Glissements sémantiques pour mieux justifier le laxisme judiciaire

Je n’ai pas regardé le reportage de France 3 que Charles Demassieux nous relate pour la bonne raison que je me doutais bien du ton compassionnel qu’allait prendre le reportage. Déjà la mère de l’une des victimes se montre en toutes occasions – dûment voilée, même sur les chaînes du service public –  pour blâmer ceci ou cela, la mère, les institutions, que sais-je. Bref Merah est victime de son éducation ou de la société ou des deux. Et soit dit en passant, l’actuel gouvernement fait tout ce qu’il peut pour faire oublier le tueur et reporter l’attention sur la DCRI. Mais je digresse.

Je reviens à l’article de Charles Demessieux qui dénonce tout à fait bien l’ignominie du reportage. Cela étant, j’aurais quand même une réserve sur l’article quand son auteur dit : « je les aurais admis du bout des doigts ces interventions… si Merah avait « seulement » tué des adultes. » Hé bien, je crois qu’on franchit là le premier pas vers cette même attitude compassionnelle jusqu’à la nausée de FR3  que l’article  légitimement dénonce. Non, même « du bout des doigts », même « seulement, il n’y a pas à admettre cette posture de l’excuse. On peut éprouver en son âme et sa chair beaucoup plus de chagrin à la mort d’un enfant que d’un adulte, mais en aucun cas, ceci ne doit interférer avec la Justice: cela équivaut à mettre une hiérarchie dans les vies humaines.

Et d’ailleurs, cette posture de l’excuse dans laquelle nous baignons me paraît rejoindre le parti pris de minimisation qui se généralise et que l’on retrouve pas plus tard que ce jour même dans les  propos de la presse et  des avocats d’auteurs de braquage qui ont tué un bijoutier dans le nord de la France. Sur toutes les chaînes sans exception, on parle de braquage absurde pour 40 euros. Cela laisserait-il entendre que pour 400, 4000, 40 000 euros, là le bien-fondé d’un braquage commençait à être envisageable? Y aurait-il une somme à partir de laquelle le braquage deviendrait compréhensible voir excusable? Que vient faire le montant du butin là-dedans?

La presse, toujours elle, parle d’un braquage qui a tourné au drame. S’il n’y avait pas eu de mort, qu’aurait été le braquage? Un boulot comme un autre?

D’ailleurs, c’est bien ce que semble penser l’avocate de ces malfaiteurs, qui pour ligne de défense nous dit le plus sérieusement du monde  qu’ils « ont mal géré le stress« . C’est donc un accident du travail, une faute de débutant en quelque sorte. Pensez donc, ils n’avaient pas l’habitude! Un peu comme une infirmère qui râterait sa première piqure ou un apprenti conducteur qui louperait un créneau. Et l’avocate de rajouter sans que personne ne s’élève contre le côté monstrueux de son propos: « ils ne s’attendaient pas à ce que la victime réagisse, qu’il ne se laisse pas faire« . Ben voyons… Ca va bientôt être sa faute. Il n’avait qu’à pas tenter de se défendre. Il n’avait qu’à laisser faire ces emplois jeunes de la délinquance. Un peu d’indulgence que diable! Si on peut plus bosser tranquille!

J’ai remarqué également que le crime était qualifié de « vol avec violence ayant entraîné la mort » et de non de meurtre.

Cela n’aura échappé à personne, Laurent Obertone, s’est fait agresser lors de l’émission  On n’est pas couché par Aymeric Caron notamment, encore plus écumant que d’habitude. Du coup, la remarque que Laurent Ruquier a faite à l’auteur de la France Orange Mécanique est passé inaperçue. « Ce n’est pas un crime, a dit Ruquier, d’abandonner un bébé à la naissance. Ca s’est toujours fait ».

J’aurais pensé que cet acte tombait au moins sous le coup d’abandon d’enfants ou de mise en danger de la vie d’autrui. S’il y a un juriste dans la salle….

Ah et pendant que j’y suis. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais on entend de plus en plus souvent la presse parler de « viol collectif », en insistant bien sur l’horreur du collectif, ce qui du coup  laisse penser qu’un viol commis par « seulement » une personne est nettement moins grave. Après tout, une certaine accusaition de viol avait été qualifiée par d’aucuns de « simple troussage de domestique« . On peut donc imaginer qu’après le  glissement sémantique vienne le glissement judiciaire et que le viol commis par une seule personne ne soit plus qu’un vulgaire délit.

 

 

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