1

Gérard Larcher, la lettre des généraux vous est aussi destinée

Monsieur le Président,

Afin d’illustrer le « délitement de la patrie » qui inquiète nos militaires et, comme le confirme un récent sondage de l’ensemble des Français, je rappellerai quelques-unes des faiblesses inexcusables de la classe politique.
Puisque nous parlons de délitement, êtes-vous fier qu’après l’assassinat d’un couple de policiers à Magnanville dans votre département des Yvelines, après la décapitation de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine toujours dans les Yvelines, ce soit à nouveau dans votre département, chez vous, à Rambouillet, qu’une policière ait été égorgée ?

Puisque nous parlons de délitement, êtes-vous fier que la presse se soit intéressée aux relations dangereuses de votre ami Pierre Bédier avec les milieux islamistes radicaux ? Êtes-vous fier d’avoir participé à sa réinstallation à la tête de votre département après sa condamnation à six années d’inéligibilité pour « corruption passive » et « recel d’abus de biens sociaux » ?
Puisque nous parlons de délitement, êtes-vous fier d’avoir répondu à celui qui vous informait il y a dix ans des trafics d’armes d’une ville voisine, Trappes pour ne pas la nommer, et vous prévenait des risques d’attentat, êtes-vous fier de lui avoir répondu : « Vous êtes pessimiste » ? Êtes-vous fier que certains intellectuels venus vous rencontrer soient allés jusqu’à vous dire : « Président, le problème des politiques, c’est leur lâcheté ».
Puisque nous parlons de délitement, êtes-vous fier, vous le prétendu gaulliste qui, pour être à la croisée de toutes les sensibilités, ne voulez surtout pas entendre parler de frontières, êtes-vous fier d’avoir, au lendemain des attentats de 2015, fait installer autour du Sénat, dans la plus grande discrétion, des grilles infranchissables ?

Puisque nous parlons de délitement, êtes-vous fier que votre prédécesseur, Christian Poncelet, ait refusé d’installer le drapeau français dans l’hémicycle au prétexte que la France allait prendre la présidence de l’Union européenne ? Êtes-vous fier, lorsque la même demande vous fut faite un peu plus tard d’avoir usé d’un stratagème pour que certains de vos collègues ne puissent vous imputer une initiative sans doute trop patriotique et pas assez européiste à leurs yeux ?

Puisque nous parlons de délitement, êtes-vous fier que le projet d’exposition sur les couleurs de notre drapeau, le seul au monde à avoir été représenté par les plus grands peintres de Delacroix à Picasso, êtes-vous fier que ce projet n’ait pu voir le jour et remplir d’étonnement et de fierté le cœur des Français ? Pensez-vous qu’on les rassemblera mieux autour de leur histoire en suspendant, pour le bicentenaire de la mort de Napoléon, sous le dôme des Invalides, au-dessus du tombeau de l’Empereur, le squelette en plastique de son cheval Marengo ?
Puisque nous parlons de délitement, êtes-vous fier d’avoir laissé une sénatrice socialiste déposer sur le bureau du Sénat une proposition de loi rédigée en écriture inclusive ? Êtes-vous fier d’avoir eu à la tête de la commission des affaires culturelles de la Haute Assemblée une collègue centriste qui, dans sa région, rédigeait des textes dans cette écriture illisible ?

Puisque nous parlons de délitement, êtes-vous fier que nos généraux soient obligés de vous rappeler que le rôle de nos armées, à l’instar de vos grilles infranchissables pour votre palais, sera demain, de par votre incurie, de protéger la France et les Français, si le malheur de ce qu’ils appellent pudiquement une « explosion » advenait ?
Puisque nous parlons de délitement, comment osez-vous déplorer, devant l’assassinat d’une policière dans votre ville, « l’atteinte au pilier de la loi et du respect de l’autorité de l’État », alors que vous-même n’avez pas utilisé, à l’encontre des représentants du CCIF et de l’ex-UOIF, le pouvoir de coercition qui était le vôtre ? Êtes-vous fier que le Sénat n’ait pas eu ce courage, que vous demandent d’avoir les militaires, d’appliquer la loi en poursuivant ces représentants en justice pour ne s’être pas présentés devant la commission d’enquête sur la radicalisation islamiste en juin dernier, quelques mois avant l’assassinat de Samuel Paty ?

Si la lettre des généraux fait tant de bruit, c’est qu’elle tient un discours de vérité que les politiques ne tiennent plus depuis longtemps tant ils se sont laissé gagner et paralyser par l’idéologie de la déconstruction. Si cette lettre fâche tant la classe politique qui se délecte dans le fantasme d’un putsch militaire pour surjouer une indignation dont elle n’est plus capable devant le délitement du pays, c’est que les militaires, approuvés par une large majorité de Français, pointent du doigt le somnambulisme de cette classe politique. Au gouvernement comme dans l’opposition, le déni de réalité est devenu le cynisme d’une stratégie de mauvaise foi pour se maintenir au pouvoir ou pour le conquérir.

« Moi, je ne peux m’habituer au terrorisme islamiste », avez-vous déclaré sur BFM TV au lendemain de l’attentat de Rambouillet. Vous rendez-vous compte de ce que vous dites ? Comme vos grilles infranchissables installées au lendemain des attentats de 2015, l’énormité de ce « moi, je » est la preuve de l’insupportable « nous d’abord » d’une classe politique qui n’a plus le souci de la France et des Français.

Jérôme Serri