Gauche et droite unis pour faire tomber Fillon

Publié le 5 mars 2017 - par - 11 commentaires - 1 632 vues
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Courageusement, un certain nombre d’élus de droite abandonnent François Fillon, et pour justifier leur décision, évoquent l’intérêt de la droite, sinon du pays. C’est une règle, en effet, que d’habiller ses lâchetés du manteau de la vertu, de l’honnêteté et de l’indignation.

Le père François (Bayrou), coutumier des coups fourrés, des dérobades et des trahisons, a ouvert le bal en ralliant Macron qu’il avait pourtant éreinté à plusieurs reprises et encore récemment. Pour prix de son ralliement, le candidat Macron devait s’engager à faire figurer dans son programme « une loi de moralisation de la vie publique ». OK, François, répond le golden-boy. Mais le plus cocasse de l’affaire c’est que la secrétaire particulière de Bayrou-la-vertu – selon Corinne Lepage, dans son livre Les mains propres, plaidoyer pour la société civile au pouvoir –, aurait été payée « par l’enveloppe d’assistance parlementaire de Marielle de Sarnez, sur fonds européens ». N’est-ce pas là un détournement de fonds publics, ce dont on accuse Marine Le Pen ? Messieurs les juges, voilà une autre affaire à instruire avec la même diligence que vous avez déployée pour François Fillon. Au passage, vous pourriez vous intéresser aussi à Macron, à ses frais de bouche, au rapport de la Cour des comptes, et à ses financements opaques…

Après Bayrou, Bruno Lemaire, autre crocodile à la guimauve et combattant d’opérettes, a, à son tour, levé le pied, bientôt suivi des centristes et autres créatures des marécages, la charge étant menée – si l’on peut dire – par les ectoplasmiques Lagarde et Jégo. On a vu ensuite quelques responsables des républicains leur emboîter le pas, pour la plupart d’anciens sarkozystes et juppéistes qui n’avaient pas digéré la défaite de leur poulain aux primaires, et ce malgré les 700 000 voix de gauche qui s’étaient mobilisées pour sauver le soldat Juppé. Citons, parmi les plus connus : Fenech, Lelouche, Vautrin, Keller, Solère, Stéfani, Apparu… La liste sera à compléter au cours des défections…

À les entendre, ils ne désertent pas, ils se retirent au nom de l’exigence morale, de la probité, mais aussi parce que leur voix sur le terrain serait devenue inaudible. Et de se draper dans leur devoir de transparence et leur belle conscience, au lieu de s’employer à renverser la machination hollandiste en expliquant la nature du complot politico-juridico médiatique dont François Fillon est la victime. Car si ce dernier a prêté le flanc en embauchant son épouse comme assistante parlementaire (ce qui est toutefois pratiqué par une bonne partie des députés, droite et gauche confondues), il reste que l’inhabituelle célérité de la justice, les fuites organisées dans la presse et le choix du calendrier (en pleine campagne présidentielle) ne sont pas, quoi qu’en disent la gauche, les magistrats et le pouvoir, le fait du hasard…

Mais si le procès à charge fait à François Fillon par la justice et les medias unanimes, est éminemment suspect, la hâte avec laquelle les élus et notables de droite – à l’exception de quelques fidèles – l’est tout autant. Essayons de comprendre.

Prélude

 A droite : Dès le départ, les élus de droite, dans leur majorité, escomptaient la victoire de Juppé. C’est que son programme timoré, politiquement correct, prônant l’identité heureuse (alors que les conflits inter-communautaires sont la règle) les séduisait, car il correspondait à leur vision de la société, à leur pusillanimité. Un réformisme mou, prudent, proche de celui de la gauche. Patatras ! une énorme majorité d’électeurs de droite, se reconnaissant dans le programme de Fillon, courageux, volontaire et qui annonce des mesures radicales pour redresser le pays, le désigne comme leur candidat aux primaires. Une fois encore, la fracture entre les électeurs et les élus, entre la base et l’appareil, est aveuglante. Mais les élus ont-ils envie d’en tenir compte ?…

Dans l’immédiat, ils feignent de s’incliner devant le verdict des urnes et, du bout des lèvres, rejoignent Fillon, le soutenant comme la corde soutient le pendu. Dans l’attente de la revanche. En attendant, ils lancent une première charge pour atténuer le programme de François Fillon et le réduire à un consensus mou à la Juppé. Mais Fillon refuse de mettre de l’eau dans son vin, car c’est son audace qui a plu aux électeurs conscients que le sauvetage du pays exigeait des remèdes de cheval. À ce moment-là, Fillon comprend que ce n’est pas avec les élus mais contre eux que son programme peut être engagé. 

A gauche : c’est la déception, car Juppé faisait un très bon candidat centre-droite/centre gauche qui, quelques différences mises à part, aurait poursuivi la politique hollandaise (il n’est qu’à voir les papiers qui, à gauche, le saluaient, Cohn-Bendit s’en faisant le thuriféraire : il a, depuis, rejoint Macron). Arrivent les primaires de gauche où Valls peut l’emporter, mais Hollande lui envoie le scud Peillon que l’on a sorti de sa retraite et qui, en grignotant des voix, fait passer Valls derrière Hamon. Hollande a donc un candidat de la gauche extrême qui va rassembler les frondeurs et autres mécontents du hollandisme. Mais il lui faut trouver un candidat rassemblant centre-gauche/centre-droit, ce qu’il espérait de Juppé mis KO. On lance donc Macron présenté comme un traître à Hollande, mais en réalité son complice, et qui, avant de quitter son ministère, a pu, de l’intérieur, profiter de sa situation pour nouer des contacts. Certains avancent même que Hollande aurait différé l’annonce de sa déclaration où il dit qu’il ne se présentera pas afin de permettre à Macron de construire son personnage et de creuser son trou.

La gauche est en ordre de bataille, avec un candidat officiel minoritaire sans avenir électoral et un candidat ramasse-voix et consensuel, un candidat qui se prétend indépendant, ni de gauche ni de droite, au-dessus des partis, alors qu’il est soutenu dans l’ombre par la finance internationale, les grands patrons français (Niel, Bolloré, Drahi, Bergé,…), les conseillers financiers : Attali, Minc…, et qu’on oublie de parler de son rôle auprès de Hollande dont, de 2012 à 2016, il inspira et appliqua la politique.

D’ailleurs, on voit nombre d’élus socialistes, très rapidement, le rejoindre, au point que Macron s’en inquiète. Pour faire contrepoids et maintenir l’illusion de l’indépendance, des élus de droite arrivent à leur tour. Il n’y a là aucune contradiction car gauche et droite sont liées à la grande finance, favorables à l’Europe contre les nations et à la mondialisation globalisée.

Le complot

Mais Fillon s’envole dans les sondages, et les réformes draconiennes qu’il envisage menacent élus de gauche et de droite confortablement installés au pouvoir. Pouvoir qui, dans le régime des partis qui s’est peu à peu installé dans la Ve République dont de Gaulle voulait les écarter, passe alternativement d’un camp à l’autre avec, en cas de menace, un front dit républicain pour éliminer les intrus.

Il faut donc abattre Fillon. L’entreprise de déstabilisation, de dénigrement est lancée visant à rendre sa campagne impossible. Et, du coup, à faire monter Macron. Mais, malgré le harcèlement permanent, les perquisitions, la calomnie savamment orchestrée, François Fillon résiste. Il faut donc le priver de ses appuis politiques lesquels abandonnent le navire l’un après l’autre – les centristes, eux, sont partis en bloc –, en déplorant l’obstination du candidat taxé par beaucoup de « populiste », alors que le populisme symbolise, depuis le XVIIIe siècle, l’attachement à son pays.

À entendre ces blanches âmes républicaines, François Fillon, par son entêtement, nuirait à sa famille politique, voire à la démocratie et à la France ! Et d’inviter au retour du candidat Juppé pour sauver les meubles. Mais outre le fait que le temps manque pour changer de candidat, outre le fait qu’aux primaires Fillon avait été largement préféré à Juppé, outre le fait que le programme de ce dernier n’a rien à voir avec celui de Fillon, on voit mal comment Juppé pourrait être le sauveur de la droite.

En fait, l’entreprise de déstabilisation lancée par les complotistes de gauche et entérinée par les élus de droite vise à un même but : éliminer Fillon qui, au premier tour, pourrait devancer le candidat de gauche (Macron), et, au deuxième, battrait Marine Le Pen, lançant immédiatement ses réformes dont les élus de tous bords, plongés dans leur sommeil et jouissant de leurs privilèges, ne veulent pas, les syndicats ayant même annoncé qu’en cas de victoire de Fillon ou de Le Pen, ils descendraient dans la rue…

Le challenge

Aujourd’hui où le complot se développe, où la fuite en rase-campagne des élus républicains s’intensifie, rien n’est réglé : en effet, Fillon s’accroche en s’appuyant sur la France d’en bas contre la France d’en haut, défendant l’authenticité contre les combinazzione, l’amour du pays contre sa liquidation programmée. De deux choses l’une : soit il persiste, et la campagne continue cahin-caha jusqu’aux élections avec, à l’arrivée, des surprises toujours possibles, Fillon pouvant retrouver la confiance des électeurs du fait de son programme offensif, tandis que la bulle Macron, auberge espagnole vide de sens et de contenu, pourrait se dégonfler, soit il renonce.

Dans cette hypothèse, Fillon serait remplacé par Juppé, mais quel espoir aurait ce dernier de devancer Macron, d’autant que nombre d’électeurs de droite, floués, pourraient voter pour le FN ? Quel est alors l’intérêt, pour les élus de droite, de participer à l’hallali en se débarrassant de Fillon sans croire réellement à la victoire de Juppé ?

Tout simplement parce qu’après la présidentielle viennent les législatives et que les grandes tractations gauche/droite pourraient, comme à chaque élection, s’engager ; ne l’a-t-on pas vu aux dernières régionales où, pour « barrer la route au FN », les prétendus ennemis socialistes ont offert la région Nord Pas-de-Calais à Bertrand, et la région PACA à Estrosi (avec sans doute des compensations cachées). Pour les candidats en quête d’investiture, être élu est la seule chose qui importe ; et, face au danger lepéniste brandi à tour de bras, on ressuscitera, une fois encore, l’union sacrée pour éviter les triangulaires afin que Macron, s’il est élu président de la République, ne soit pas mis en difficulté par une Chambre hostile.

François Fillon, homme de droite atypique, du fait des valeurs spirituelles qui l’animent, propose un programme à la fois révolutionnaire et conservateur qui ne peut plaire à aucun des responsables politiques au pouvoir, quelle que soit leur couleur politique car il annonce la fin d’un système vermoulu et confiscatoire.

Il en appelle au peuple, à l’autre France, à la France qui se réveille, à la société civile. Sur les élus, il est net : « On fera sans eux ! » Il devrait donc se réjouir de la débandade des pleutres, de leur ralliement à un opportunisme passe-partout. De tels alliés freinent plus qu’ils n’aident quand ils ne vous poignardent pas dans le dos. Plus que jamais, le dicton est d’actualité : « Protégez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge. » Le seul atout de Fillon c’est le peuple, ce peuple qui doute des politiques, des juges et des médias mais qui doit comprendre que, malgré les erreurs ou les imprudences du candidat, compte seule sa détermination à restaurer la France et la démocratie, une démocratie bien malmenée depuis des années, mais surtout lors de cette campagne de tous les espoirs et de toutes les turpitudes.

Max Chaleil

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11 réponses à “Gauche et droite unis pour faire tomber Fillon”

  1. hathoriti dit :

    Je suis de l’avis d’Alexandra et de Désespoir50. Je pense que Fillon peut se montrer un vrai homme d’état et que sa résistance aux coups qu’on lui porte le démontre. Par contre, en effet, pourquoi baver sur Marine ? Je crains que ce ne soit pour plaire à « ceux d’en face »…Auquel cas, il serait un peu mieux que le parasite macron pour la France, mais, quand même, dans le doute…moi, je vote Marine !

  2. Alexandra Dougary dit :

    Bel article auquel je souscris totalement. Je pourrais rajouter (mais je crois que cela apparaît en filigrane dans l’article) que F.Fillon, en faisant preuve du pugnacité, montre qu’il tient la barre au milieu de la tempête. Que demander d’autre à un homme d’Etat ? Au moins on peut se douter qu’en cas de big problème il tiendrait le cap lui !

  3. Désespoir50 dit :

    Monsieur fillon qui sont vos plus grands destructeurs après le douloureux coup de couteau que macron vous a planté dans le dos ? Regardez bien !,Ouvrez les yeux ! il y a bien évidemment les incompétents gauchiasses à grande gueule et beaucoup de vos amis LR, et là, bizarrement vous vous obstinez à baver sur MLP alors que la majorité des Français voit en vous le seul patriote crédible parmi ses opposants.
    Bizarre non !!

  4. Ferracci dit :

    Bravo Max. Quand François Fillon s’appui sur le peuple, ce qui est normal en démocratie, certains osent parler de « coup de force ». On croit rêver !
    L’erreur monumentale ce sont les primaires, incompatibles avec la Ve République. Elles permettent aux médias et autres malfaisants de cibler celui qu’on veut abattr. Mais, attention, on voit un peu partout le peuple se révolter contre « les systèmes « . Ce sera le cas en France. « Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir « 

  5. Haggar Dunor dit :

    Il faut faire le grand ménage aux législatives comme à la présidentielle, sinon la France ne repartira pas sur de bonnes bases !

  6. Albarèdes Robert dit :

    Voilà une analyse que je pourrais signer…Est-ce parce que j’ai connu un Max Chaleil, à Montpellier, à l’UEC et au PC, dans les années 62/68, avec les Hermier, Viala, Guibbert (Pierre), et beaucoup d’autres? Le retrouver sur Riposte, dont je suis un des rédacteurs-initiateurs m’agrée parfaitement!

  7. josyane dit :

    Bravo pour cet excellent article, votre analyse est très juste. Les élus de droite qui quittent le navire veulent tous garder leurs avantages et la France, ils s’en fichent à croire qu’ils n’ont pas d’enfants ! Il faut tous les virer.

  8. Themis dit :

    « Il en appelle au peuple » Un peuple qui pourtant il a déjà tant trahi avec les mêmes qui aujourd’hui le trahissent à son tour ! C’est pas cocasse, ça ? « Homme de droite atypique ». Pfff ! Qu’est ce qui est atypique, l’homme ou la droite qu’il représente ? Ah ! Ah ! Ah ! Quand il a gouverné pendant 5 ans, je ne l’ai pas du tout trouvé atypique mais bien dans le moule mondialiste et libéral. Il y a 3 mois à peine, il en faisait encore l’aveu le + flagrant : https://www.youtube.com/watch?v=Qu5Ztr6MDtg Plus de privatisations, plus d’Europe et plus d’immigration car il compte bien garder notre pays sous tutelle. Ce sera la continuité de ce qui a été fait depuis 2007 à coups d’alliances malsaines ayant pour seul but de maintenir la pieuvre au pouvoir. https://www.youtube.com/watch?v=242GJb6DTGA

  9. lucifer dit :

    Le grand gagnant du bordel orchestré par Hollande (il faudra s’occuper de son cas un jour),est Macron .Macron soutenu par tous ceux qui veulent la mondialisation suicidaire pour le pays….et les français ,les sacrifiés sur l’autel du fric. Ils veulent Juppé le condamné,ami des Etats du golfe; l’immigrationiste ,le battu de la primaire. Juppé, Macron même combat ,pour la descente aux enfers de la France ET des français . Allons-nous nous laisser manipuler, sans rien dire ,sans rien faire.

  10. YAYA dit :

    HOLLANDE/JUPPE. La preuve que FILLON doit aller jusqu’au bout … pour être à la fin battu par MARINE !

    • Marguerite dit :

      Bel article. Pour moi, M. Fillon est un moindre mal. Il a tort de ne pas appliquer ses croyances à la politique et de rejeter MLP comme si elle était Satan en personne !