Gagnerons-nous un jour la guerre idéologique ?

Publié le 2 décembre 2019 - par - 11 commentaires - 914 vues
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François-Bernard Huyghes, auteur entre autres de La désinformation, les armes du faux (Armand Colin, 2016), Fake news, la grande peur (VA Press, 2018) vient de publier aux éditions du Cerf, L’art de la guerre idéologique.

Les idéologies, ce sont des mots qui se terminent généralement par « isme ».
Les idéologies – et presque tout est idéologie – sont perpétuellement en guerre pour conquérir le pouvoir. Aujourd’hui, le conflit a lieu entre le progressisme et le populisme. Entre les somewhere et les nowhere, le centre et la périphérie, les urbains et les périphériques.

À chaque camp s’agrègent d’autres idéologies : l’écologisme, le complotisme, le socialisme, le libéralisme…

Pour l’instant, il s’agit d’une guerre de position durant laquelle s’aggrave « la fracture culturelle et mentale autant que la fracture sociale ».

Le populisme est pour les progressistes, le camp des extrémistes, des salopards à rééduquer, des irrationnels, des délirants, des déplorables.

Pour le progressisme, le libéralisme est la seule démarche économique valable pour assurer le bonheur des individus à travers la mondialisation heureuse. Il est pour le marché triomphant et les droits de l’Homme.
C’est une alliance de l’économiquement correct et du politiquement correct.
Il se considère constitué des classes éclairées qui incarnent « le modèle éthique de la vie diverse et pleine ». Il est le camp de « la compassion pour les minorités », celui de « l’indignation si gratifiante pour l’ego ».

En face, le populisme appuie ses convictions sur l’insécurité (qui n’est qu’un sentiment pour les progressistes), sur la nocivité de l’islam (les progressistes parlent d’islamisme qu’il ne faut pas confondre avec l’islam), sur la crise économique (qui n’a lieu que parce que les travailleurs refusent de traverser la rue, disent les progressistes).

D’après les progressistes, le populisme souhaite faire ressurgir un passé condamné, la Nation, l’identité, l’autorité, les frontières. Ils perçoivent dans cette sublimation du passé, un désir de totalitarisme. Les populistes ont le crime dans la tête – le crimepensée orwellien. Ils ne sont pas proches des femmes, des immigrés, des LGBT…
Pour cette raison, les progressistes s’indignent, dénoncent, excluent, interdisent, condamnent.

Les progressistes méprisent le populisme, ses « couches exclues de la modernité, peu diplômées (…) Les dénoncer permet de déguiser une supériorité sociale en lucidité morale », note François-Bernard Huyghe.
Et les populistes rendent bien leur mépris aux progressistes dont ils ne croient plus le discours. « La lutte anti-élite ne vise plus à s’emparer de ce que possède l’autre, choses ou droits. Elle lui conteste le pouvoir de décider et d’humilier. »

Dans cette guerre, les faiblesses de l’idéologie dominante tiennent à sa propension de s’épouvanter de tout ce qui la remet en cause d’où une avalanche de lois comme celle de Lætitia Avia visant à lutter contre la haine sur Internet, en réalité à mettre en place un système de censure et d’autocensure.

Mais les faiblesses de l’idéologie dominée sont bien plus importantes. Elle a un accès très limité aux médias, à l’éducation, aux grandes écoles, aux institutions, à la publicité et même aux scénarios des séries télévisées.

« Une idéologie prédomine dans la mesure où il est difficile de ne pas y adhérer. Difficile peut signifier soumise à un risque éventuellement pénal, mais le plus souvent social : ostracisme, discrédit, difficultés relationnelles ou professionnelles. »

Le progressisme tient l’économie, la politique, la culture.
Pour que le populisme puisse gagner la guerre idéologique, il faudrait que ses valeurs, ses idées soient reprises « dans les chaires universitaires, par les industries culturelles et la publicité, les médias, où elles nourriraient les convictions des élites ».

Nous en sommes loin. Très loin.
« Les dominants dominent jusqu’aux pensées des dominés ».

L’art de la guerre idéologique est un petit livre comme je les aime parce qu’il permet de toujours mieux structurer sa pensée, étayer ses analyses.
Dommage que l’éditeur n’ait pas surveillé davantage le travail des correcteurs.

L’art de la guerre idéologique de François-Bernard Huyghe (éditions du Cerf – novembre 2019 – 14 €)

Marcus Graven

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Notifiez de
lafronde

Le déclin, la désolation que nous subissons depuis un demi-siècle résultent d’une révolution du Droit. L’ordre juridique euro-mondial supplante l’ordre juridique interne que nos politiciens n’ont pas adapté à cette nouvelle donne. OMC et UE mettent les entreprises et les fiscalités, donc les pays, en concurrence, c’est le libéralisme. ONU et UE/CEDH en justifiant les migrations intercontinentales, mettent les peuples non-civilisés, donc migrants en RIVALITé avec les peuples autochtones, c’est le communisme inter-ethnique. Pire les Etats FR, UK, DE, ou suédois interdisent à leur citoyens autochtones de former communauté, c’est à dire de rivaliser à EGALITé de droits, avec les nouveaux venus. ça c’est du colonialisme. Les régimes d’Europe de l’ouest sont sociaux-libéraux-coloniaux !

POLYEUCTE

Très beau texte.
Rien que dans son énonciation, le mot « Populiste » incite au rejet.
Le Populo ! Les Manants, pourquoi pas les Serfs ?
« Les Régicides d’une République dévoyée ».
Rappelons la Souveraineté du Peuple !
Populistes ? NON ! Souverainistes ? OUI !

François BLANC

le libéralisme économique ce n’est pas le mondialisme qui relève de l’internationalisme de marx, c’est la limitation des boulets de l’Etat qui tuent les entreprises ou les contraignent à délocaliser (les enfers fiscaux créent les paradis fiscaux, il faut être abruti comme un formaté par les écoles marxistes de la république pour ne pas le comprendre

Vincent L.

Les paradis fiscaux ne survivent qu’en tapant dans les caisses des copains. Si tous les états avaient les mêmes taux d’impositions les populations des paradis fiscaux verraient leur revenu fondre comme neige au soleil. Non rien n’est simple ! Mais je pense être d’accord avec vous sur un point : il est de temps de dégraisser le Mammouth qui ne fait même pas son boulot. .

Alex de Valera

Dans l’histoire il y a toujours un mouvement de balançoire. A un moment donné le mouvement s’arrête et le pendule repart dans l’autre sens. Le bobo-gauchisme sera terrassé par l’Islam. Les européens nieront leur culture, leur histoire et ils se soumettront. Les populistes, les patriotes et les défenseurs des lumières seront traqués comme des rejetons de la bête immonde et subiront les nouveaux procès de Moscou au nom du politiquement correct.

Guy Mauve

Je crois profondément à l’équlibre naturel des forces. Elles se manifesteront tôt ou tard comme une gigantesque lame de fond, qui balaiera toute cette idéologie crasseuse du progressisme.

peplum

Non à l’insupportable police isla…. de la pensée, 5° bureau de l’Internationale.

patphil

la bataille des idées sera gagnée lorsque les journaleux (même au figaro) ne seront plus majoritaires
lorsque les juges seront obligés à appliquer la loi et non leur interprétation de la loi
lorsque les flics seront en droit de riposter avant d’être abattus
peut être que cela adviendra quand les gueux iront voter

François Desvignes

Ne croyez rien de toutes ces segmentations, partiellement vraies et essentiellement fausses :

Il n’y a que deux partis ici bas depuis la pomme et le ‘non serviam » des anges déchus :

– Ceux qui croient qu’ils sont fils de Dieu et donc demain dieux avec Dieu, leur (vrai) Père.

– Et ceux qui croient qu’ils sont dieux à l’égal de Dieu, donc contre Dieu, eux dieux d’eux mêmes sur terre, et Dieu Dieu d elui-même dans ses Cieux

C’est la summa divisio en Politique

En dessous, ce ne sont que chapelles et poulaillers.

dominiquea

quel dieu ?

oreste

Ca n’est pas nouveau. Marx , entre autre en a parlé bien avant lui…