Guerre, de Louis-Ferdinand Céline : une bombe littéraire !

On savait ce que Barbusse, Barthas, Dorgelès, Drieu La Rochelle, Giono et les autres avaient dit de la guerre, qui devait être la der des ders. Mais Céline, lui, on ne savait pas dans le détail le plus sordide ce qu’il en disait. Même si 1914-1918 hantait l’œuvre de l’un des plus grands écrivains français et au-delà, histoire de fermer le claque-merde des anti-Céline !

On savait aussi que des manuscrits avaient été « détruits » par des résistants du dernier quart d’heure, les mêmes qui avaient dû beugler « Vive Pétain ! » en 1940 et qui braillaient « Vive de Gaulle ! » en 1944. Versatilité de l’espèce humaine, Céline savait ces choses-là…

Mais je t’en fiche, les résistants en question n’avaient pas eu la connerie irréversible de pulvériser l’écriture de Céline, qui leur brûlait les doigts comme quelque chose qui les dépasse. Alors l’un d’eux a planqué lesdits manuscrits et, longtemps après, les a refilés à un journaliste – nom de plume : Jean-Pierre Thibaudat –, qui a fait l’objet d’une plainte légitime de la part des ayants droit de l’écrivain. Plainte classée sans suite, on s’en serait douté !

Le sieur Thibaudat a tout de même séquestré ces manuscrits pendant environ quinze ans, histoire de contenter ce mystérieux lecteur les lui ayant remis, à la condition que la veuve de Céline n’en profite pas de son vivant. Lucette Almansor, devenue Destouches en 1943, est décédée en 2019, à l’âge très honorable de 107 ans ! Dès lors, les manuscrits ont refait surface…



Seulement voilà, cette petite fiente gauchiste – qui devait se mouiller le sphincter d’extase en lisant la fastidieuse prose du boucher Lénine ou Le Petit Livre rouge sang de Mao ! – nous a privés durant de nombreuses années d’un joyau littéraire. Y’a des crimes irrémissibles, selon moi, et celui de dissimulation du génie en est un ! Pensez : Michel Audiard lisant Guerre, roman inédit de Céline qui vient d’être publié par Gallimard (d’autres suivront) ! Le gars Michel qui disait comme ça : « Le père Céline, on lui doit tout. Sans lui, aucun auteur actuel n’écrirait, ou alors comme Duhamel. Mais là-dessus, personne ne moufte jamais. On n’admet pas. »

En effet, on n’admet pas… Enfin, l’intelligentsia qui se paluche le poireau sur les livres de Christine Angot, parce que pour les autres, ceux qui goûtent la littérature célinienne à sa juste valeur, c’est une autre ritournelle. Eux, ils ont risqué l’apoplexie en apprenant que des manuscrits qu’on croyait à jamais perdus ont refait surface. Et tant pis pour les cons qui s’autodigèrent dans leur gastrique haine anti-Céline. Je parle de l’écrivain. Pour ce qui est de l’homme, désolé, mais rien ne prouve que Céline ait été aussi actif dans la collaboration qu’un René Bousquet, le pote durable de Mitterrand !

Je pense, en écrivant cela, à la petite saleté de Laurent Sagalovitsch qui, toute honte bue jusqu’à la lie – voire la liesse anti-française, faudrait creuser ! –, nous assène ceci : « D’une certaine manière, sans Céline et ses outrances, il n’y a pas de Vel d’Hiv. » Ben voyons, comme dirait Zemmour qui, gourmand de vraie littérature comme je le connais, a déjà dû le dévorer, le dernier Céline !

http://www.slate.fr/story/230651/blog-sagalovitsch-cette-etrange-malsaine-fascination-france-celine-antisemitisme

Mais Guerre est là et bien là. Et il envoie du lourd, de l’aussi lourd que les marmites et autres shrapnells qui pleuvaient sur la tête du maréchal des logis Destouches, blessé en Belgique en octobre 1914. Guerre qui, comme il est dit en appendice, « comble un vide sur un épisode capital de la vie et de l’œuvre de l’écrivain, avec un récit qui, s’il est de premier jet, est largement représentatif de son écriture ».

 



Je pourrais vous dire que c’est brutalement, érotiquement et horriblement génial, sublime et dégoûtant à la fois, que ça fuse comme des balles de mitrailleuse, choisir tous les superlatifs imaginables, rien n’y ferait. Vaut mieux lire, ça se passe de commentaire. Et pour vous filer l’envie de lire, voici quelques morceaux choisis de cette écriture qui ne ressemble qu’à elle-même et raconte tout ce qui est possible de dire sur l’espèce humaine dans ses œuvres :

« Je crois plus aux facilités. J’ai appris à faire de la musique, du sommeil, du pardon et, vous le voyez, de la belle littérature aussi, avec des petits morceaux d’horreur arrachés au bruit qui n’en finira jamais. »


« Ҫa brille pas fort l’espérance, une mince bobèche au fin bout d’un infini corridor parfaitement hostile. On se contente. »


« Fallait pas que je fasse beaucoup d’appels aux souvenirs, ça me gâtait ma journée. C’est incroyable ce que j’en avais pas beaucoup qu’étaient marrants. »
– « Ils parlaient tous une langue bizarre, à vrai dire, une grande langue de cons. »


« À tant d’années passées, le souvenir des choses, bien précisément, c’est un effort. Ce que les gens ont dit c’est presque tourné des mensonges. Faut se méfier. C’est putain le passé, ça fond dans la rêvasserie. »


« C’est écœurant quand on a vu pendant des mois les convois d’hommes et de tous les uniformes défiler dans les rues comme des bancs de saucisses, kakis, réserves, horizons, vert pomme, soutenus par les roulettes qui poussent tout le hachis vers le gros pilon pour cons. »

Bon, vous avez aimé ? Alors foncez acheter Guerre, ne serait-ce que pour le plaisir d’en faire LE best-seller de l’été et renvoyer au placard ces plumitifs sans talent qui se pâment de leurs phrases glucosées à la barba papa et nous catéchisent sur le vivre-ensemble, l’écologie, le Covid, et j’en passe ! Céline nous avait prévenus sur leur compte. Souvenez-vous, je vous la ressors régulièrement celle-là : « La merde a de l’avenir. Vous verrez qu’un jour on en fera des discours. »

Charles Demasieux

(Photos : Charles Demassieux – tombe et maison de Céline, à Meudon)

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38 Commentaires

  1. J’ai jamais lu de bouquin de Céline, mais ça va être l’occasion !! 😎

    • Ou vous pouvez commencer par « Voyage au bout de la nuit » qu’il est difficile de ne pas apprécier.

      • J’ai lu tout ça quand j’étais au lycée Voyage au bout de la nuit, d’un château l’autre etc … je ne parviens plus à lire ce genreque je trouve trop ennuyeux… j’en ai honte …

        • Pas moi, Anne, j’ai lu il y a un an, « Mort à crédit » que je n’avais pas encore lu, pour vérifier que ma passion pour Céline n’était pas un simple engouement de jeunesse, mais non, sa lecture me fait toujours le même effet : comme une ivresse, une fièvre, une exaltation d’enthousiasme qui me dure comme une addiction et qui me pousse à rechercher des documents, vidéos, témoignages sur lui. Bref une des grandes passions de ma vie.
          Pourquoi je vous confie tout cela ? Parce que je sais que vous êtes une personne de bonne volonté, que j’ai apprécié des extraits de vos récits autobiographiques, certes écrits avec plus de sobriété que ceux de mon « idole » mais très intéressants.

  2. Je suis embarrassée. Un ami m’a envoyé le texte, je me suis efforcée de le lire… je l’ai trouvé terriblement ennuyeux et ne l’ai pas fini… je l’ai rangé comme “document” … Je ne suis ni pour, ni contre Céline, je ne suis pas non plus critique littéraire, je lis beaucoup grâce à mes insomnies et puisque je n’ai pas la télé. Je suis toujours à l’affut d’un bon livre et viens de terminer celui sur la banalité du mal de Hanna Arendt. Celui de Céline… ne m’a pas passionnée…

    • Quel dommage, sinon pour les insomnies, dans le registre du mal, le « Par delà bien et mal  » de Nietzsche, est très instructif.

      • Je l’ai lu et étudié. C’est l’œuvre la plus flaubertienne, en ce sens que cette histoire ne parle de rien (d’une simple servante) et se tient tout entière par le style.

        • Pas d’accord avec vous sur le fond de ce Conte : Flaubert a aussi la prétention de comprendre son époque et ses répercussions sur les gens modestes comme la servante. Certes, il n’a jamais caché son ambition stylistique mais l’atmosphère qu’il pense (et imagine) imprégner la vie de son personnage dépasse la forme, il s’agit de donner la clé ou d’en proposer une et créer ainsi l’harmonie générale.

          • D’accord. Mais c’est le style qui donne de la profondeur à Félicité. Et c’est ça la révolution stylistique de Flaubert, entamée avec Madame Bovary.

  3. Extrait, cité par René Chiche, d’une copie de philosophie au baccalauréat (série générale), parmi des dizaines semblables.
    Ce n’est pas passé par l’officine des correcteurs d’orthographe de Gallimard, mais ce détail mis à part, c’est du Céline pur jus.

    « Si les gent sont bien eduquer et bienveillan nous n’avons pas besoin de l’etat. Le respect mutuel sufis pour remplacer l’etat comme cet celebre citation « vivre et laisser vivre » qui nous viens des trancher pendant la seconde guerre mondiale. Pendant le revolution française il n’y avez pas d’etat pourtant cela avais bien marcher ou pendant les romains avec leur lois dent pour dent oeille pour oeille. Ce que tu fait à l’autre ont te le fait… »

  4. On peut être un grand écrivain et une crapule comme Céline. Le type même de l’homme de gauche pacifiste anti Français, anti patriote qui se met finalement, par manque de courage intellectuel, au service du boucher le plus effroyable que la terre ait porté. Refusant la propagande ridicule du patriotisme Français il tombe dans lle bourrage de crâne mille fois plus bête et méchante des nazis. Les Islamo-gauchistes sont exactement dans les mêmes pas des facho-pacifistes : des collabos.

    • Lisez ces ouvrages précédents vous aurez une idée de la vie de l’époque et de la sienne notamment !!!!

    • On ne peut vous donner tout à fait tort.
      Mais si vous ne voyez pas à quel point la France d’aujourd’hui depuis 1968 est peu reconnaissante, voire carrément méprisante de la France des vrais Résistants, au point de voir un sujet de dérision dans la notion de patrie, vous ne pouvez comprendre l’oeuvre de Céline qui avait compris depuis longtemps que ses zélites la vendraient pour leurs petits intérêts. Céline est un révolté de la vie, un désespéré de la politique, ce n’est certes pas original vous me direz, mais lui l’a ressenti et exprimé du plus profond de ses tripes.

  5. C’est toujours une grande nouvelle et une joie que la découverte d’inédits de la littérature, encore une fois merci pour cet article.

  6. L’« abattoir international en folie » mentionné par Céline, oui, ou un sacrifice de masse fait par les élites.
    Le pentagone de la santé numérique de l’union eruopéenne est 10 Rue d’Oradour-sur-Glane, 75015 Paris
    https://parisantecampus.fr/

  7. « Ils parlaient tous une langue bizarre, à vrai dire, une grande langue de cons. » c’est ma préférée ! Histoire et écriture sublimes…….

  8. C’est quand même bizarre : mon com de moins de 7 lignes est refusé avec la mention « une erreur… ». Alors que je vois des coms qui les dépassent allègrement.
    J’ai horreur de mettre les pieds dans le plat mais je vous signale que je paie depuis des années une mensualité sans compter les dons ponctuels. Rien dans mon com justifiait une telle censure dont vous semblez coutumier à mon égard.

      • En fait, cela venait de mon ordi qui régulièrement s’accroche avec le logiciel de RL au point de m’empêcher même de liker et m’empêche de commenter.
        Un nettoyage des cookies et autres bestioles et tout repart.
        Mes excuses.
        J’en profite pour remrercier le ch’ti qui m’avait adressé sous un autre fil un sympathique com que le bug a empêché de publier.

        • Ben vous voyez ! Sinon, utilisez la version gratuite de CCleaner téléchargeable sur Internet. Un nettoyage hebdomadaire s’impose quand on va souvent sur le Net. 😉

          • Merci pour l’info, j’ai transmis l’info à mon mari, mais il est du genre geek et utilise un autre logiciel .

  9. Je l’ai offert à un de mes fils pour son anniversaire. Et vu chez un autre de mes fils il y a quelques jours. Pas encore lu, mais je le ferai, votre article a achevé de m’en convaincre.

  10. « Alors foncez acheter Guerre, « …..les Droits d’auteurs, ils vont à qui ???

    • vous pouvez aussi le télécharger gratuitement en pdf, il suffit de chercher sur G..gle.

  11. L.F Celine a explosé le ronron de la littérature. Le premier que j’ai lu c’était « Mort à crédit » et après je l’ai dévoré en me pourléchant les babines…Une crapule ? Peut-être, mais soyez bien précis quant à ce qualificatif, qu’a t-il commis qui lui vaut ce mot ? Celine, je pense, regardait l’homme comme une énorme rature dans l’univers qui lui appartenait. Jamais plus personne n’écrira comme lui, un écrivain russe, dont je ne me rappelle plus le nom a bien tenté…Celine est le plus grand des écrivains. J’ai lu beaucoup, croyez moi, russes (excellent), anglais, américains, irlandais, italiens, suisse (Ramuz, un grand !), enfin de tout, pour toujours en revenir à Celine. Les procès, quand on ne peut plus se défendre parce qu’on est mort, sont toujours plus facile…

    • Je dirais de Céline qu’il est le plus grand romancier français, hélas.

      Son itinéraire est celui de tous les collabos de gauche (et de droite). Lorsque la fiévre déologique vous améne à trahir votre peuple, votre pays. Elle améne à perdre cet honneur simple de défendre ses enfants, son foyer, sa terre.

    • En effet, je le compare à un autre grand y voyant son symétrique en littérature : à Chateaubriand. A cause du lyrisme permanent, de la musicalité, de la pertinence aussi de ses analyses et portraits de célébrités, souvent cruels il est vrai quand il s’agit de politiciens qu’il n’apprécie pas. Autant Chateaubriand a écrit en recherchant la beauté positive, édulcorant tant et plus, autant Céline a su décrire la réalité souvent sordide des existences de ses contemporains dans sa crudité mais aussi avec humanité vraie, sans condescendance, sans le sentiment de supériorité de l’observateur à l’égard de son objet d’observation.
      L’oeuvre de Céline est le poème de la déréliction humaine.

  12. Pff, je ne comprends pas quel talent vous pouvez trouver à ce pamphlétaire vulgaire qui sue la haine à chaque mot. L’antisémitisme de ce triste sire le rend talentueux à vos yeux.

    • Il est « vulgaire » comme la prose de la vie humaine : notre cinéma l’illustre à merveille mais sans s’en émouvoir, bien au contraire, y voyant l’essence de l’humanité. Goût bas pour le pouvoir, des jouissances les plus vulgaires portées au pinacle comme le fond de la nature huamine, instrumentalisation des êtres humains sous couvert des droits de l’homme proclamés à géométrie variable, vraiment nous n’avons plus les repères pour juger un homme tel Céline.
      Céline est pour moi le dernier grand naïf de la littérature : il croyait encore en la dignité humaine.
      Aujourd’hui, il n’aurait plus pu écrire : sa perspective étant devenue caduque pour tous les « humanistes » des droits de l’homme qui bavassent.

  13. Céline ressemble à son style : inclassable.
    Qualifié ordinairement « d’extrémiste de droite » (il est vrai par des abrutis de gauchistes sans cervelle), il n’a jamais été ni un fasciste, ni un idéologue d’un bord ou de l’autre.
    Son oeuvre maîtresse, le Voyage, a un ton nettement marxisant.
    Au pire, on pourrait qualifier Céline d’anarchiste de droite. Mais il serait beaucoup plus exact de le qualifier d’iconoclaste.

    Pour le reste, ses ambiguïtés, ses paradoxes, voire ses contradictions, ont abouti à ce que dénonce dans son post Deloire auquel je ne suis pas loin de donner raison.

    • Je pense qu’en effet « anarchiste de droite » – mais sans aucune compromission avec les casseurs et vandales qui oeuvrent sous l’étiquette Anarchie – est l’étiquette qui pourrait s’appliquer à Céline mais à mon avis, il est inclassable, insaisissable comme la vie.

  14. Céline sveit vreimrnt un physique ingrat
    Prtit très brun oreilles éloignées il devait être complexe de pas ressembler s un viking d’après loi

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