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Gilets jaunes, racailles et casseurs : ce que j’ai vu lors de trois manifs parisiennes…

Manifs des Gilets jaunes les samedis 24 novembre, 1er décembre et 8 décembre.

En parcourant pendant des heures les différents terrains d’affrontement, à Paris, durant ces trois journées, voici ce que j’ai vu et entendu.
J’ai vu monter dans les avenues de la capitale le peuple de France, le petit peuple, ceux qui font marcher la machine… Ils allaient d’un pas alerte, le plus souvent en groupe, parfois en troupe, même si l’on remarquait des isolés, en nombre.
Il n’y avait pas la foule disciplinée, et remarquable de tenue, des manifs contre la loi Taubira. Il n’y avait pas la troupe disciplinée, entraînée et encadrée des manifs de la CGT avec leur sono ultra-puissante et leurs chars de défilé. Mais il y avait là les représentants de tout un peuple, manifestant leur engagement, que ce soit en groupe ou à titre individuel.

Le premier samedi, les Champs-Élysées étaient en partie ouverts aux manifestants, mais coupés aux abords du palais de l’Élysée pour éviter tout débordement potentiellement dangereux en direction de la demeure du président… La grosse majorité des manifestants étaient, à les écouter, des « Franciliens » et des provinciaux « montés » à Paris pour faire entendre leurs doléances au pouvoir en place. Ils se conduisaient, pour l’immense majorité, très convenablement.

Toutefois, un œil exercé, tant par les défilés de « la Manif pour tous » que par ceux de la CGT, notamment un 1er mai, faisait rapidement le tri. Il était facile de distinguer, au milieu des champs de jonquilles, deux sortes d’ivraie : les « casseurs » et les « racailles ». La première troupe s’est suffisamment fait connaître tant à Notre-Dame-des-Landes qu’à l’occasion des défilés du 1er mai de la CGT pour, facilement identifiable, être bien connue des forces de l’ordre. Pour ceux-là, ils cassaient tout leur saoul, ils étaient venus pour ça ! Et on les laissait faire, comme d’ailleurs pendant les manifs récentes des 1er mai 2017 et 2018 au moins – j’y étais et, pour la dernière, Benalla aussi… Peut-être un ancien ministre de l’Intérieur nous en donnera-t-il un jour les raisons… Pour moi, j’en imagine deux, qui se rejoignent : d’abord, dans le cadre des Gilets jaunes, disqualifier les manifestants honnêtes en leur imputant des dégradations tout à fait en dehors de leurs intentions, comme des bris de vitrines (blindées, ou du moins renforcées) ou des incendies de véhicules privés, ensuite appliquer le saint principe de nos préfets de police depuis les années Mitterrand, « pas d’ennemi à gauche ».

Les racailles, pour leur part, venaient pousser à l’insurrection, au désordre, le mettant à profit pour casser et piller. Leur « uniforme » les identifie aussi : casquette ou bonnet, tour de cou ou passe-montagne, blouson et jean collant ou pantalon de survêt, le tout de couleur noire ou gris foncé, et des « baskets » aux pieds. Ils tentent bien sûr, le plus souvent, de dissimuler leur faciès… Ceux-ci, m’a-t-il semblé, vont rarement au contact des forces de l’ordre, ils préfèrent agir sur les points faibles du dispositif pour casser, brûler et piller. Ils semblent pour une bonne part, tout comme les black blocs d’ailleurs, plutôt allergiques au gilet jaune, mais si celui-ci leur permet de manœuvrer plus sereinement, il sort sans doute du sac assez rapidement… Ils agissent aussi toujours en bandes, de quatre à quinze individus.

Il y avait aussi, du moins dans la première manif, de simples observateurs venus des banlieues. Ainsi, dans une rue proche des Champs, me suis-je fait remonter par un groupe d’une demi-douzaine de jeunes hommes, sans doute assez peu familiers de ces quartiers pour s’extasier sur la richesse évidente des commerces et des immeubles, se proposant de « foutre tout ça en l’air » – entendu de mes deux oreilles, et, compte tenu de l’ambiance générale, je ne l’ai pas pris pour une simple plaisanterie…

J’ai vu aussi, de mes yeux vu, un groupe opérationnel de ces racailles édifier rapidement une barricade de fortune en déplaçant les imposantes jardinières qui entouraient la terrasse d’un restaurant de luxe jusqu’au milieu de la chaussée, sur une avenue partant de l’Étoile – Marceau, Kléber ou Iéna, je ne sais plus… Aucun d’eux ne portait de gilet jaune.
J’ai aussi vu de ces casseurs très spéciaux que sont certaines phalanges de policiers en civil, casseurs de vitrines ou casseurs de manifestants selon les ordres reçus… Eux aussi chassent en meute…

Le 1er décembre, j’ai raté les points chauds pour m’être laissé enfermer sur les Champs transformés en souricière. Vers le haut, une barricade nous interdisait l’accès à l’Arc de Triomphe et, vers le bas, l’accès au palais présidentiel comme à la Concorde était bloqué au niveau du rond-point. J’ai vu, au milieu de quelques centaines de Gilets jaunes (des vrais), des grimpeurs parvenus au sommet de l’Arc se faire acclamer. Mes voisins les prenaient pour des héros ! Tristes héros quand on apprit leurs « hauts-faits » le soir au « 20 heures » !

Mais là encore, faut-il croire à l’impéritie dramatique des responsables du gouvernement ou à une recherche particulièrement cynique de disqualification des Gilets jaunes par ce même gouvernement ?

Sans doute instruits par l’expérience, les responsables de l’ordre républicain avaient décidé, ce 8 décembre, d’interdire l’accès de l’Étoile aux manifestants, comme d’ailleurs cela avait été le cas lors des « Manifs pour tous »… J’ai parcouru environ cinq kilomètres dans la matinée entre la Seine et le quartier de l’Étoile, et une dizaine l’après-midi des Tuileries aux grands boulevards et retour par la Madeleine, la rue Royale et la rue de Rivoli. Tous les accès au palais de l’Élysée étaient soigneusement gardés par des gendarmes mobiles. Je remontai la foule à contre-courant, foule nombreuse et généralement bon enfant quand, ailleurs, on signalait des incendies de voitures !

Je continuai vers l’hôtel Matignon pour constater que deux véhicules de « mobiles » à chaque extrémité suffisaient à garder une rue de Varennes tout à fait calme.

En revanche, débouchant sur l’esplanade des Invalides, je remarquai une épaisse fumée noire en provenance des quais de la Seine au niveau du pont des Invalides. Je m’y dirigeai, bientôt dépassé par une colonne de véhicules de CRS toutes sirènes hurlantes, pour constater en arrivant sur les lieux que deux motos avaient été incendiées : broutille au milieu du chaos, mobilisant pourtant deux véhicules de pompiers et deux colonnes de CRS… Je continuai le long de la Seine, rattrapé au pont d’Iéna par une autre colonne de CRS venant se placer là pour bloquer le débouché du pont alors que de nombreux Gilets jaunes en sortaient en courant. Le flux s’arrêta bientôt, faute d’alimentation. Les CRS avaient laissé passer tout le monde – peut-être étaient-ils venus là seulement pour protéger la rue Cognac-Jay ??

Je rentrai enfin chez moi pour reprendre, peu de temps, les comptes rendus mensongers faits sur ces manifestations par les chaînes de télé à grande audience… J’ai d’ailleurs pu constater sur le terrain la détestation des manifestants pour les journalistes et cameramen des chaînes de télé les plus connues, notamment BFM, la chaîne de Drahi ! Ces derniers se sont d’ailleurs vite fait oublier en disparaissant de leur champ visuel.

Au chapitre des mensonges, j’ai pour ma part cherché en vain sur le terrain « l’ultra-droite », pourtant dénoncée avec aplomb par notre ministre de l’Intérieur… Une dénonciation aussi crédible que celle du complot visant à assassiner le président de la République quelques semaines plus tôt !

Une remarque, gardée pour la fin, l’inquiétude manifestée, à deux reprises, par des groupes auprès desquels je m’étais arrêté pour souffler, à propos de l’invasion sans fin de populations allogènes et la menace représentée dans ce domaine par le prochain accord de Marrakech. À mon humble avis, le sous-jacent que l’on veut méconnaître de tout ce vaste mouvement populaire, que les manifestants eux-mêmes évitent de formuler ouvertement .

Jean Dubois