Grippe A : le catastrophisme comme instrument gouvernemental

Il ne faut pas voir toujours tout en noir. Effectivement, en cette rentrée qu’on pourrait se laisser aller à qualifier de fiévreuse, avec la grippe A, nous avons de maintes occasions de voir les choses du bon côté, car le canular n’est jamais bien loin lorsqu’on grossit à ce point la baudruche…Dans la série plus c’est gros plus c’est fou, voilà que la grippe A bas des records dans le domaine du catastrophisme où l’actualité regorge de sujets qui nous annoncent la fin du monde en 233 épisodes ! Après la vache folle qui devait nous valoir dans les deux ans des millions de morts tombé dans le genre des films catastrophes heureusement ratés, la grippe A les rend fous !

La grippe A, une question sanitaire secondaire présentée comme le choléra !

L’été aura été, vacanciers ou non, sous la pression de la « pandémie » de la grippe A. Pourtant, à la veille des vacances sur France info, le 29 juin dernier, le Pr Jean-Paul Stahl, chef du service maladies infectieuses au CHU de Grenoble, était interviewé pour nous dire ce qu’il en était de cette horreur ! Il expliquait, en réponse à la question du journaliste de savoir si le message de vigilance lancé par Mme Bachelot pour l’été était justifié que, « vigilance ne veut pas dire que nous avons une maladie grave et que nous avons actuellement en cours quelque chose d’inquiétant. » La question suivante du journaliste devenait soudain plus insistante, avec un certain agacement pour tenter d’arracher à l’invité quelque chose allant dans le sens du catastrophisme ambiant en la matière que nous assène à longueur de journée et depuis plusieurs mois les médias : Le journaliste : « Elle (Mme Bachelot) nous dit, la période estivale avec les déplacements de vacanciers, c’est un risque multiplié… C’est un peu vrai tout de même ! » Réponse du médecin : « Oui, c’est un peu vrai… Mais un risque multiplié d’une maladie bénigne, ça ne fait toujours pas une gravité. » Tout ça pour ça ! Serait-on tenté de dire, mais pourquoi ?

Une escroquerie qui en dit long sur le mépris du peuple de ce gouvernement-là !

Une escroquerie en matière de santé publique de cette ampleur et les moyens mis ici n’ont rien d’anodin. La chose est à la mesure de son rôle d’enfumage politique des autres enjeux : un chômage exponentiel qui prend une tournure de réelle catastrophe humaine pour des millions de familles ; l’annonce dans la presse que les riches à la tête des ultra-grandes-fortunes (ultra-high net-worth individuals ou U-HNWI) qui comportent au moins 30 millions de dollars d’actifs financiers, retrouvent le sourire et que la crise pour eux est passée ; faire oublier que rien n’a été fait que des déclarations d’intention concernant les règles à instaurer autour du capitalisme financier pour ne serait-ce que limiter en partie ses dégâts ; la restitution de 33000 euros en moyenne aux bénéficiaires du bouclier fiscal au titre d’avoir trop payé d’impôts en 2007 sur les revenus de 2006, ce qui donne une idée des revenus de ces foyers fiscaux qui font la différence avec les familles concernées par le RSA dont le nombre de bénéficiaires pulvérisent les chiffres annoncés ; le premier ministre n’écarte pas, sans aucun humour, un report de l’âge légal de la retraite, fixé aujourd’hui à 60 ans ; la réforme de l’hôpital qui le transforme en entreprise devant faire des bénéfices sur la santé des malades ; les caisses exsangues des collectivités territoriales entre la fin de la taxe professionnelle, la baisse des recettes sur la vente de immobilier pour motif de crise, et le non suivi des moyens par l’Etat qui vont avec les transferts de compétences vers elles ; la mise en oeuvre d’une taxe carbone qui est un impôt de classe à être payée de la même façon par chacun alors que pour les riches elle sera négligeable et pour les autres un poids de plus sur le pouvoir d’achat qui sombre chaque jour un peu plus dans le rouge…

Une nouvelle idée par jour pour continuer le bluff, chacun y trouve son compte !

Après la campagne d’information de Mme Bachelot qui nous explique sans rire qu’en l’absence d’un mouchoir, le geste qui peut sauver des vies c’est de cracher dans son bras, voilà qu’un maire est contaminé par cette lutte sans merci contre les microbes , ces petites bêtes qui nous veulent du mal, quoi qu’en pense notre BB nationale.
Dans le cadre de la prévention de la grippe A(H1N1), le maire de Coulaines (Sarthe) a interdit mardi les crachats sur la voie publique dans sa commune et a demandé à Michel Platini, président de l’UEFA, de proscrire les crachats sur les terrains de football lors des matches officiels. «J’édicte ce jour dans ma commune un arrêté interdisant les crachats sur la voie publique», indique dans un communiqué Christophe Rouillon, maire de Coulaines, près du Mans, et vice-président de l’association des maires de France, rien que ça ! Un homme soucieux de se montrer en bon élève du gouvernement mais aussi de la propreté de sa ville, qui n’a pas raté cette occasion de pousser le bouchon !
Et pour faire bonne mesure «Lors de chaque match de football de la ligue 1 « rajoute-il « des joueurs donnent le mauvais exemple en crachant sur les terrains devant les caméras de télévision», dans cette lettre dont l’AFP a obtenu une copie.
«Par conséquent je sollicite une interdiction aux joueurs de football de cracher lors des rencontres officielles» Mieux «Un crachat devrait être sanctionné par un carton jaune et une récidive par un carton rouge», estime-t-il très sérieusement.

Des réponses inadaptées qui nous mèneraient à la catastrophe si la grippe A était dangereuse

Pour ne pas en rajouter, le site d’information du gouvernement se décline dans des termes qui n’ont rien de neutre quant à jeter la panique : « www.pandemie-grippale.gouv.fr »! De plus, la maladresse s’ajoute à l’exagération : Selon le ministère de la Santé, la livraison du vaccin pourrait s’échelonner sur quatre mois à partir de l’automne. Ups !
Le gouvernement annonce qu’il faudra attendre la «mi-octobre» avant d’obtenir les premières AMM…«La protection du vaccin est à son maximum environ deux semaines après la deuxième injection», précise Alain Fisch, chef de service au CHU de Villeneuve-Saint-Georges. Ce qui reporte encore les choses. L’idéal serait, selon lui, de vacciner le plus grand nombre de personnes avant que le pic ne s’installe. Or selon les experts, le pic de pandémie devrait être là en automne, il pourrait donc y avoir un « hic » dans le calendrier. Enfin, rassurons-nous, heureusement que tout cela n’est essentiellement qu’’agitation médiatique…
Il faut dire que, puisque les microbes ne se voient pas, pourquoi ne pas leur faire porter le chapeau ! Il fallait y penser. Le ministre de la santé doit d’abord avoir aujourd’hui dans son CV des qualités en communicateur, du type propagande pour avoir le poste, peut importe ce qu’il sait de la santé, c’est bien secondaire…

Pire que tout, on interdit les bisous à la maternelle : le chanteur Carlos doit se retourner dans sa tombe !

C’est terrible décidemment les dégâts qu’opère ce genre de campagne de désinformation qui gagne à un moment donner par la contagion les esprits comme l’air de la calomnie merveilleusement le décrit dans le Barbier de Séville…
La rentrée s’annonce toujours sous le même symptôme paranoïaque. C’est au Guilvinec en Bretagne que l’on a passé encore un cap dans la démence générale en la matière, où le maire a tout simplement interdit les bisous entre les enfants à l’école. L’un des enseignants témoignant de la chose dans l’une de ces écoles touchées par cette interdiction explique à la radio pour répondre à la question de savoir si ça va être facile à mettre en place, qu’avec la campagne qui a été menée, les enfants tout naturellement dénonceront le petit copain qui ne respectera pas l’interdiction de se faire des bisous pour cause de grippe A, et s’en félicite. Nouvelle valeur de la pédagogie que l’on va encourager pour cause de santé publique, la délation entre enfants… Il est vrai que, selon la façon dont évoluera notre histoire au rythme où les choses vont, ça pourra toujours servir plus tard !
Carlos, revient, ils sont devenus fous ! Pour un peu, ce bon vivant se serait vu interdire de radio sa chanson « Big Bisou », pour raison de santé publique.

Mais nous ne sommes peut-être qu’au début de cette folie furieuse

Mais pensez donc que, alors que la grippe saisonnière fait quelques 4000 à 5000 décès par an, des personnes concernées en général fragiles pour lesquelles la canicule aurait fait la même chose, si nous arrivions à ce chiffre alors qu’aujourd’hui nous en sommes à douze décès pour cause de grippe A dont deux en France métropolitaine, quel discours catastrophiste et paranoïaque, nous servirait-on ?
Selon la formule qui veut que, « ce n’est pas parce qu’on est paranoïaques qu’on n’a pas d’ennemis », tous ceux de la planète qui le sont réellement passent de plus en plus inaperçus dans ce contexte délirant où leurs symptômes se perdent dans la masse. Bientôt il n’y aura plus aucune raison de les maintenir dans leurs pavillons spécialisés en HP. Et vive la liberté, soyons fous !

La pandémie comme stratégie de propagande contre la démocratie

L’usage de la pandémie comme stratégie de propagande pour faire passer à la trappe les débats de fond n’a rien de surprenant, les grands médias jouant encore ici un rôle cardinal qui, au lieu d’informer, jouent sur la grosse émotion qui fait monter l’audience. Ils n’ont retenus aucune leçon du faux charnier de Timisoara, de la mise en scène des soi-disant frappes chirurgicales de la guerre du Golfe censées épargner les civils et autres manipulations grossières de l’opinion qui ne pourraient avoir lieu sans leur complicité redoutable et en conscience. Le principal me direz-vous pour les journalistes bienpensants qui appointent au système c’est l’audimat et les bonnes relations avec l’establishment, par idéologie interposée, qui déterminent leurs salaires et le reste.
Plus sérieusement, il n’y a à attendre de cette propagande qu’un approfondissement de la fracture entre le peuple et la politique, ici défigurée et trainée dans l’obscénité de la manipulation et par là-même de l’immoralité. C’est le rapport litigieux du citoyen avec la démocratie qui risque encore de s’en trouver altéré.
Cette façon de gouverner où on instrumentalise la santé publique a quelque chose de choquant, d’autant qu’elle vise directement à nuire à la capacité de résistance de celui visé par cette agitation, le peuple que l’on a raison de craindre du côté de l’Elysée et de Matignon. La propagande comme idéologie portée à ce degré frôle le totalitarisme parce qu’elle sacralise des mensonges avec lesquels on entend gouverner. C’est sans doute drôle dans l‘exemple mais impardonnable pour ceux entre les mains desquels repose notre sort commun, celui des gens du commun dont nous sommes, de la France.
Guylain Chevrier
historien.

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