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Guerre de 14-18 : une pensée pour mon grand-père Théophile

Nous sommes à la veille du 11 novembre et cette tuerie allait bientôt cesser. Cependant, peu de jours avant, peut-être le jour même, des hommes sont tombés. C’est cette histoire que je vous relate ce 8 novembre 2022, 104 ans après.

Mon grand-père Théophile Réau a vécu cette monstruosité. Il aura bu le sang des chevaux tués pour survivre, il fut blessé au combat, et décoré de la croix de guerre avec étoile de bronze. C’est à lui que je pense souvent.

À cet homme discret, qui ne se plaignait jamais, et qui ne comprendrait pas que cette guerre a abouti à ce qu’une partie de cette génération de Français, en 2022, soit devenue amorphe, peureuse et soumise, tandis que d’autres jeunes défilent et placent leur fierté dans la possibilité de vivre leurs sexualités diverses et variées, et que d’autres veulent revenir au temps des cavernes au nom de la planète. Il me regarderait, abasourdi, j’imagine. Quel est donc ce monde devenu ?

14/18 – Blessé

Réveillé un matin triste, aux couleurs d’hiver.

Ne pouvant bouger. La bouche pleine de terre.

Il connaissait trop bien ce profond silence.

Effrayant. La peur le fige. Alors il pense.

À celle qu’il a laissée. À ses enfants, sa vie ! 

À ses jambes si lourdes, et comme engourdies.

Un peu de bleu du ciel, entre deux nuages,

Lui rappelle son doux pays, sa Normandie.

Les rires de la fête, les joies du mariage.

Elle est si belle ma douce, ma tendre, ma mie.

Il y a si longtemps déjà qu’il est parti.

Ce n’est qu’une affaire de jours, lui avait-on dit.

Bientôt, il sera rentré. La gloire, la victoire.

Mais depuis, c’est la nuit, c’est la peur, et le noir !

Les nuages passent doucement et il entend des bruits.

Impossible de bouger. De crier, de hurler.

Cette peur, plus forte que la douleur qui suit.

Et les bruits se rapprochent. Il entend parler.

Du français ! Ses larmes l’inondent désormais.

Il veut remuer, se signaler, il n’est qu’espoir.

Il n’est plus qu’un râle, une plainte désormais.

Le soleil se lève comme un soleil de victoire.

Ses frères d’armes se rapprochent et vont le sauver.

Il tente de lever ses bras. Aux mains foudroyées.

Réalise qu’on le soulève trop doucement.

« C’est fini mon frère. Tu rentres chez toi maintenant » !

Le ciel magnifique découvre tous les corps.

Comme un éclair, il se souvient de tous les morts.

D’une bataille enragée, il était tombé.

Laissé pour mort. Abandonné et puis sauvé.

Sa vie n’est plus. Sa vie d’avant ! Elle est partie.

Avec ses jambes. Partie avec son avenir.

Avec ses mains, en laissant tous ses souvenirs.

Des morts pour la France, et puis un jour l’oubli.

À tous les frères d’armes des tranchées oubliées.

À cette boucherie ! Aux ennemis d’hier,

Devenus amis aujourd’hui. Non, plus de guerre !

Plus de massacres. Et plus de corps mutilés.

Il y eut, pourtant, d’autres morts, d’autres guerres, pour d’autres intérêts, d’autres raisons, tous plus bonnes les unes que les autres. Mon grand-père est sans doute parti en 1914, dans cette guerre, pour rien, car la folie humaine n’a pas de limite et ceux qui en profitent sont toujours loin des canons. Hier, en 14/18, à Limoges pour les incompétents, et aujourd’hui à Washington, Bruxelles et Paris pour les corrompus.

Gérard Brazon