Frères musulmans : Juppé envoie la France dans une impasse… ou dans la collaboration !

Dès l’entrée en vigueur de la loi prohibant le port de la burqa en France, les Frères musulmans de Jordanie ont fait connaître, par leur chef Hammam Saïd, leur totale réprobation à l’égard de ce qu’ils considèrent comme une «approche néo-croisée face aux musulmans dans le monde», approche jugée si grave qu’elle «constitue l’amorce d’une bataille dangereuse» !
Et voilà comment une loi de bon sens stipulant que «Nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage», devient, dans la tête d’un fondamentaliste, «l’amorce d’une bataille dangereuse» ! Et quand on sait que l’«amorce» est un «dispositif de mise à feu»…
Pour les intégristes musulmans, en effet, la République doit se vivre conformément aux prescriptions coraniques. Si ces dernières exigent que la femme soit voilée, toutes les femmes le seront (1). S’opposer à cette prescription est un crime de lèse-divinité ; l’appliquer est un signe de sagesse. La morale n’est pas autre chose : les islamistes sont dans le droit chemin !
Cette façon de voir le réel devrait nous servir de leçon, non pour que nous reculions face aux menaces proférées par le chef des Frères musulmans, mais pour que nous prenions conscience que ces menaces sont la résultante d’une culture qui utilise les mêmes mots que la nôtre, tout en leur attribuant un contenu différent.
Ainsi, pour Hammam Saïd, l’interdiction de la burqa est «contraire aux principes des Droits de l’Homme» – ce qui prouve qu’il n’a pas saisi le sens de ces fameux Droits.
Loin d’enfermer la femme dans je ne sais quel code, les Droits de l’Homme la libèrent en la posant, dès l’origine, comme l’égale de l’homme, y compris dans sa tenue vestimentaire ! Porter la burqa n’est donc pas un «droit de l’homme», car un «droit de l’homme» suppose l’universel : ce qui vaut pour l’homme vaut pour tout homme, c’est-à-dire pour tout être humain, et la femme en est un à part entière, que l’islam le veuille ou non !
De même, la décision française d’interdire le voile intégral dans l’espace public est qualifiée, par Hammam Saïd, de «néo-croisée», pour bien montrer que l’Occident prétendument «progressiste» est en réalité «passéiste», puisqu’il appréhende les musulmans comme il le faisait entre le XIème et le XIIIème siècles. Par conséquent, la France n’a pas évolué : elle est toujours le pays des croisés !
La logique d’Hammam Saïd relève donc d’un univers culturel biaisé, à la fois historique et anhistorique : historique par ses références aux croisés, et anhistorique par ses fondements théologiques, car la Parole est «éternelle» comme la Vérité qu’elle transmet ! Voilà pourquoi l’avertissement adressé à la France vise à laver «pour toujours» l’honneur des musulmans de ce monde – ces derniers ne pouvant être musulmans qu’«éternellement».
Or, jusqu’à nouvel ordre, les islamistes ne savent laver leur honneur que dans le sang ! Autant dire que leur proposer le dialogue en guise de modus vivendi est une illusion dont la dhimmitude élyséenne a, seule, le secret ! On aura beau rappeler qu’un tel dialogue doit être basé sur le respect démocratique et le refus de la violence, et ajouter pour la énième fois que le but de la République est aux antipodes de toute stigmatisation du monde musulman, il suffira d’aborder des thèmes-clés comme la «laïcité», l’«égalité des sexes», la «liberté d’expression», l’«athéisme» ou la «peine de mort» pour constater qu’il ne nous est pas possible de nous retrouver sur un terrain commun avec les islamistes. Il n’est qu’à observer, sur la photographie ci-dessous, l’index levé d’Hammam Saïd pour comprendre que la France est ici condamnée sans appel par des hommes qui en appellent à la violence et à la haine !
Alors ?
Alors notre ministre des Affaires étrangères n’a rien trouvé de mieux que de juger «très convenables» les «Frères musulmans» rencontrés les 5 et 6 mars dernier en Egypte ! Après tout, durant la conférence de Munich (2), Chamberlain avait vu en Hitler un parfait gentleman, n’est-ce pas ?
Mais enfin, monsieur Juppé a-t-il seulement porté attention au logo officiel des Frères musulmans ? Et si oui, que pense-t-il du Coran encadré par deux grands sabres dénudés ? Est-ce là le symbole d’un islam modéré ? Il est vrai que monsieur Chirac louait déjà l’islam modéré ! Pourquoi donc celui qui fut son Premier ministre de 1995 à 1997 se priverait-il d’un tel confort ?
Il n’y a, hélas, que les Occidentaux pour croire en un islam modéré : Recep Tayyip Erdogan lui-même rejette cette notion non coranique, car toute modération de l’islam est en elle-même une stigmatisation de l’islam !
Monsieur Juppé, qui tient à se départir absolument de toute stigmatisation du monde musulman, ferait bien de réfléchir à cette stigmatisation-là !
Maurice Vidal
(1) J’ai bien dit «toutes» !
(2) 29 et 30 septembre 1938
Les Frères musulmans de Jordanie ont dénoncé lundi l’interdiction en France du port du voile islamique intégral dans tous les lieux publics, y voyant «l’amorce d’une bataille dangereuse».
Commentant cette décision, le chef des Frères musulmans Hammam Saïd a estimé qu’elle est «contraire aux principes des droits de l’Homme dont se targue la France».
«Nous y voyons une approche néo-croisée face aux musulmans dans le monde, ce qui constitue l’amorce d’une bataille dangereuse», a-t-il déclaré à l’AFP.
«Pour nous cette décision porte atteinte à l’islam et à tous les musulmans dans le monde», a-t-il ajouté. […]

image_pdfimage_print