Guemriche, et si tu t’occupais de ton Abd-el-Kader ?

Publié le 30 mai 2015 - par - 210 vues
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abdelkader2Sachons nous montrer reconnaissants envers monsieur Salah Guemriche, pour son oeuvre de démystification quant au personnage truculent qu’était Charles Martel, ainsi que pour le rôle qu´il aurait joué lors d’une bataille de Poitiers particulièrement fantasmée. Restons lucides et ne confondons pas histoire de France et Chanson de Geste.

Cependant, nous nous permettrons modestement de suggérer au sieur Guemriche de mettre ses talents rectificateurs au service de l´histoire d´un pays qui devrait logiquement lui tenir à cœur : l’Algérie.

A titre d´exemple: durant les trois siècles qui séparent l´arrivée de frères Barberousse à Alger en 1533 et l´intervention française de 1830, les escapades barbaresques en Méditerranée et au delà sont qualifiées de “routage” par les historiens officiels. Piraterie, réduction en esclavage, point n´est.

Ainsi, l´écrivain espagnol Cervantes, capturé en mer et hébergé gratuitement pendant cinq ans dans les geôles algéroises, a été victime de routage. Ce qui aurait un peu tendance à sonner comme l´équivalent, pour l’époque, d’une vague escroquerie à la carte bleue… Monsieur Guemriche, faites quelque chose.

Mais, bien plus important : Ce jeune pays qu’est l’Algérie devait impérativement se doter d’une personnalité phare, une sorte de boussole du patriotisme. Bref, comme notre Jeanne d’Arc, mais au masculin, faut quand même pas déconner. LE héros bien couillu, portant fièrement virilité dans une main et cimeterre dans l´autre.

Chipoter n´est guère dans nos habitudes, mais force est de reconnaître que l’icone du peuple algérien n’était pas forcément vert-blanc-rouge. Déjà, le patriotisme est totalement absent de ses écrits et de ses combats. Seule la lutte contre les infidèles l’intéresse. D´ailleurs, son peuple et lui-même s´étaient fort bien accommodés du joug ottoman… « Sachez que nous ne sommes plus en paix avec l’impie et que nous le chasserons de chez nous, s’il plait à Dieu. Nous irons bientôt chez vous, prêts pour la guerre sainte. Dieu ne nous a élevés que pour faire triompher Sa religion et combattre Ses ennemis qui adorent plusieurs dieux. Les musulmans doivent être une épine dans les yeux des chrétiens. »

En outre, ce brave garçon a dépensé moins d’énergie et de vies à se battre contre l´occupant que contre ceux qui contestaient son autorité : son discours du 2 juillet 1838 devant le siège d’Aïn Madhi, avant sa prise puis sa destruction : « Tout musulman qui se révolte contre mon autorité à moi, qui n’ai accepté le titre de sultan que pour arriver à chasser les envahisseurs de la terre des croyants, vient, par le fait seul de sa rébellion, en aide à nos ennemis et doit, par conséquent, être considéré comme un ennemi de l’islam. »

Il avait également l’habitude d´exciper de sa qualité de “chef” pour organiser quelques razzias particulièrement rémunératrices… cela ne vous rappelle pas quelqu´un ?

Nous pourrions multiplier ce genre d´exemples à l´envi. Cependant, n´en voulons pas aux algériens. Les pauvres, ils ont fait avec ce qu´ils avaient en stock.

Bien sûr, à notre humble niveau, il ne nous sera pas donné d´avoir notre parole portée aux oreilles des Grands. Mais monsieur Guemriche, Justicier de l´Histoire émérite et reconnu, saura trier le vrai du faux, comme donc il l’a fait pour Charles Martel.

Un détail, quand même : si, au final, Charles a mis la pâtée à l´envahisseur arabe, Abd El-Kader a fini pitoyablement en exil. De là à en concevoir quelque amertume…

Jacques Vinent 

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