Fugues : trois influences, Nirvana, Tri Yann et Brassens…

Publié le 19 octobre 2019 - par - 5 commentaires - 1 417 vues
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Riposte laïque : Romain Guérin, ravi de vous retrouver pour ce second entretien accordé à Riposte laïque. Cette fois-ci, il ne sera pas question de littérature, mais de musique, avec la sortie de votre premier album, intitulé : Fugues. Un album rendu possible grâce à un financement participatif et qui, sur le plan musical, est un étonnant patchwork, mêlant des sonorités très brutes à des compositions folks ou planantes, entre rage et mélancolie.

Et si vous passez « comme le vent dans les interstices », vous les écartez volontiers, ces interstices pour nous ouvrir en grand votre imaginaire musical. Quant aux paroles de vos chansons, bon sang ne saurait mentir et vous y distillez çà et là vos convictions qui, je ne vous apprendrai rien, sont celles de beaucoup de nos lecteurs ! Bon, on se lance…

La gestation de cet album a été longue, avez-vous confié dans une vidéo publiée sur votre compte Facebook, et le bébé est beau, en espérant qu’il sera bien portant. Mais, après la prose et la poésie, monde du silence ou du bruit intérieur, pourquoi la musique ? Parce que « chanter c’est crier humainement », comme c’est écrit au dos de la pochette de votre album ? 

Romain Guérin : Et pourquoi pas ? Je sais qu’en France on adore mettre les gens dans des petits casiers avec des petites étiquettes. C’est la religion des ronds-de-cuir, dès que tu débordes un peu de la case, que ce soit à l’horizontale ou à la verticale, ça fait tache, c’est suspect, faut vite faire un rapport à la hiérarchie. Trêve de plaisanterie. Avant l’écriture, je faisais de la musique. J’avais donc des chansons dans ma besace depuis longtemps. J’ai soumis le projet d’album à mes lecteurs et « Fugues » fut. 

Riposte laïque : Sur le plan musical, on sent des influences diverses rappelant Noir Désir ou Nirvana, voire des groupes à forte identité régionale comme Tri Yann, sans oublier les poètes-chanteurs tels que Brassens ou Ferré. Qu’en est-il vraiment ? 

Romain Guérin : La réponse est dans la question. Les trois influences que vous mentionnez sont effectivement mes influences principales. Nirvana, pour l’énergie, la simplicité, l’efficacité et la mélodie ; Tri Yann pour l’atmosphère et les sonorités de la terre et du terroir ; et enfin, Brassens, (Brel plus que Ferré), pour le verbe soigné et la belle langue. 

Riposte laïque : Je parlais de poètes-chanteurs et, précisément, le poète n’est jamais loin dans vos chansons, avec notamment ce remarquable hommage à la poésie : la très audacieuse mise en musique du célèbre poème de Victor Hugo, « Demain, dès l’aube » dédié à Léopoldine, sa fille aînée, morte noyée dans la Seine. La poésie – qu’on retrouve dans votre roman, « Le journal d’Anne-France », et bien entendu votre recueil « La Chorale des Cadavres » – serait-elle le fil directeur de votre création ? 

Romain Guérin : Peut-être bien. J’ai une affection particulière pour le poème. C’est l’œuvre artistique la moins onéreuse à produire, et pourtant, elle porte en elle une puissance extraordinaire. 

Riposte laïque : Dans votre album, le désenchantement transpire comme un corps sous un ciel de plomb. Je pense entre autres à « L’Idéaliste ». Vous qui déplorez « douce France, douce France, il ne fait pas bon te chanter », êtes-vous pessimiste pour l’avenir de notre pays – dont vous affirmez qu’il « se dessine sur fond de douleur » – et, au-delà, notre civilisation ? Ou, au contraire, croyez-vous à un sursaut auquel vous essayez de participer, à votre manière, via vos diverses créations ? 

Romain Guérin : Que dire ? Le marché des prophètes de pacotille et des oracles à la petite semaine est déjà bien saturé. En outre, je n’ai pas le moindre don surnaturel de divination. Le présent est bien sombre, mais qui sait de quoi sera fait l’avenir ? Sur le papier, si on regarde les chiffres, si on suit les courbes, c’est la mort sans phrase, la disparition sans panache, l’agonie sans honneur, le génocide bouffon.

Le véritable sentiment qui étreint, je pense, un Français authentique, n’est pas celui de la décadence inévitable ou du déclin programmé. C’est une insoutenable frustration et un écœurement terrible. Pourquoi ? Parce que, tant la France est encore riche de ses enfants, de son histoire et de son patrimoine, il suffirait d’avoir un gouvernement qui prenne une décision sur dix en faveur des Français et la situation serait déjà beaucoup plus vivable. La France sombre lentement et sûrement car elle est très bien gouvernée par un gang arrogant de rastaquouères, apparemment tout-puissant, qui veut sa mort. Si elle était très mal gouvernée par des nains un tant soit peu concernés par le sort des Français, notre pays pourrait se relever en même pas dix ans.

En ce qui me concerne, je fais ce que je dois… et advienne que pourra. 

Riposte laïque : Sur le plan des attaques contre le système – essentielles et  salutaires dans ces temps de soumission quasi unanime ! –, c’est parfois une charge de cavalerie de votre part. Le morceau « Pas de pression » est là pour l’attester. Vous seriez donc un rebelle patriote pour qui « la réaction c’est la vie ». D’accord avec ça ? 

Romain Guérin : Je ne me sens ni rebelle, ni dissident. Quand les fous prennent le contrôle de l’asile, je suis simplement ce passant qui, attiré par le bruit et l’odeur, s’arrête et dit : « Tiens, les fous ont pris le contrôle de l’asile. »

Ni plus, ni moins. 

Riposte laïque : On ne peut se nourrir que de révolte et des chansons plus intimistes comme « Dis-lui » ou « La Balançoire » sont là pour le rappeler. Quant au très rock et sensuel « Chère et tendre », quelle ode à l’éternel féminin ! Question ironique : avez-vous conscience qu’avec de telles compositions vous cassez l’image stéréotypée que la bien-pensance se fait des patriotes, forcément assoiffés de haine et incultes ?! 

Romain Guérin : Oui, peut-être que, in petto, j’aspire à être un des instruments pour briser en miettes cette fameuse et fumeuse image du gros con de droite, bien bas de plafond, bien laid et bien raciste. Mais un instrument doit être utilisé. Je ne suis pas utilisé.

Pour le moment, je suis un capitaine d’épave, sans équipage et sans étoile.

Le camp national est encore dans la posture infantile du rejet. Elle fait plus de promotion à ses ennemis – qui n’ont pas besoin d’eux pour cela – qu’à des artistes amis qui, justement, pourraient servir de figures de proue. Si on souhaite s’émanciper, il faut créer ses propres idoles ; sans quoi on est condamné à la consommation rampante et à l’adoration servile. 

Riposte laïque : L’un des titres de l’album est dédié aux Gilets jaunes ; « Le chant des Gilets jaunes », où vous pointez tout le mépris dont ces derniers sont victimes, jouant savoureusement avec les paroles de La Marseillaise et l’Internationale, comme pour signifier que nous sommes tous victimes de ces banquiers – chefs d’orchestre de la mondialisation et du déracinement des peuples – que vous rêvez à la lanterne ! Dans quelle mesure vous sentez-vous Gilet jaune ?

Romain Guérin : Les Gilets jaunes authentiques, ceux des insurrections de Novembre et Décembre 2018, sont des producteurs de richesses qui se font dépouiller par l’État pour financer la destruction de la France et de son peuple. Je suis Gilet jaune en ce que je crois qu’on doit pouvoir vivre dignement de son travail ; je suis Gilet jaune car je dénonce l’État comme principal spoliateur de la sueur et du sang des Français au service de la finance mondiale, de la caste politicarde corrompue, des fonctionnaires surnuméraires, des valets parasites et des écornifleurs tropicaux.

Riposte laïque : à la manière des Doors ou Supertramp, le final de votre album est particulièrement soigné, avec l’exceptionnel titre éponyme « Fugues », lequel fait penser à un envol. Mais vers où, cher Romain ? En d’autres termes, quels sont vos projets ?

Romain Guérin : Mon projet principal est de pouvoir continuer mon activité artistique malgré ma modeste condition peu encline au lyrisme, à la poésie et à la prose.

 Riposte laïque : Dernière et inévitable question : des concerts en vue ? Si oui, où et quand ?

Romain Guérin : N’ayant pas de groupe, ni de temps, c’est compliqué. Mais des concerts acoustiques en solo pourquoi pas.

Qui vivra verra.

 (Propos recueillis par Charles Demassieux pour Riposte laïque)

 (Romain Guérin, « Fugues » – Dantès Production – Disponible sur : https://romain-guerin.com/index.php/product/album-fugues/)

Pour soutenir Romain :

https://fr.tipeee.com/soutien-a-romain-guerin?fbclid=IwAR1y3A7bs-zpUIJo5xoqjkIdrX7VJa4nSnHJLp3V9o4TeQjRYwb6ZRpm4S0

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Notifiez de
Eric Fletcher

Vous les cafards, les charlatans, et tous les arracheurs de dents, les prophêtes;
Comptez plus sur l’Oncle-Eric pour payer les violons du bal,
à vos Fêêêtes !!!!!!!!!!!!!!

Patrick Granville

Très belle interview dans notre belle langue française bien maîtrisée. C’est tres justement de ça que jalousent nos détracteurs islamos-collabos gauchos. Ces minables derniers de la classe ont usurpé le pouvoir il est temps de le leur reprendre.

Spipou

Je vais écouter car lui a l’air sincère, contrairement à un groupe « musical » qu’affectionnent certains ici.

Mais je crains fort qu’au vu de deux de ses influences (Nirvana et Tri Yann), il ne soit, comme il le dit lui-même, qu’un capitaine d’épave. J’eus de très loin préféré, au lieu de Tri Yann, Quémener ou La Mirlitantouille…

Mais je vais écouter quand même. Je ne peux pas me faire une opinion avant de l’avoir entendu !

Spipou

J’ai écouté le peu que j’ai pu trouver. Musicalement c’est pas trop mon truc, mais pour la sincérité il a toute ma sympathie, contrairement au groupe « musical » dont je parlais plus haut.

Victor Hallidée

Très belle interview. Questions toutes en sensibilité, culture et finesse. Réponses superbes, raccourcis éclatants. On a très envie d’entendre Romain !