Günter Grass, nazi dans sa jeunesse, gauchiste antisémite sur ses vieux jours ?

Publié le 9 avril 2012 - par - 955 vues
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J’ai lu hier, 4 avril, dans Le Spiegel, grand hebdomadaire allemand, un article sur un poème de l’écrivain Günter Grass, publié en Allemagne dans plusieurs journaux, et sur les réactions nombreuses qu’a suscitées la publication de ce poème. Il s’intitule « Ce qui doit être dit ».

Günter Grass reproche entre autre à Israël d’envoyer sur l’Iran des rackets destructeurs.

L’envoyé israélien à Berlin prend position sur le site de l’ambassade, et il explique qu’il appartient à la tradition européenne « d’accuser les juifs de meurtres rituels avant la fête de Pessah. Autrefois on parlait du sang des enfants chrétiens que les juifs étaient accusés d’utiliser pour fabriquer les pains, aujourd’hui c’est le peuple iranien que l’état juif voudrait exterminer ». Israël serait le seul état au monde dont le droit à l’existence est publiquement remis en question.

L’envoyé israélien affirme que les israéliens veulent vivre en paix avec leurs voisins. Et ils ne seraient pas prêts à « endosser le rôle, que Günter Grass (leur) assigne pour que le peuple allemand assume son passé ».

Dans ce poème Günter Grass critique aussi la politique des affaires étrangères allemande, le fait que l’Allemagne livre des armes à Israël.

Il doute que l’Iran possède vraiment une bombe atomique, mais selon lui, ce serait la force de frappe d’Israël qui menacerait la paix mondiale, si fragile.

Le Conseil Central des juifs d’Allemagne critique fortement le texte de Grass. Il s’agirait en fait d’une inversion des faits. Ce n’est pas Israël, mais l’Iran qui menace la paix. Dieter Graumann, Président du Conseil central : « Un auteur éminent n’est pas pour autant un analyste éminent de la politique du Moyen-Orient ».

La CDU (parti d’Angela Merkel) conteste aussi clairement ce texte. Son secrétaire général, Hermann Gröhe : « Si une personne comme Günter Grass montre ainsi ne rien avoir appris (sur l’histoire de l’Allemagne et l’Holocauste), alors c’est très regrettable. »

Ruprecht Polenz, député CDU, a dit au « Mitteldeutsche Zeitung » : « Günter Grass est un grand écrivain, mais quand il s’exprime en politique, il a des difficultés et (…) cette fois ci il est complètement à côté de la plaque, (…) Grass confond la cause et l’effet. Il met les choses à l’envers ».

Par contre Grass a été applaudi par le parti Die Linke (la gauche). Dont le député au Bundestag, Wolfgang Gehrcke, a dit : »Günter Grass a raison ». L’auteur aurait « le courage d’exprimer ce qui est largement tu ».

Le publiciste Ralph Giordano a condamné, par contre, la critique d’Israël par Günter Grass comme une « attaque contre l’existence d’Israël ». Comme plus haut il parle « d’inversion des faits, qui menace qui ? (…) » Cependant ce publiciste, il y a quelques années, quand on a su que Günter Grass, à 18 ans, avait appartenu à la WaffenSS (et l’avait longtemps dissimulé), avait défendu l’écrivain.

Le publiciste Henryk M. Broder décrivait, dans un article pour « Die Welt », grand journal allemand, Günter Grass comme un prototype de l’antisémite cultivé. Grass aurait toujours eu un « problème » avec les juifs, mais il ne l’a encore jamais exprimé aussi clairement que dans ce poème. ».

J’ai donc lu cet article hier, et depuis je me pose un tas de questions. A Toulouse, il y a quelques semaines, des enfants et un professeur juifs ont été assassinés. C’est la première fois depuis la sinistre période de l’Occupation que cela se produit sur le sol français. Et voilà qu’un des plus grands écrivains allemands contemporains, prix Nobel de littérature, attaque Israël, son existence même, alors que cet état a justement été créé après la guerre, en 1948.

Il y a eu dans Riposte Laïque plusieurs articles expliquant le travail de sape fait par les medias français pour présenter toujoursla Palestinecomme une victime. On omet évidemment de citer le Hamas dontla Chartecomporte justement « la destruction de l’état d’Israël ». La même chose d’ailleurs pour l’Iran, dont le président a dit publiquement il y a quelques années qu’il voulait détruire Israël, sans susciter d’ailleurs dans la communauté internationale les réactions que l’on aurait été en droit d’attendre.  Et après l’attentat de Toulouse il a été dit que l’assassin voulait venger « les enfants de Gaza ».

Grass est soutenu par Die Linke, à distinguer toutefois du SPD (parti socialiste allemand) qui ne s’est pas exprimé, semble-t-il, dans cette affaire. Comment ne pas penser à la position des partis de gauche en France depuis des années, souvent décrite dans les article de Riposte Laïque : « Toutes les cultures se valent, accepter les différences, etc… » qui nous a conduits à la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Martine Aubry à Lille copinant avec les islamistes, Delanoë faisant une fête pour clore le Ramadan en 2011 àla Mairie de Paris…

Alors, qu’un intellectuel allemand se permette un tel faux-pas est encore plus inquiétant. Un article récent du Spiegel justement, analysait, après l’attentant de Toulouse, la situation de certains juifs français, qui ne se sentaient plus en sécurité en France et émigraient vers Israël. Cela évoque de sinistres souvenirs. Beate Klarsfeld vient dans deux semaines faire une conférence ici, à Aix-en-Provence, je vais aller l’écouter, parlera-t-elle de ce poème ?

Jacqueline Fichet

 

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