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Gilets jaunes dans les Cévennes : un début de révolution ?

Samedi 17 novembre. Il pleut sur les Cévennes depuis la nuit. Nous arrivons au rond-point de la route du Vigan à 7 h 30. Il y a déjà environ quarante personnes groupées sous un stand de vente agricole, et un peu plus loin une voiture de gendarmerie. Nul que nous ne connaissions, mais la journée sera propice à lier des sympathies. On s’organise en divers groupes afin de se positionner, de distribuer des tracts et faire signer une pétition. Chacun prend place, l’ambiance est aussi sérieuse et déterminée que détendue. La pluie ne cessera pas de tomber de toute la journée. Pour se compter, c’est plus facile avec les parapluies multicolores. Des jeunes arrivent, enthousiastes, avec une pancarte où l’on peut lire : « Macron vas te faire traire, on n’est pas des vaches à lait !!! »

Ils viennent d’un peu loin et ont dû se lever de bonne heure. Nous sommes heureux de voir des jeunes. Un gendarme prend des photos et nous donne des conseils pour notre sécurité. Petit à petit, on arrive à compter plus de soixante personnes. Presque toujours, les conducteurs manifestent leur adhésion au mouvement. Puis, arrive un bronzé qui klaxonne tout le temps qu’il attend. Il repart de l’arrêt-pétition bruyamment et ne s’arrête pas pour le tract, passant dangereusement avec l’air furieux de qui n’apprécie pas que l’on manifeste contre celui qui aime tant les bronzés. Je lui crie « trou-du-cul » tandis qu’un gendarme arrive, mais l’autre est déjà loin. Le nombre grandit encore et il sera dit que nous serions deux cents en comptant les deux autres endroits d’intervention. Diverses personnes de notre connaissance arrivent par intermittence.

Nous faisons une marche-escargot jusqu’au Vigan, contournons le supermarché et occupons quelques minutes la station-service. Puis, tandis que nous revenons à notre point de départ, un trop pressé accélère bruyamment et quelqu’un lui dit d’arrêter avec insistance. Il finit par arrêter son moteur et attendre comme les autres, mais je l’ai entendu assez près derrière moi . Une dame venue à pied explique qu’un handicap l’empêche de rester toute la journée, mais qu’il est important de participer, même quelques heures. Vers midi, nous quittons le groupe afin de rentrer au chaud et de manger rapidement. En passant, nous saluons les collègues à l’autre sortie du Vigan, puis ceux du rond-point suivant. Là, ils brûlent des pneus, ce que nous désapprouvons : ça sent mauvais, ça pollue et ça ne sert à rien, sinon à laisser de vilaines traces. Je ne sais pas d’où vient cette détestable manie pour se faire remarquer. Après ça, il ne faut pas donner des leçons d’écologie.

Nous revenons au même endroit l’après-midi et retrouvons un ami qui a préféré quitter le lieu où l’on brûle des pneus, ce qu’il désapprouve aussi. Il fait quelques vidéos à l’intention d’un ami à lui qui est à la CGT. Je lui demande pourquoi et il me répond malicieusement : « C’est pour lui faire voir ce qu’on peut faire sans lui et sans eux ! » Excellent ! Il y a moins de monde, mais l’opération est toujours aussi efficace. On fait un feu avec quelques palettes pour se réchauffer, on dirait qu’il fait plus froid que le matin et la pluie nous arrose tous avec une assiduité remarquable. Les tracts sont épuisés, les gens aussi, mais l’ambiance reste déterminée. On peut noter sur des pancartes et dans ce qui se dit, se crie, non seulement la lassitude d’être imposés à outrance, mais aussi une hostilité grandissante envers le petit maCrON et la demande de sa démission. La journée se terminera par une opération escargot en voiture du Vigan jusqu’à Ganges. Ici, pas d’incident grave, pas de gauchistes agressant les forces de l’ordre, pas de casse ni de voitures brûlées, c’est peut-être l’un des avantages des petites villes où tout le monde se connaît, y compris les gendarmes. Pas de chiffre à ajouter au nombre des morts et blessés, dont la liste et le compte donnent à de Rugy, Castaner et autres macronistes l’occasion de prétendre nous faire la morale, eux qui en ont si peu et qui sont tellement responsables du désastre contre lequel nous manifestons. Et si c’était enfin  la Révolution qui commençait ?

Daniel Pollett