand nombre d’occidentaux et l’HEROÏSME pour un nombre non négligeable de moyen-orientaux n’est plus.

D’un point de vue international, c’est l’équivalent géopolitique du Monstre de Frankenstein qui a disparu: en effet, n’oublions pas qu’Oussama Ben Laden fut la créature des Etats-Unis, une créature envoyée par les américains pour lutter contre le régime prosoviétique de Kaboul en pleine Guerre Froide; une créature qui, comme dans le roman fantastique de Mary Shelley, avait fini par se retourner violemment contre son maître.

D’un point de vue régional, on a la confirmation de l’incroyable NAÏVETE des Etats-Unis, qui se sont laissés prendre au piège de la takkiya (double langage) du gouvernement pakistanais. Ce dernier, largement arrosé par les dollars américains, en profitait pour abriter le chef d’Al Qaeda, son allié idéologique depuis qu’ils avaient engendré et soutenu ensemble les talibans.

D’un point de vue hexagonal, on remarque les propos de Mr Boubakeur, inamovible recteur de la grande mosquée de Paris, qui déplore uniquement l’inhumation maritime (contraire aux préceptes de l’islam) du plus grand terroriste de l’histoire et ne prononce pas un mot sur les innocentes victimes de l’attentat du 11/09/2001, victimes quant à elles inhumées sous des tonnes de kérosène, de poutres métalliques et de verre. Les mêmes propos ont d’ailleurs été tenus par Mr Ramadan sur une grande chaîne nationale, confirmant, s’il en était besoin, la totale convergence de vue entre ces deux éminents représentants de la communauté musulmane. Les médias français ne s’offusquent pas de ces réactions indécentes, et pourtant, c’est comme si un fanatique néo-nazi se lamentait sur l’absence d’une sépulture digne pour le cadavre d’Adolf Hitler.

D’un point de vue sécuritaire, il serait illusoire de croire à la fin du terrorisme: ce n’est pas Ben Laden qui a inventé le terrorisme islamiste; c’est le terrorisme islamiste qui a inventé Ben Laden. Celui-ci n’était que le symbole et l’incarnation d’un profond et puissant sentiment populaire du renouveau religieux musulman. Jamais Ben Laden n’aurait pu échapper si longtemps aux recherches des services spéciaux américains s’il n’avait pas bénéficié, outre des complicités au sein de l’appareil d’état pakistanais, d’un vaste et durable soutien populaire. Le mouvement jihadiste avait besoin d’un porte-drapeau charismatique capable d’électriser les foules musulmanes: Ben Laden a joué magistralement ce rôle, dans sa vie comme dans sa mort ; dans sa vie entièrement vouée à la mort. « Nous aimons la mort » aiment à répéter les islamistes : il ne fait donc aucun doute que l’étendard du jihad sera très vite ramassé et brandi par un avatar du défunt chef terroriste.
Mort en shahid (martyr du jihad), Ben Laden devient immortel pour tous les islamistes qui, à travers le monde et jusqu’en France, se réclament de lui. Les démocraties pouvaient combattre un homme ; elles ne pourront abattre celui qui est désormais devenu une légende, sans doute un mythe, bientôt un culte, peut-être un nouveau prophète.

Dans les vieux films d’horreur de la Hammer, Le Monstre de Frankenstein ne meurt jamais vraiment ; il revient toujours.

Marc Nièvre

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.