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Guerre de l’acier : Macron-Merkel impuissants face à Trump

Nous assistons depuis hier, à une nouvelle version de guerre commerciale et économique entre Macron Premier et Trump the breaker.

Comme promis (ce qui est difficile de comprendre pour Macron et beaucoup d’Européens dans la haute sphère politique et économique que Trump puisse imposer ses promesses à l’Amérique et au reste du monde), Trump va taxer l’acier de 25% et l’aluminium de 10% venant d’Europe. Macron crie à la guerre commerciale et décide d’imposer une taxe sur le Bourbon, les bonbons et les Harley Davidson. Mais est-il en état de répliquer ? A-t-il la capacité économique de répondre du tac au tac au Président des Etats-Unis ?

La constatation malheureusement, est bien sûr que non. Seule l’Allemagne risque de perdre beaucoup plus si les voitures sont taxées. Dans le livre « Quand le Made in France devient le Mad in France », j’explique que l’exportation de Renault ou Peugeot est quasiment nulle par rapport à Mercedes Benz ou Porsche et même les voitures coréennes ou japonaises. La France a loupé le coche dans les année 70/80 et ne s’en est pas remise.

Merkel préférera certainement négocier avec Trump plutôt que d’accepter cette catastrophe industrielle de son pays dans le cas où les véhicules subiraient une hausse brutale de 25%. La situation au niveau de l’Europe sera alors du chacun pour soi, chaque tête d’Etat défendant ses intérêts. Macron ne sera pas suivi par plusieurs pays européens, l’Allemagne entre autres.

Autre constatation : le voyage à Washington de Macron a non seulement été inutile et n’a rien apporté comme résultats diplomatiques, politiques et surtout économiques mais il a démontré de manière irréfutable la faiblesse de la France face au Titan Trump.

Mais une remarque est évidente : lorsque Macron se montre fier d’appliquer toutes les promesses de sa campagne électorale et qu’il les met en route toutes « en même temps », il ne voit pas qu’il fait comme Trump mais à une échelle nationale plutôt qu’internationale. Car que peut-il modifier sur la scène internationale ? Pas grand chose, la France n’ayant les moyens d’apporter des changements drastiques.

Trump sort de la Cop 21, rompt le traité avec l’Iran et déplace son ambassade à Jérusalem. Que peut faire Macron sinon pousser un cri de colère et désapprouver cette politique ? Maintenant devant cette guerre commerciale, de quelles armes va-t-il disposer ? Des représailles, d’une réplique « œil pour œil », d’un boycott quelconque ?

Cette décision de Trump va encore plus diviser l’Europe, séparer la France de l’Allemagne et la réunification du continent sous l’égide de Macron va encore plus s’éloigner.

Il apparaît que beaucoup de dirigeants européens se sont trompés sur les intentions de Donald Trump, pensant que des promesses de campagne ne sont en général jamais mises en œuvre. On peut promettre la lune pour être élu mais on sait que l’on ne pourra pas l’offrir à son pays. C’est ce qui détonne dans la réaction des gouvernements européens. Rien ne va comme ils le souhaitent et surtout pour Macron qui se trouve confronté à de nombreux problèmes qui le contrarient fortement : l’Italie et son nouveau gouvernement, l’Allemagne qui traîne des pieds, la Pologne qui reçoit nos délocalisations, l’Angleterre qui se fige dans le Brexit et tout cela à l’extérieur. Quant à l’intérieur, ce n’est guère mieux entre les retraités, les cheminots et son impopularité qui s’accroît. Même sa majorité godillot se fendille et son ministre Hulot montre son mécontentement.

La Chancelière Angela Merkel déclare elle aussi les tarifs illégaux et ces mesures menacent une escalade de la guerre qui ferait des dégâts chez tout le monde. Le Premier ministre Trudeau dit qu’il est inconcevable que le Canada puisse être considéré comme une puissance qui menace la sécurité des Etats-Unis. Le Mexique annonce la liste des marchandises américaines qui subiront des représailles et il nomme les pommes, les airelles, les fromages et l’acier.

Le ministre Bruno Le Maire compare cette guerre larvée à un combat de OK Corral. Mais c’est exactement le comportement de Trump depuis son élection : un combat au pistolet comme dans les films de Cow-boys, Trump devenant le Shérif de la planète.

Devant cette situation où chacun risque d’y laisser des plumes, certaines nations ont déjà cédé à l’appel de Trump : restreindre les importations vers les Etats-Unis. Ce sont l’Argentine et le Chili qui vont diminuer leurs exportations et accroître leurs importations des Etats-Unis pour aider ce pays à redresser les comptes de sa balance commerciale bien en déficit. C’est sans aucun doute ce que va faire la Chine qui a négocié une ouverture plus importante des produits américains vers ses marchés et diminuer d’autant l’énorme déséquilibre de sa balance extérieure.

Dans ce domaine, Trump va gagner des parts de marchés et réduire les importations.

La question est ouverte : où cela va-t-il nous conduire ? Quelles solutions valables Macron tient-il entre ses mains ? Pourra-t-il retrouver et chez nous et chez les autres la sérénité qu’il a toujours l’intention d’avoir comme sûr de sa politique et des résultats qu’il escompte obtenir ?

Son manque de souplesse, sa vision de l’avenir, sa compréhension d’une certaine forme de libéralisme l’ont aveuglé quant à l’agencement de ses mesures. Il est allé trop vite, trop fort, sans aucune consultation. Sa jeunesse fougueuse, sa victoire brillante mais inattendue lui ont fait perdre la notion de partage, l’idée de la négociation. Il est à présent face à différents faits accomplis : manifestations, grèves, mécontentement en France et dispositions prises par Trump qui contrarient l’avenir de son mouvement.

Il ne lui reste plus qu’à descendre de son piédestal, se rapprocher des véritables interlocuteurs qui représentent les diverses couches sociales, parler au peuple pour expliquer ce qu’il cherche à faire. Ralentir les réformes, les prendre l’une après l’autre et non les fourrer dans le même sac car le mélange devient détonant et lui fait perdre le contrôle de ses promesses.

Mais surtout il doit comprendre que la France est grande au point de vue patrimoine, fascinante au point de vue Histoire mais a perdu depuis la dernière guerre sa place dans le royaume des grandes nations puissantes qui ont la force de s’imposer. La Chine, l’Inde, le Brésil jouent un rôle de plus en plus important sur la scène économique et financière. La Chine achète, ce que ne peut plus faire la France, et des pans entiers de l’industrie et du transport se retrouvent sous contrôle de Pékin.
Nous avons aussi perdu notre rôle dans la diplomatie en ne restant pas neutre sur certaines affaires. On veut encore intervenir partout, au Moyen-Orient, en Afrique, donner des leçons à tous ceux qui contrarient Macron, avec la certitude de perdre son influence.

Macron aura beau s’égosiller : ce que dit Trump, il le fait pour rester maître de la situation.

André Girod