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Georges Marchais en 1980 : quand le PC était patriote et contre l’immigration

Cet article n’a rien à voir avec l’actualité du Covid, mais fait suite aux échanges que je tenais hier au cours d’un visio-apéro avec un de mes derniers copains bien à gauche (je n’en ai plus beaucoup, la plupart se sont repentis, d’autres bourrés de certitudes, mus par le principe et clos au débat ont fini par ne plus me parler). Lui, à mon sens n’est pas un opportuniste, c’est un prolo coco-cégétiste, un vrai, un de ces indécrottables et dangereux naïf qui pense sincèrement que c’est de la société et la situation sociale dont découlent les désordres, pas du communautarisme qui n’en serait qu’une victime et qu’une conséquence de la politique. Vaste débat, mais la question prioritaire aujourd’hui, c’est un peu comme pour le Covid-19 :  est-ce de débattre les causes, appréhender tous les dégâts collatéraux possibles ou d’agir au plus vite sur les conséquences ?  Selon lui, la dimension culturelle n’existe pas et il faudrait croire que les milliards injectés à la question sociale ne suffisent pas.

C’est amusant, cette façon de penser, mais nous y reviendrons dans un article consacré à la culpabilité et à la nécessaire maïeutique afin d’ouvrir le for intérieur d’une mentalité biberonnée à la culture de la génération touche pas à mon pote. Je ne lui en veux pas, car je suis également un gauchiste repenti (depuis très longtemps), mais il ne m’avait fallu que quelques années pour constater que quelque chose ne tournait pas rond avec l’Islam et qu’il s’agissait de LA priorité sur laquelle agir selon moi… Tout dépend évidemment de notre parcours qui peut nous épargner ou au contraire nous faire prendre de plein fouet le choc des civilisations et faire mûrir avec un peu d’avance ou de retard une clairvoyance inéluctable à laquelle il devient difficile d’échapper sans mauvaise foi.

À la trentaine, une bonne majorité de mes collègues, qui étaient bourrés de tolérance dix ans plus tôt, ont su faire la part des choses après quelques mauvaises expériences en tirant les conclusions unanimes, bien que honteuses au départ et avouées sur le bout des lèvres. On a été nombreux ,je pense, à se remettre en question, à se trouver anormal ou honteux de tirer des conclusions si discriminantes et contraires à nos principes éducatifs de notre expérience du quotidien au contact avec les fidèles de la religion d’amour et de pets. Et puis, passée cette période, on ressent le besoin d’être sincère, objectif et droit dans nos bottes mais on se retrouve avec des copains qui n’ont pas encore atteint le niveau de maturité ou d’expérience nécessaire pour s’en rendre compte, l’honnêteté intellectuelle pour se l’avouer, et encore moins le courage de faire leur coming-out vis-à-vis de leur sentiment réel.

Ce copain coco cégétiste est de ceux-là, même si je sais que ce n’est qu’une question de temps pour qu’il me dise un jour que j’ai raison : un voisin type « chance pour la France » qui viendra sur son pallier, un passage aux urgences, quelques cambriolages ou les agressions de proches l’aideront à ravaler ses propos actuels. À ce titre, vous la connaissez sûrement, celle-là, j’aime bien lui la raconter : qu’est-ce qu’un électeur du Front national ? Un communiste qui s’est fait voler son autoradio deux fois ! Ah le parti communiste,  opportunément le parti des clandos et autres causes foireuses et électoralistes qui ont ruiné le pays. Je lui ai fait part de la ligne politique du programme du Parti communiste français au début des années 80, ce que je vous relate ici, car jeune quadra, je ne la connaissais pas il y a quelques années et lui non plus d’ailleurs.

Je lui ai rappelé qu’éloigné de la campagne en 1974, le PC avait fait campagne en 1981 avec un programme chargeant de manière très virulente l’immigration. Tentant d’endiguer la dangereuse baisse de voix, Georges Marchais prend la parole et le leader rouge occupe ses talents d’orateur dans une campagne aux diatribes anti-immigration qui  n’ont rien à envier aux bon sens et à la logique des patriotes de 2020. Le parti communiste français, alors en grave perte de vitesse, réinvente un axe pour se rapprocher de son électorat prolétaire, thème détonnant suites aux émeutes urbaines de Vaulx-en-Velin et de Vénissieux (entre autres).

Désigné candidat en  1980, pouvant prendre appui sur un terreau militant exalté, le candidat « anti-Giscard » comme dit son affiche, peut entamer une campagne loin du politiquement correct ou du virage idéologique collaborationniste qu’on lui connaît. À l’occasion de cette campagne, au moment de Noël, des militants communistes portés par le rejet de l’étranger de leur chef de parti agressent 300 travailleurs maliens et détruisent même une partie du bâtiment qui les abritait, en plein hiver. Comme le cite un article du Monde de Jean Benoît, publié fin décembre 1980.

« En laissant intervenir, la veille même de Noël, des gros bras et un bulldozer pour  » casser  » un foyer d’immigrés où trois cents travailleurs maliens venaient de trouver asile, le maire communiste de Vitry-sur-Seine avait-il mesuré l’ampleur du scandale qu’il allait provoquer ? Si cette action était délibérée, on peut dire que l’objectif est atteint. D’un bord à l’autre de la presse, si l’on excepte l’Humanité, ce ne sont que réactions indignées, et le mot  » racisme  » revient fréquemment, s’adressant cette fois à ceux-là mêmes qui l’utilisent si souvent à l’endroit du pouvoir ».

https://www.lemonde.fr/archives/article/1980/12/30/l-affaire-de-vitry-sur-seine-relance-le-debat-sur-la-repartition-des-familles-immigrees_2808602_1819218.html

« Immédiatement, une manifestation de soutien est mise en place par l’ensemble de la Gauche les jours suivants : le Parti communiste est traité de parti nazi, de fasciste. Georges Marchais et la CGT apportent tout leur soutien logistique au maire camarade incriminé Paul Mercieca :  « Nous, contrairement aux partis de Droite et aux socialistes, nous n’avons pas mauvaise conscience et demandons l’arrêt de la concentration des immigrés dans les cités ouvrières ».  L’Humanité janvier 1981.

La mairie PC de Bagnolet réagira en soutien précisant d’emblée « Ce n’est pas un « bulldozer » qui a été utilisé pour détruire l’immeuble du 92 rue Victor-Hugo mais un « tractopelle » !  « Je vous le déclare nettement : oui, la vérité des faits me conduit à approuver, sans réserve, la riposte de mon ami Paul Mercieca (…) Plus généralement, j’approuve son refus de laisser s’accroître, dans sa commune, le nombre, déjà élevé, de travailleurs immigrés (…) La présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés fait que la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes. Jacqueline Chonavel. Le blog-Monde/régionales juillet 2010.

Et c’est ainsi que commence, durant la campagne, une intense et longue diatribe anti-immigration du parti communiste français, disséminée ici et là dans la presse de l’époque. Si je vous demandais un jour qui a dit : « Il y a l’existence de ghettos de travailleurs  aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela crée des tensions, et parfois des heurts entre immigrés des divers pays. Cela rend difficile leurs relations avec les Français. Les HLM font cruellement défaut et de nombreuses familles immigrées, plongées dans la misère, deviennent insupportables pour les budgets des communes. »  Songerait-on une seconde que son auteur puisse être Georges Marchais ? Et pourtant, ces mots sont de lui.

Si je vous disais un jour qu’un leader politique a écrit une lettre  au recteur de la mosquée de Paris en ces termes : « En raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes. Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine ». Songeriez-vous encore que son auteur puisse être Georges Marchais dans l’Humanité (6 janvier 1981) ?

Qui se souvient que le parti communiste d’Ille-et-Vilaine avait vivement protesté contre l’ouverture d’un centre islamique à Rennes, au nom de la laïcité ? Que les mairies communistes limitent le nombre d’immigrés par immeuble et dans les colonies de vacances ou veillent à la répartition des tickets d’entrée gratuite à la piscine, au nom de l’égalité et de l’équilibre !  À cette époque, un prolo blanc était un prolo comme les autres, un prolo français était un individu à protéger de l’immigration et le parti restait psychorigide sur les questions de laïcité et d’égalité et de préférence nationale…

Même Robert Hue, ce sympathique barbu à l’allure de nain de jardin et la mine de lutin joyeux se lançait manu militari dans des actions coup de poing relatées brièvement sur sa page Wikipédia et dans toutes les archives de l’époque : « En février 1981,  un nouveau fait d’armes se déroule à Montigny-les-Cormeilles, où le maire communiste, Robert Hue, mena campagne contre la drogue en encourageant la délation !  « Robert Hue et des militants s’étaient rassemblés sous les fenêtres des trafiquants, une famille nombreuse marocaine en brandissant des affiches ad nominem les invitant à aller hors de la ville » Le Monde 23 février 1981, Action socialiste février 1981. L’histoire prouvera que la famille d’origine algérienne qui avait été incitée par Robert Hue à dénoncer la famille marocaine faisait elle-même du trafic de drogue… Une guerre de concurrence stupéfiante en somme… Ah naïveté, quand tu nous tiens !

Malgré une campagne choc, des actions coup de poing et un discours ferme :

https://www.youtube.com/watch?v=ShMFdGUolwg

Le déclin ne fera que s’intensifier, au profit d’un certain Front National et, nous verrons l’électoralisme, la démagogie et le lèche-babouche se substituer à une certaine forme de courage et d’intégrité du parti communiste de l’époque (du moins sur la défense de la vie quotidienne des Français modestes, on ne parlera pas ses positions lamentables au sujet de l’URSS). 15 ans plus tard, le PCF aura abandonné les questions d’immigration, Robert Hue militera au côté Ababacar Diop en faveur des clandestins réfugiés dans l’église Saint-Bernard et deviendra bientôt la tête du parti. Il essayera de gagner des voix désormais en militant  maintenant à la tête du combat… pour les « clandestins »  et d’autres chances pour la France. Exit les opérations musclées en banlieues et les dénonciations de l’immigration. Face au siphonnage des voix par le FN, le PC retournera sa veste… et son slip. Voilà encore un exemple de la probité de la gauche en France.

Le copain n’a rien dit, j’ai l’impression qu’il croit encore que j’exagère…

Yann Boudebeuf