Gîte des Vosges : réponse à Nadia Geerts, la Caroline Fourest belge

Madame Geerts.
Recevant vos lettres ainsi que celles de Riposte laïque, je dois vous dire que vous avez réussi à me motiver à écrire ainsi qu’à soutenir financièrement R.L. et Fanny Truchelut, ce que je remettais depuis longtemps.
Selon vous, le voilement des femmes dans les lieux publics, renforcerait la laïcité.
Cela ne profiterait-il pas plutôt à l’obscurantisme ?
Dans votre article du 9 octobre 2008 (http://nadiageerts.over-blog.com/article-23564197.html), s’appliquant aux femmes voilées, vous dites : « je ne pense cependant pas que l’on puisse élargir l’exigence de neutralité extérieure à des espaces tels qu’un gîte, un magasin ou un quai de gare » « j’estime ne pas avoir à … Car après tout, les citoyens ne sont pas censés être neutres en toutes circonstances …».
Quelques doutes apparemment, mais pas la trace du moindre souci pour l’école !
Hors deux semaines plus tôt, à propos de randonneurs nus, vous adoptiez dans « Discrimination, citoyenneté et nudité » (http://nadiageerts.over-blog.com/article-23119434.html), en troisième partie, un raisonnement inverse.
Vous y lanciez un intéressant parallèle (limité à « un minimum de règles vestimentaires communes » à l’école) entre le port ostensible de signes religieux (voilement de la femme en islam) et celui tout autant ostensible et provocateur de vivre sans vêtement. Pour ces derniers, vous disiez : « Voilà donc des nudistes qui, las de se confiner dans des espaces réservés, ont décidé de sortir leur nudité du placard » et vous concluiez : « Je vous le dis, moi : un jour, on devra bel et bien faire face à des revendications de nudistes en liberté qui ne verront pas pourquoi ils doivent devenir des  » textiles  » pour suivre les cours à l’école, …. Et on sera bien embêtés »

Vous sembliez dire là, si je vous ai bien comprise, que le « fait naturiste » étant admis sur la place publique, il n’y aurait plus de raison de ne pas l’accepter à l’école ; car évidemment, il y a peu de sens à ce que les règles y soient différentes.
Pourquoi donc n’appliquez-vous pas la même dialectique au port du voile ?
Mais encore, le nu devrait-il nous effrayer bien plus que cette coutume datant de l’antéchrist (un millénaire avant) qui ne voit la femme libre (cheveux au vent) que prostituée ?
Dans un cas, vous acceptez sur la place publique le voilement exclusivement féminin pourtant considéré par vous-même comme une contre-valeur. Vous rejetiez le second comme si l’affaire était entendue unanimement.
Mais un nombre croissant, curieux et logiques, vont se demander s’il n’y aurait pas quelques valeurs dans cet autre « signe » ; et peut-être qu’à tout prendre … ? Non non, rassurez-vous !
Tout de même, poursuivons d’un court aperçu, le comparatif que vous avez initié :
Le naturisme promeut le respect de soi-même, le respect des autres et celui de l’environnement. Les centres naturistes sont-ils des territoires perdus de la république ? Les femmes n’y sont-elles pas respectées ? Quelle meilleure image de paix et de sérénité ? Qui ne souhaite être sain de corps et d’esprit ?
« N’oubliez pas que la pudeur sert d’armure contre l’oeil de l’impur. Et quand l’impur n’est plus, que devient la pudeur sinon un carcan pour le corps et une souillure pour l’esprit ? » Khalil Gibran (1883-1931), dans LE PROPHETE, livre au succès international.
Voici un choix amusé de quelques citations d’un site naturiste :
« Si ton œil te scandalise, arrache-le !… » Jésus de Nazareth dit Jésus Christ.
« Etre nu n’est pas inconvenant » Mahomet – prophète musulman né en 570 après JC.
Mais pour être complet et revenir hors religion, lire l’étonnante liste de citations d’hommes célèbres qui mettent en rapport la nudité avec la beauté, la liberté, mais surtout les valeurs morales.
http://www.clubnaturiste.net/documentation/citations-naturistes.html
Hans Peter Duerr professeur d’ethnologie à l’université de Brème, considère : « Une société totalement pudique n’est pas pensable : les hommes qui ont honte d’un de leurs actes seulement quand il est découvert, et non parce qu’ils l’ont commis, n’ont pas intériorisé les normes en vigueur. »
Molière et le pourtant puritain Rousseau dénoncent la pudeur comme une hypocrisie sociale.
L’art comme la philosophie et toutes les sciences ne sont-ils pas à la recherche de la « vérité toute nue » ?
De l’autre côté :
Les femmes portent-elles le voile librement ? Le voile protège-t-il les femmes ?
Libération relatait le 1 déc. 2006 une Chasse aux femmes en pleine rue du Caire
http://www.liberation.fr/grand-angle/010167975-chasse-aux-femmes-en-egypte
La voie du voilement se révèle inopérante et insuffisante ; il faudrait que les femmes restent cloîtrées, en fait qu’elles n’aient pas d’existence. Avec le temps, les analyses s’affinent et s’affirment ; voici celle de Radu Stoenescu à Riposte Laïque « LE VOILE EST UNE INSULTE AUX HOMMES »
http://www.ripostelaique.com/Le-voile-des-femmes-une-insulte.html
Pour lui, laisser porter le voile (en tous lieux) c’est déconstruire tout le travail de sublimation. Alors que faire cohabiter désir et respect c’est produire de la civilité ; rien de moins que la civilisation !
Ceux de « l’intérieur » doivent savoir aussi de quoi ils parlent ; comme Pascal Hilout (R.L. encore) ou Malek Chebel (anthropologue, docteur en psychanalyse) qui, il y a quinze ans déjà, nous prévenait dans L’ESPRIT DE SERAIL : « … autant de directions convergentes qui viennent renforcer l’idée que le voile pervertit sa propre légitimité sociale, en introduisant une sorte de rupture entre l’intention et le fait » … « Tout le paradoxe du voile tient à cette impossibilité principale de nier une érogénéité qu’il installe admirablement »
Madame, partageriez-vous avec l’extrémisme que vous combattez, cette pudibonderie qui vous aurait empêché d’aller un peu plus loin. Vous avez très justement noté l’évolution des lois en Europe dans le sens permissif face à la nudité, mais plutôt en vous en inquiétant.
Au contraire il est possible de voir que l’ensemble de la société semble s’y retrouver et qu’elle fait ce choix. Ne vous en déplaise, il y a là une préférence dans les tolérances qui, avec des allers et retours, lentement construit. Continuons-nous d’enfumer nos voisins dans les restaurants, bars, … et gîtes ?
Peut-il y avoir libertés, tolérances et respects sans raison ? Qu’en dit la philosophie ?
Dans ce cadre, le verdict infligé à l’affaire du gîte des Vosges, détonne ; comme vous (bien que vous vous en défendiez), il argue de la liberté qu’il vous plait de rendre religieuse (voir l’illustration qui suit), pour oublier les droits humains ; de plus, il ne fait pas de doute que la vrai motivation de la plaignante est au-delà de la religion.
Permettez-moi à mon tour de jouer les augures ; loin de renforcer la laïcité comme vous le pensez (c’est le mot que vous employez ; n’en seriez-vous pas si sûre ?), ce verdict ouvre la porte à l’intolérable, jusqu’à ce que enfin, alors, … comme pour les caricatures … : Il n’y a pas si longtemps, un ministre de l’intérieur aujourd’hui président (pas d’autre exemple aussi parlant, excuses) pourtant très très favorable aux religions avait dû se fendre d’un « Je préfère un excès de caricature à l’absence de caricature. »
Quelle qu’en soit la motivation, pour le verdict attendu, cela avait plutôt bien fonctionné.
La formule est simple, compréhensible par tous, hors de la référence laïque qui nous divise et de plus fondée ; pour approfondir ce qui nous intéresse ici (sous les signes de la pudeur et des impudeurs, un choix à faire), on devrait peut-être lire ces deux livres :
• « Traité de nudité » de Pascal Lainé, comment mieux nier et dépasser sa nature matérielle ?
• « Les interdits, fondements de la liberté » de Michel FIZE, une quête de sens et non un constat d’interdits !
Alors que l’obscurantisme fait son retour activement (par exemple, les créationnistes annoncent ouvertement leur stratégie du « coin » dans la faille que nous ouvrons), n’y aurait-il pas comme une sagesse et quelques avantages à pouvoir dire, nombreux : « En matière de voilement des femmes, il vaut mieux peu, que trop. »
Il est difficile d’avoir raison trop tôt. Mais il est des actions, qu’elles soient calculées ou de coeur, qui seront reconnues et qui marqueront l’histoire. Nous, nous remercions et soutenons Fanny Truchelut.
A l’heure de la mondialisation, et pour ne parler que des plus visibles : certains ergotent pendant que quelques Sarah Palin gavées de bien être et de liberté, ne voient que le mal dans les acquis de la modernité et qu’une kyrielle (Samira Bellil, Sohane Benziane, Ghofrane Haddaoui, Talisma Nasreen, Malalaï Kakar, …), se tuent à les acquérir ; ou encore, après de belles promesses électorales, Ayaan Hirsi Ali attend toujours qu’on assure sa sécurité !
Où se trouve la liberté ? Quelles valeurs préfèrerons-nous ? Il faudra bien un jour, majoritairement, le dire.
Georges Delpech
Dans le Chatt Al-Arab, un peuple Chiite vit entièrement nu. L’auteur a vécu dans l’intimité de ce peuple en Irak, au nord de Bassora de 1951 à 1958.
Certes une exception en terre d’islam.
Mais au regard de ce qu’ont dit les prophètes, ne sont-ils pas comiques, (comme nous pourrions l’être à les accompagner) ceux qui prétendent suivre les « beaux modèles » :
Dalil Boubekeur « L’islam interdit le nudisme. »
Mohammed Hocine BENKHEIRA maître de conférence : « Il faut s’abstenir de se promener complètement nu chez soi, y compris dans la plus stricte intimité, … »
L’islam s’honore de s’adapter aux différents contextes.
Autre exemple chez les Minangkabau (8 millions de personnes) dans la province de Sumatra en Indonésie, les femmes sont chef de famille et ne portent pas de voile. Ici l’islam s’est intégré au mélange très composite hindo-bouddhique-animiste, alors que pour cette religion, le péché d’association est un des plus graves et conduit à la damnation.
Pourquoi donc nos contrées laïques n’imposant aucun syncrétisme à qui que ce soit, subissent-elles la multiplication des voiles (rue, université, … ) et les prêches manipulateurs quand ils ne sont pas haineux ?
Comment ne pas penser que notre reconnaissance de l’incroyance et plus généralement notre tolérance, y sont pour quelque chose ?
L’intolérance au nu, doit-il faire signe ? Doit-elle nous alerter ?
Dalil Boubekeur interdisant le nudisme à ses coreligionnaires, pouvait-il nous donner l’image d’un modéré ? Pour mémoire :
En 2006, lors de la plainte déposée contre Charlie Hebdo, il se joignait aux plus durs dans la remise en cause le droit au blasphème !
En 1989, il approuvait la sentence de mort prononcée par l’ayatollah Khomeiny contre Salman Rushdie !

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