Fusion nucléaire : une start-up américaine annonce le graal énergétique

Helion, une « start-up » (« jeune pousse » en français…) californienne spécialisée dans la maîtrise de la fusion nucléaire a annoncé le 8 novembre dernier une levée de fonds de 500 millions de dollars, avec pour objectif de construire son prototype de 7e génération, nommé « Polaris ».

La fusion nucléaire est considérée par ses défenseurs comme l’énergie de demain : elle produit en effet peu de déchets radioactifs et pas de gaz à effet de serre.

Elle diffère de la fission, technique utilisée dans les centrales nucléaires actuellement, qui consiste à casser les liaisons de noyaux atomiques lourds pour en récupérer l’énergie. La fusion est le processus inverse : on « marie » deux noyaux atomiques légers pour en créer un lourd. En l’occurrence deux isotopes (variantes atomiques) de l’hydrogène, donnant naissance à de l’hélium. C’est ce processus qui est à l’œuvre dans les étoiles, dont notre Soleil.

Il y a néanmoins loin de la coupe aux lèvres. Le prototype qu’annonce Helion pour 2024 ne sera encore qu’expérimental et, pour poursuivre ses recherches dans le but de rendre la fusion nucléaire civilement exploitable, Helion devra lever 1,7 milliard de dollars supplémentaires… et nous faire patienter quelques années de plus.

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Actuellement, la bombe à hydrogène (bombe H), dite aussi bombe à fusion ou bombe thermonucléaire, est la seule utilisation de la fusion nucléaire.

La première bombe H, de conception américaine, a explosé sur l’atoll d’Eniwetok le 1er novembre 1952, il y a donc quelque 70 ans. Depuis, les physiciens du monde entier travaillent à « maîtriser » cette libération d’énergie, comme ils ont réussi à maîtriser la fission nucléaire à l’œuvre dans les bombes atomiques (bombes A) pour créer les centrales atomiques (« centrales A »)

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L’« énergie H » est d’une puissance sans commune mesure avec toutes les énergies existantes (énergies atomique, éolienne, photovoltaïque, hydraulique, géothermique, ainsi naturellement que les énergies à combustibles fossiles : charbon, pétrole, gaz, schistes bitumineux). Elle est illimitée et « propre », au sens écologique du terme puisque, contrairement à sa « petite sœur » la fission nucléaire, elle ne produit (quasiment) aucun déchet radioactif.

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En juin dernier, les ingénieurs chinois du réacteur Experimental Advanced Superconducting Tokamak (EAST) sont parvenus à maintenir une température de 120 millions de degrés pendant 101 secondes et ont même atteint 160 millions de degrés pendant 20 secondes. À titre de comparaison, le cœur du soleil « n’est qu’à » 15 millions de degrésD’ici une dizaine d’années, la Chine pourrait disposer de centrales à fusion (« centrales H ») produisant une énergie « propre » et illimitée.

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En août suivant, une expérience de fusion nucléaire a eu lieu au National Ignition Facility (NIF) en Californie. Cette expérience « a été permise par la concentration de la lumière de 192 lasers sur une cible de la taille d’un plomb de chasse », explique le laboratoire américain. Cela a eu pour effet de « produire un point chaud du diamètre d’un cheveu, générant plus de dix quadrillions de watts par la fusion, pendant 100 trillionièmes de secondes. »

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L’Europe n’est pas trop à la traîne dans l’affaire. En 2020, à Cadarache (Provence), le réacteur expérimental ITER (International thermonuclear experimental reactor) a commencé son ultime phase d’assemblage.

Le cœur du réacteur, un super Lego de quelque 23 000 tonnes, devrait produire son premier plasma en 2025. La première « centrale H » issue du programme ITER pourrait voir le jour au début des années 2030.

Il s’agit du plus grand chantier scientifique au monde. Décidé en 2006ITER réunit actuellement trente-cinq contributeurs : Outre les 27 pays de l’Union Européenne : les États-Unis, la Russie, le Japon, la Corée du sud, l’Inde, la Chine, la Suisse et le Royaume Uni sont parties prenantes. De par sa taille, ITER a pu être comparé au projet Manhattan et au programme Apollo. Budget pharaonique (19 milliards d’euros…) et une structure pachydermique. Il n’y a en effet pas de pays maître d’œuvre : chaque contributeur apporte sa pierre à l’édifice sous la forme de composants et de systèmes. Le projet avance donc… à un rythme de sénateur.

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« Small is beautifull »

Alors que les premières résultats concrets d’ITER ne sont pas attendus avant le début des années 2030, de « petites » structures, telle Helion, semblent être davantage dans la course. Créée en 2013, Helion annonçait déjà en juin 2021 avoir atteint cent millions de degrés Celsius avec le Trenta, son prototype de réacteur de 6e génération.

Toutes les approches expérimentales « classiques » de la fusion thermonucléaires consistent à produire de l’électricité en faisant tourner des turbines grâce à la chaleur issue de la réaction d’un tokamak, un dispositif de confinement magnétique expérimental. Or, Helion explore un phénomène électromagnétique très particulier. Ce dernier se produit lorsque les atomes de deutérium et d’hélium 3 dans le plasma se mêlent sous la pression après une forte accélération.

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Quinze à vingt tonnes de ce « carburant miraculeux » suffiraient à alimenter l’ensemble des foyers américains durant une année. Helion met en avant une absence d’impact sur l’environnement ainsi qu’un cout du KWh quasiment divisé par 2.

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Le gigantisme d’ITER n’est pas nécessairement la solution pour produire de l’électricité à partir de la fusion nucléaire. Helion en est la preuve : la société californienne se propose, non de construire d’énormes installations, mais de nombreux réacteurs de taille réduite. Chacun d’entre eux alimenterait alors quelques milliers de foyers.

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Cerise sur le gâteau : cette nouvelle source d’énergie rendrait le pétrole en grande partie caduc et assécherait les sources de financement des puissances islamiques, grandes productrices de pétrole mais aussi grandes pourvoyeuses (pensons au Qatar et à l’Arabie saoudite…) du terrorisme international.

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Henri Dubost

In girum imus nocte ecce et consumimur igni

 

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20 Commentaires

  1. La fusion nucléaire le doute m’habite ? C’est pour prendre des dollars ? Je préfère la fusion froide mais je pourrais vous parler d’une énergie inépuisable ce soir mais j’ai pas envie ! Quand vous dormez moi je veille et je vois des trucs dans le ciel qui se baladent sans bruit, immense, capable de tout ? On va connaître un jour cette énergie ? Il faudra être sage et pour l’instant c’est pas gagné ! 😇

  2. Ces espoirs technologiques sont hélas dotés de budgets dérisoires comparé au tonneau des danaïdes que représente l’immigration sauvage sur l’ensemble de la planète.
    Et ce n’est pas avec le QI de bulots des générations qui arrivent que ça va avancer.

    • Et pour cause!
      Le projet ITER est depuis des années la source de connaissance avancée pour les chinois et les américains. Ces gens là ont pompé toute les technologies développées par les européens et sont entrain de monter , dans leurs propres pays des copies d’Iters avec des font inépuisables pour les chinois. Les COCUS seront tjs les français qui auront financé au maximum pour se faire voler les secrets de fabrication.
      Avec le p’tit macro et sa bande, la France sera obligée de payer des « droits d’auteurs » pour avoir le droit de fabriquer de l’électricité avec les procédés Chinois inventés en France…Hi hi hi.

  3. Graal énergétique : ha ha ha ! Ce sera plutôt le râle énergétique pour les cornucopiens et les positivistes quand ils se rendront compte que l fusion ne peut fonctionner que dans le vide intersidéral et qu e les ressources terrestres sont limitées
    Le bonjour de Tonton Malthus à nos chers « cornucopiens positivistes « 

  4. Tout ce que vous dites sur les avantages de la fusion nucléaire est vrai, c’est certainement l’energie de demain….ou d’après demain. Les défis technologiques qu’il reste à surmonter son colossaux et personne ne pense raisonnablement envisager une production avant au moins 2050. D’ici là, la bonne vieille fission nucléaire reste une excellente solution, et il faut se mettre dare-dare à la construction de nouvelles centrales à fission, avant de passer le relai à la fusion..

  5. ITER AU BOOBALAND, UNE HÉRÉSIE !!!

    Même pas foutu de faire un EPR.

    Le Boobaland doit se concentrer sur ses avantages comparatifs, avec son QI, Pisa, Piaac en chute libre:

    – du béton pour la surponte africaine
    – des mosquées (simples, en béton)
    – le deal
    – les musées industriels
    – le bronze-fesses-jaunes (dans des zones ultra sécurisées par Wagner)
    – et les thèses sur la patate genrée où les utilisations nvlles du trou du cul pour les plus intellectuels

    Laissez la science au chinois.

  6. Quand j’étais jeune étudiant en physique mon professeur de physique nucléaire nous annonçait « dans 20 ans la fusion nucléaire nous donnera de l’énergie infinie ». Quand quelques années plus tard c’est moi qui l’ai remplacé j’ai aussi dit à mes étudiants « la même chose »… Maintenant je suis retraité et je me dit « peut être que dans quelques générations la fusion nucléaire…. »Qui vivra verra…

  7. Les centrales nucléaires au thorium , très sûres et sans danger, sont en réalisation en Chine , mais elles dérangent le lobby nucléaire

  8. « L’Europe n’est pas trop à la traîne dans l’affaire  » BOF BOF

    ITER est un gros machin INTERNATIONAL, et non pas Européen, qui repousse tous les ans son programme d’un an.. c’est comme pour l’horizon, plus on avance, plus il recule.

    Ce pourquoi d’ailleurs les Chinois et les US conduisent des programmes indépendants, je pense qu’il est possible qu’ils accèdent à une réaction en énergie de fusion GLOBALE positive bien avant ITER. (Ce que pour l’instant personne n’a réussi à faire aux dernières nouvelles)

    Je rappelle que les contributeurs à ITER, financent le programme « en nature », à savoir qu’ils apportent non pas des financements, mais des pièces à monter pour le réacteur, alors imaginez un peu la souplesse d’un tel montage avec les interfaces.

    Pour le confinement par D et He, je vais me renseigner sur la question qui me semble du coup importante et intéressante

  9. on donne une potion verte aux anti nucléaires, c’est tout. On maitrisait aussi le nucléaire actuel. il y a eu des « incidents » dus à plusieurs facteurs , la garantie de non accident majeur avec cette nouvelle techno si elle arrive me semble bien présomptueuse en effet…et puis de l’énergie à gogo c’est aussi une natalité à gogo…

  10. Les recherches sur de nouvelles sources d’énergie font rage dans beaucoup de pays depuis quelques années. Outre les énergies déja connnues, il existe aussi l’hélium 3 (3He), un gaz aux propriétés exceptionnelles. Quasi inexistant sur terre, il est très abondant sur la Lune. Le Chinois qui y ont envoyé en novembre 2020 un satallite (Chang’e 5) afin d’amener des échantillons lunaires sur terre, prennent très au sérieux ce type d’énergie.

    https://www.ege.fr/infoguerre/laffrontement-mondial-pour-la-conquete-de-lenergie-du-futur-lhelium-3

  11. Titre un peu présomptueux : pour l’instant on a juste une société qui lève des fonds en espérant le graal, nuance !

  12. Bonjour,

    au sujet de la fusion nucléaire controlée, il y a d’autres voies technologiques explorées depuis une vingtaine d’années comme celle de la Z machine (https://fr.wikipedia.org/wiki/Z_machine). Malheureusement l’article de Wikipedia est ancien. Il serait intéressant d’avoir des informations plus récentes sur l’évolution de ce procédé et ceux qui tentent de l’exploiter.

    Bonne réception.

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