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Généraux : une tempête dans un verre d’eau qui va se transformer en tsunami ?

 

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

(Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793, article 35).

C’est  devenu une déplorable manie, sur le Net, de faire circuler des textes qu’on attribue tantôt à La Fontaine, à la marquise de Sévigné, à Michel Audiard, à Jean d’Ormesson, à Philippe Bouvard, etc. etc. En fait, il s’agit souvent d’une prose mal écrite que son auteur véritable n’a pas le courage de signer. Ceci n’est pas bien méchant, mais Internet et  les réseaux sociaux ont un côté plus  sombre : sous couvert d’anonymat, ils sont aussi le défouloir des « corbeaux », des délateurs, des fourbes qui peuvent impunément  insulter le quidam qui ne partage pas leur avis.

Ces gens-là me font penser aux résistants de la dernière heure, ceux qui ont attendu que leur ville ou leur  village soit libéré pour sortir leur drapeau, leur brassard FFI (1) et leur… tondeuse pour punir les femmes soupçonnées de « collaboration horizontale ». Celles qui préféraient s’envoyer en l’air avec un bel Aryen plutôt qu’avec un bon à rien. Le Français, c’est bien connu, à l’âme résistante et l’art de voler au secours de la victoire : combien de ceux qui applaudissaient le maréchal Pétain fin mai 1944, ont viré au gaullisme inconditionnel après le 6 juin ? Et, là, très rapidement, le panurgisme des masses remplace l’anonymat des esseulés. À plusieurs, on fait plus de bruit, à défaut d’être plus forts (2). Or, le tapage, le tintamarre, le battage, me dérange. Pire, il m’insupporte !

Totalement agoraphobe, persuadé, comme Georges Brassens que « le pluriel ne vaut rien à l’homme » je vis « à l’écart de la place publique/ serein contemplatif, ténébreux, bucolique… ».

En principe, je ne signe aucune pétition (3) pour ne pas engraisser les petits futés qui vivent en pétitionnant. Lorsqu’on m’adresse un mail et qu’on me demande, sur un ton comminatoire (et souvent en me tutoyant alors que je n’ai pas gardé les vaches avec l’expéditeur) de le transmettre à tout mon carnet d’adresses, celui-ci part illico à la corbeille. Idem, quand on m’envoie des vidéos ou des diaporamas qu’il faut « impérativement faire suivre ». Je ne pense pas être asocial – j’ai peu d’amis mais ils sont solides et fiables – mais j’ai horreur qu’on me dicte ma conduite… De plus, je déteste le tam-tam médiatique, le matraquage idéologique et la mauvaise foi.

Nous assistons, depuis quelques jours, à une frénésie épistolaire et verbale due à la lettre aux gouvernants cosignée par des militaires en retraite, publiée sur le site « Place d’armes » et reprise par « Valeurs actuelles ». À gauche on crie au putsch, à droite on entonne le « chant du départ » :

« La victoire en chantant nous ouvre la barrière » pour oublier que, depuis 40 ans, c’est le mutisme des patriotes qui a ouvert nos frontières à une immigration qui entend nous imposer ses lois.

Mélenchon, qui a soutenu toute sa vie les dictatures marxistes sud-américaines, s’indigne de cette tentative de pronunciamiento. Quant à Marine Le Pen qui, il y a quelques jours encore, n’avait « aucun problème avec l’islam », elle soutient le mouvement (comme la corde soutient le pendu car elle a rétropédalé depuis). Cette lettre permet à la ministricule Parly de montrer qu’elle existe et de se couvrir de ridicule en menaçant les signataires de sanctions alors que la liberté d’expression est un droit qui s’applique aussi aux militaires. Pourquoi faudrait-il, en effet, que les racialistes, les islamo-gauchistes, les écolos, les LGBT, les végans, les minorités en général, aient le droit de pétitionner, de défiler dans les rues, d’exprimer leur mécontentement et leurs états d’âme dans les médias, et pas les citoyens qui ont choisi de servir leur patrie (et qui en on même fait leur métier) ?

Le chef d’état-major des armées, le bellâtre Lecointre, a déclaré que l’attitude du général Piquemal  était « indigne ». Indigne de quoi ? Une servilité reptilienne a permis à cette gravure de mode de passer « cinq étoiles » (4) par le seul bon vouloir de Macron, qui distribue les étoiles comme le Guide Michelin, il est donc assez mal placé pour parler de dignité.

La riposte la plus fielleuse, la plus infecte, émane d’un écrivain-historien militaire, le colonel Michel Goya, coqueluche des plateaux télé (ce qui laisse supposer qu’il est marqué à gauche).

Sur son blog, il écrit ceci, sous le titre idiot « La pitrerie en danger » :

 « Je tiens à ne pas remercier… un petit groupe de vieux généraux d’avoir contribué à nourrir l’image de militaires forcément réactionnaires, limite fascistes, commandés par des badernes manifestement nostalgiques, par ordre d’apparition à l’écran, de l’opposition à la Gueuse, de la Cagoule, du régime de Vichy, de l’Algérie française et du petit putsch de généraux du 21 avril 1961. Le 21 avril ? Comme le hasard fait bien les choses, c’est pile-poil le jour de la publication de leur tribune dans « Valeurs actuelles » (5)… Ne tergiversons pas, la sémantique est toujours la même : « oligarchie apatride » dans une déclaration précédente, « valeurs civilisationnelles », « hordes », « délitement », « péril mortel », « laxisme », etc. Les cibles changent juste avec le temps, un peu moins de Juifs peut-être, beaucoup plus d’Arabes à coup sûr dans un gloubi-boulga où on trie les bons rebelles qui portent un gilet jaune en oubliant que certains d’entre eux ont saccagé l’Arc de triomphe et la tombe du soldat inconnu, et les malfaisants, comme les bobos trous du cul à cagoule noire. On y fait aussi des crétins indigénistes et autres décoloniaux voire toute la mouvance Woke un danger mortel, alors qu’ils sont surtout bêtes et souvent ridicules. On notera au passage la petitesse et le ciblage très précis de la liste des malfaisants. Cette liste est néanmoins beaucoup plus longue que celle des propositions, inexistante à part l’appel au sursaut…. »

C’est mal écrit, vulgaire, teinté de ce mépris arrogant et cette ironie narquoise que la gauche prend pour de l’humour. Si le colonel Goya estime que l’armée ne doit pas faire de politique, que fait-il, lui,  sinon un procès à charge contre la droite nationale ? Je rappellerais bien à cet « historien » – dont l’honnêteté intellectuelle n’a, semble-t-il, rien à envier à celle de Benjamin Stora, que le « petit putsch » du 21 avril 1961 n’était absolument pas fasciste : le « quarteron » de généraux  comptait… trois hommes de gauche. Le putsch d’Alger, c’était un sursaut patriotique de l’armée.

Mais revenons à cette lettre qui fait tant de bruit. Au départ, je voulais intituler mon article « tempête dans un bénitier » mais je risquais de me faire agonir par les ayatollahs de la laïcité ; ceux qui n’ont pas compris que c’est en refusant de revendiquer nos racines chrétiennes qu’on a laissé le champ libre à l’islam. Cette lettre appelle quelques remarques, mais, avant toute chose, je tiens à dire que, quelles que soient les critiques que je pourrais formuler, je suis solidaire de ses auteurs. D’abord, parce que j’étais « enfant de troupe » à 11 ans, ensuite parce que j’ai porté durant quelques années le béret rouge des parachutistes, enfin, parce que je suis assez content que la « grande muette » s’exprime, certes un peu tard, mais après tout, mieux vaut tard que jamais !

Cette lettre n’est pas une revendication, encore moins une incitation à la rébellion. Elle n’est ni injurieuse ni menaçante. C’est un simple constat et une supplique : une catégorie de citoyens – en l’occurrence des militaires –  demande au président de la République, à son gouvernement et aux parlementaires  de  faire ce pourquoi  ils ont  été élus (ou nommés, pour les ministres) : gouverner le pays, faire respecter la loi et l’ordre, assurer la sécurité des citoyens. Le constat est bien posé et le terme « délitement » est approprié. En quoi est-ce répréhensible ? Sommes-nous en démocratie ?

Depuis des années des auteurs comme Patrick Buisson, Alain Finkielkraut, Éric Zemmour, Michel Onfray, Ivan Rioufol  et  d’autres, dénoncent ce délitement incontestable de la France dû très majoritairement à l’immigration afro-maghrébine et à l’islam. Michel Vial vient d’écrire un petit livre remarquable « La chute de l’Empire occidental » (6) dans lequel il fait le même constat.

Pour ma part, modeste historien amateur, je dénonce ce danger depuis… plus de 40 ans. Si je voulais titiller mes amis militaires – Dieu m’en préserve ! – je leur rappellerais le nombre de fois où diverses associations patriotiques et/ou militaires ont refusé mes articles, jugés « trop polémiques », « trop politiques », voire « trop sulfureux ». Les bulletins, sites et blogs civils n’avaient pas ces pudeurs de rosière. Mais s’ils ouvrent enfin les yeux, tant mieux ! Je ne saurais les blâmer.

Qui se souvient, chez les militaires, qu’en… 1985, une trentaine de députés RN-FN (7) arrivait au Palais Bourbon. Plus de la moitié avaient porté le béret rouge des paras (ou vert de la Légion). Ils s’inquiétaient déjà de l’immigration incontrôlée et de la montée de l’islam mais pour beaucoup de militaires d’active, ces gens-là sentaient le souffre : ils avaient pourtant été élus démocratiquement.

Les gauches, les minorités, les écolos, le pouvoir et les médias aux ordres poussent des cris d’orfraie, invectivent, menacent, appellent à sauver la République, mais de qui se moquent-ils ?

Il n’y a pas le moindre risque de coup d’État dans cette affaire ! L’histoire nous a appris que l’armée  est  loyaliste. Elle est beaucoup trop… sentimentale pour franchir le Rubicon.

Le putsch des généraux du 21 avril 1961, à Alger, aurait pu réussir s’il avait eu, à sa tête,  des révolutionnaires comme Château-Jobert, Argoud, Sergent, Montagnon, Degueldre… etc.

Le coup d’État de Sankara au Burkina Faso ou la « Révolution des œillets » au Portugal ont abouti  car les meneurs étaient des capitaines, jeunes, marxistes et donc… sans scrupules. À droite, en dehors de la prise de pouvoir par Franco, on peine à trouver des succès. En France, il faut remonter au 18 brumaire, an VIII (9 novembre 1799) pour voir un général réussir un coup d’État. Encore que le 18 brumaire n’aurait jamais réussi sans Murat et Joseph Bonaparte, mais ceci est une autre histoire. Depuis le 18 brumaire, la France a connu quelques tentatives de putsch.

Celui du général Boulanger (28 janvier 1889) a avorté ; celui du colonel de Laroque (6 février 1934) idem ; La « semaine des barricades » d’Alger de janvier 1960 a fini en débandade, le putsch des généraux d’avril  1961 a tourné en eau de boudin.

Le seul putsch réussi aura été le retour au pouvoir du « Grand Charles », le 13 mai 1958. Le second putsch réussi c’est incontestablement… l’élection d’Emmanuel Macron. Et pour ce dernier, c’est la finance apatride qui était aux manettes, pas l’armée.

Non, nous ne risquons pas un putsch ; en revanche, le risque de guerre civile est bien réel et les militaires ont raison de faire part de leurs craintes. Leur démarche, si elle doit être critiquée, pourrait  l’être pour sa naïveté : il est utopique de s’imaginer qu’on peut traiter ces questions sans faire de politique, du grec Politikos : « ce qui est relatif à l’organisation ou autogestion d’une cité ou d’un État et à l’exercice du pouvoir dans une société organisée ». Comme le disait Charles Maurras : « Tout est politique ». On ne peut même plus se contenter de parler de la pluie est du beau temps car, depuis l’émergence du courant écologiste, le dérèglement climatique est éminemment politique.

Naïveté également de croire que Macron a la moindre envie d’arrêter le délitement de la « start-up France ». Il ne faudrait  surtout pas confondre la cause et ses effets : l’immigration massive afro-magrébine (et son corollaire le montée de l’islam) sert simplement de troupe de manœuvre au « remplacement de population » voulu par le Nouvel Ordre Mondial.

Il y a fort à parier que notre « chef des armées » (qui n’a même pas fait son service militaire) va gesticuler, invectiver les militaires, peut-être même  enfiler sa belle combinaison d’aviateur taillée sur mesure et clamer « c’est moi l’chef », comme il l’a fait avec le général de Villiers. Il restera ce qu’il est : une marionnette européiste, un pantin à la solde des Soros, Attali et consorts.

J’ai envie, avant de conclure, de plagier un excellent article de Jérôme Serri  dans « Boulevard Voltaire » : « Que signifie l’honneur pour un président qui, six mois après la décapitation de Samuel Paty, et quelques jours avant l’assassinat d’une policière à Rambouillet, déclare en anglais, sur la chaîne CBS, que « nous devons déconstruire notre propre histoire » ?… Ne serait-il pas plus sûr, pour la France, de ne pas les renouveler en 2022 ?… » C’est très exactement ce que je pense !

Cette tempête dans un verre d’eau va-t-elle se transformer en tsunami ? Je n’en sais rien !

Mais, juste après sa publication dans « Valeurs Actuelles », un sondage Harris Interactive/LCI nous apprend que 58 % des Français déclarent soutenir les militaires signataires. Une très forte majorité de Français partage la vision exprimée par les anciens militaires sur « la société française qui se délite » (73 %), ou « une forme d’antiracisme qui produit une haine entre les communautés » (74 %).

Et ce sondage montre qu’un Français sur deux (49 %) pense que « l’Armée devrait intervenir sans qu’on lui en donne l’ordre afin de garantir l’ordre et la sécurité en France. » Aïe, aïe, aïe !!!

En fait, il ne fait que révéler, de façon magistrale, l’immense  décalage, le fossé, la tranchée, qui existe entre le pays légal et le pays réel. Charles Maurras le dénonçait déjà il y a un siècle !

Aujourd’hui, j’ai eu une pensée pour les héros de Camerone (30 avril 1863), mais ce soir,  en buvant  le « Single malt » que je m’autorise quand arrive le week-end, je fredonnerai l’air célèbre de « La grandeduchesse de Gérolstein » de Jacques Offenbach : « Ah que j’aime les militaires ! »

Eric de Verdelhan

1)- Force Française de l’Intérieur.

2)- On se souvient que l’envolée fanfaronne de 1939 « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts » a débouché sur une mémorable raclée en juin 1940.

3)- À quelques très rares exceptions. Il m’arrive de signer une pétition si je sais d’où elle est partie.

4)- Le général Lecointre est passé, en un temps record, de général de division (3 étoiles) à général d’armée (5 étoiles), surprenant non ?

5)- C’est un mensonge éhonté ; la lettre a été publiée par « Place d’armes » le 8 avril. Sa reprise le 21 avril par « Valeurs actuelles » est un pur hasard.

6)- « La chute de l’Empire occidental » de Michel Vial ; éditions Synthèse Nationale ; 2020.

7)- Et oui, déjà à l’époque ! Le « Rassemblement National – Front National » a existé, avec des gens du CNI et des « indépendants nationaux » (Michel de Rostolan).