Halte au matraquage médiatique, télécharger n’est pas voler !

En lisant la lettre d’Arrêt sur Images, je dois dire combien, EN TANT QUE PERE DE FAMILLE et animateur auprès d’adolescents, je suis extrèmement choqué de ce que je viens d’y lire :

C’est pourquoi cette réponse me semble indispensable pour faire le point face aux mensonges véhiculés par ces agitateurs de salons, amis de tout ce que le parisianisme « bobo » bien-pensant fait de mieux, toujours prês à défendre les combats d’arrière garde d’Emmanuelle Béart contre de prétendues « rafles » (mais savent-ils au moins le sens du mot qu’ils emploient ?), mais cédant à l’idéologie dominante au service des lobbies de l’industrie privée du « divertissement » (ne pas confondre avec « culture » SVP) dès qu’il s’agit de défendre leurs amis les stars .

Un seul exemple suffira pour démontrer de quel côté sont ces gens, et sûrement pas de celui du Peuple. Arrêt sur Images, ami des stars, défend les thèses de la commission Olivennes concernant le soi disant « piratage » informatique. Après avoir démontré la fausseté de ce vocabulaire et donc de l’idéologie qui se cache derrière, vous verrez à quel point vous êtes trompés et manipulés par ces gens.

Comme l’UFC QUE CHOISIR l’a parfaitement expliqué, la soi-disant « lutte contre le piratage » consiste en fait à POURSUIVRE PENALEMENT NOS ENFANTS et donc NOUS MEME en tant que PARENTS, donc responsables légalement de leurs actes.

MAIS DE QUOI SONT ACCUSES NOS ENFANTS ? en fait de ce que nous avons fait nous mêmes quand nous avions leur âge. Echanger de la musique ! comme nous le faisions au collège, au Lycée, dans les Facs, au boulot, où l’on s’échangeait des cassettes audio d’albums et chansons enregistrés que l’on copiait allègrement sur nos radio-double-cassettes, sans que l’on ne nous accuse jamais de « pirater » ou de « détruire la culture » !

Qui ne copiait pas les disques ou cassettes loués à la bibliothèque municipale et les « partageait » ensuite avec les copains et copines au lycée ? Ce que font nos enfants aujourd’hui n’est guère différente, seule la méthode a changé. Des cassettes audio, ils sont passés au « partage » sur internet – les fameux P2P Peer to Peer qui sont de simples logiciels d’échanges de fichiers, par lequel transitent aussi photos de la dernière « soirée pyjama » des filles ou de la fête d’anniversaire des 12 ou 15 ans du pls grand !

A cela les industries du diverstissement, prétendant que la qualité numérique n’aurait rien de comparable avec celle des cassettes audio d’antan… mais cela est un mensonge. La qualité d’une chanson en MP3 (format standard utilisé par les jeunes) est bien inférieure à celle d’un CD d’origine. Elle est en fait quasiment même équivalente à celle d’une cassette audio justement ! le MP3 est un format « compressé » pour prendre moins de place sur l’ordinateur et être plus facile à télécharger sur internet. Mais cette « compression » a une conséquence inévitable : car qui dit réduction de taille du fichier, dit perte de données, qui se solde par une qualité audio moindre. Voir explication sur Wikipedia (encyclopédie en ligne). Les informaticiens vous diront que le MP3, comme la plupart des formats audio d’ailleurs, est un « système de compression destructif », car il détruit une partie de la qualité audio du format original (CD).

QUE RISQUENT NOS ENFANTS ET NOUS EN TANT QUE PARENTS ?

La commission Olivennes propose la suspension de l’abonnement internet, voire sa résiliation, mais aussi la constitution d’un fichier où seraient listés les « pirates » pour leur interdire de prendre un abonnement internet chez un autre fournisseur d’accès internet ! Non seulement la constitution d’un tel fichier est particulièrement dangereuse au regard du respect de la vie privée, mais il est même inquiétant qu’un tel fichage reçoive le soutien de gens qui dénoncent par ailleurs le fichage ethnique ou celui ADN des repris de justice et des criminels sexuels !

Mais cela n’est pas tout ! car la commission Olivennes n’écarte en rien la continuité des poursuites pénales déjà prévues par la DADVSI et la loi sur la contrefaçon, qui prévoit jusqu’à 3 ans de prison et 300,000 euros d’amendes. Ainsi l’hiver dernier, une vieille dame du sud de la France a été condamné à 1 mois de prison avec sursis mais surtout 15,000 euros d’amende et 5,000 euros de « dédommagents » aux majors du disque pour avoir téléchargé une quinzaine de chansons de Tino ROSSI, qui lui rappelait les chansons de sa jeunesse. Cette vieille dame est désormais surendetté, ne touchant qu’un modeste minimum vieillesse amputé d’un prélèvement régulier par le trésor public jusqu’à paiement complet de sa sanction pénale. Car en plus, étant une sanction pénale, cela rentre bien évidemment dans le casier judiciaire. Vos enfants risquent dons de se voir dressé un délit dans leur casier judiciaire pour quelques chansons échangées sur internet entre copains !

POURQUOI LES MAJORS VEULENT PENALISER CE QUI ETAIT HIER BANALISE ? (ET DONC POURQUOI TELECHARGER N’EST PAS VOLER ! )

Contrairement aux années 80, où l’industrie de la musique possédait un monopole total sur un marché principalement centré sur le disque, l’internet mais aussi la diversification des produits de tout le reste de l’industrie du divertissement a profondément bouleversé, tant l’offre des produits culturels et de loisirs devenue « multimedia » a évolué, que les modes de distribution qui rende de plus en plus obsolète son existence en tant que « maisons de diques » ont changé.

Au cours des années 90, l’offre des jeux multimedia a notamment explosé. Les consoles de jeux, les jeux vidéos ou sur PC, ont pris une part croissante et même prépondérante sur l’argent de poche des adolescents. L’informatique personnelle a aussi considérablement diversifié l’offre multimedia, des blogs à YouTube, c’est toute une culture informatique qui s’est créée. Le prix des logiciels prenant eux aussi une part toujours croissante dans le budget familial consacré aux loisirs. Enfin l’internet a changé la donne, en offrant un accès à une médiathèque immatérielle disponible en téléchargement à tout à chacun, et gratuitement parce que l’industrie du disque a raté sa reconversion. Incapable de comprendre les enjeux de l’internet, les possibilité qu’il offrait, elle est restée enfermée dans la « fabrique de disques » à l’ancienne tandis que l’industrie du multimedia développait l’internet haut débit, les disques durs externes à large capacité, les clés USB, mais aussi les graveurs de CD, de DVD, les logiciels de copie en tous genres et de toutes sortes. Les ipods et autres lecteurs MP3 donnant une nouvelle jeunesse au walkman des années 80.

L’industrie du disque paye aujourd’hui son obstination à refuser internet comme moyen de diffusion de masse de la chanson !

Parce que l’industrie du disque a refusé de développer dès les débuts d’internet une offre légale et ouverte de musique sur le web, dépassée par le progrès technologique qui a été lui très vite, une offre gratuite de partage entre les internautes s’est spontanément développée, simplement parce que la nouvelle génération n’écoute pas plus de CD que nous écouterions, nous, des vinyls 78 tours qu’écoutaient nos grands pères sur leurs antiques « phonos ».

Quand l’industrie du disque s’est enfin lancée sur internet, ce fut à des tarifs hors de prix, et à grand coups de verrouillages numériques – les fameux DRM -limitant en fait l’accès à une forme de « location », qui plus est restrictive (impossible de graver sur un CD, de transférer sur un lecteur mp3, ou de l’écouter sur un autre ordinateur que celui où la chanson fut téléchargée, voire le piège de chansons verrouillées et inutilisables à chaque formatage ou réinstallation du système, incompatibilité avec Mac ou Linux en format windows WMA, ou inversement avec PC et linux en format Mac AAC !)… bref, l’offre était non seulement tardive mais tellement limitée qu’elle n’avait aucune chance de peser face à une offre « gratuite » ouverte,compatible tous systèmes, pouvant être écoutés sur n’importe quel appareil, et graver facilement sur CD pour écouter en voiture . Offre gratuite rentrée dans les moeurs de toute une génération qui aujourd’hui ne peut simplement plus comprendre pourquoi on lui imposerait un système restrictif.

Voilà pourquoi l’industrie du disque est aujourd’hui dépassée et en est réduite à un lobbying intensif auprès des gouvernements et des états pour tenter d’imposer par force de coercition et de loi, ce qu’elle n’a pu maîtriser par la seule régulation d’un marché qui lui a totalement échappé. L’argument avancé étant le « piratage » informatique des droits d’auteur ! Argument d’autant plus fallacieux que la pratique a toujours existé d’une part (les cassettes audio de notre enfance donc), et que le véritable vol des droits d’auteur est plutôt celui que les maisons de disques elles mêmes pratiquent en exploitant sans vergogne la plupart des artistes en ne leur reversant qu’un pourcentage ridicule du produit de la vente de CD aux auteurs, compositeurs et interprètes, s’arrogeant souvent plus de 90% du bénéfice de la vente à leur seul profit exclusif. En effet à part les Goldman, Céline Dion, Halliday, Madonna ou U2, qui a les moyens de négocier son contrat avec une maison de disques ? sûrement pas les jeunes artistes en tous cas !

D’ailleurs les artistes eux mêmes le comprennent, qui nombre d’entre eux, des rockers anglais Radiohead ou Oasis en passant par la cantatrice Jessie Norman, se passent de maisons de disques pour vendre eux mêmes leurs chansons sur internet, parfois en laissant même les consommateurs verser le prix qu’ils veulent pour lancer le téléchargement ! Radiohead a ainsi écoulé plus de 5 millions d’albums en quelques semaines, en gardant la totalité des bénéfices de leur production, gagnant ainsi plus d’argent qu’ils n’en avaient jamais touché quand ils étaient sous contrat avec leur maison de disque qui raflait l’essentiel de la mise de leurs albums précédents. Mais ces artistes, reposent aussi leur modèle économique autogestionnaire sur les concerts dont les bénéfices là aussi ne sont pas « pompés » par les maisons de disques. C’est un nouvel modèle économique qui se met en fait en place, et qui rend obsolète les maisons de disques. Enfin aux Etats-Unis se développent des plate-formes de téléchargement légal et gratuit reposant sur la publicité. Vous regardez une pub de 30 secondes, et vous pouvez télécharger une chanson. Le bénéfice de la pub est reversée aux droits d’auteur. Une offre adaptée à une génération nouvelle où évidemment l’on comprend que Jean Louis Murat n’a plus sa place…

POURQUOI LA COMMISSION OLIVENNES EST DANGEREUSE POUR NOS LIBERTES ?

En proposant la mise en place d’un contrôle des connexions internet, le fichage informatique de nos enfants, le risque de voir leur casier judiciaire marqué d’un délit de contrefaçon, la commission Olivennes menace gravement nos libertés, bien davantage que queleques caméras dans les rues dont certains s’émeuvent. D’autant plus que tout cet ensemble purement répressif serait géré par une Autorité administrative “dotée des moyens humains et techniques nécessaire à l’avertissement et à la sanction” chargé d’appliquer donc la riposte « graduée » sans contrôle judiciaire, ni pour décider du contrôle des activités de tel internaute (alors que même pour « l’écoute » ou le suvit des liaisons téléphoniques et internet d’un terrroriste présumé, il faut l’autorisation nominative, motivée et justifiée par des éléments matériels de la part d’un juge). Chacun comprend non seulement l’aberration d’un tel projet, mais combien sont menacées nos libertés constitutionnelles. Et tout cela bien sûr sans aucun contrôle de la CNIL, Commission Nationale Informatique et Libertés.

Est-on prêt en France à une justice d’exception qui serait ainsi au dessus de toutes les lois, et pourrait agir exécutoirement contre n’importe quel citoyen au mépris de la présomption d’innocence, de son respect à la vie privée, et de ses droits de justiciable auquel même un terroriste peut avoir droit, tout cela au nom, non pas d’intérêts majeurs pour la sécurité nationale par exemple, mais simplement pour préserver les intérêts financiers de groupes et lobbies purement privés simplement jaloux des dividendes de leurs actionnaires ? voilà qui est bien la négation même de la République, de la démocratie, de toute forme de société un tant soit peu fondée sur l’esprit public et l’intérêt commun qui impose le respect des droits civiques aux sociétés marchandes, et non l’inverse !

POURQUOI LA COMMISSION OLIVENNES MENACE LA DIVERSITE ET LE DEVELOPPEMENT INFORMATIQUE

D’autant qu’à travers des telles mesures, la liberté informatique est elle aussi menacée. En effet les mesures techniques envisagées ne sont applicables qu’aux systèmes windows. Les DRM ne sont contestées par la commission que pour les seules chansons françaises, cela pose donc un problème de compatibilité informatique pour qui souhaite écouter des chansons étrangères. En plus de poser un problème commercial d’une mesure pouvant s’assmilier à du « protectionnisme ».

Mais surtout c’est la diversité informatique qui est mise en cause. Est-ce à dire que Windows devient obligatoire, vu que Linux et à un certain degré Mac, ne sont pas compatibles avec des mesures de contrôle informatique des données, et donc mettraient leurs utilisateurs « hors la loi » en ne pouvant être soumis à des logiciels de filtrage ou de verrouillage.

DEFENDRE NOS ENFANTS, DEFENDRE NOS LIBERTES !

Face à la négation de nos libertés, aux risques pénaux invraissemblables qui pèsent sur nos enfants pour des valeurs aussi importantes que l’esprit de partage à opposer aux intérêts égoïstes des majors du disque – imagine-t- on des poursuites pénales quand on se prête des livres ou des DVD entre amis, ce qui est aussi, il faut le dire, une violation des droits d’auteur – il convient de ne pas se laisser intimider par les arguments fallacieux qui voudraient faire croire à du vol, quand il ne s’agit que de partage et d’échange, supposant qu’ à l’origine il y a d’ailleurs toujours eu un CD d’acheté ! comme il y a toujours eu une cassette d’achetée avant que nous ne remplissions nos chambre d’ados de cassettes « repiquées » sur celles des copains !

La manipulation des lobbies de l’industrie du disque dont la commission Olivennes n’est que la marionnette elle même juge et partie – M. Olivenne étant patron de la FNAC donc garant des intérêts de ses propres actionnaires – ne doit pas faire illusion. Renaud a vendu récemment 2 millions de son dernier album, un record en France, et pourtant ses chansons sont largement accessibles sur internet. Nul ne peut rien si l’industrie du disque a raté le coche d’internet, s’est pris les pieds dans le tapis d’offres inadaptées et restrictives, enfin si la qualité médiocre des dernières productions fait aussi chuté les ventes de disques. Car il n’en déplaise à Jean Louis Murat et Patrick Bruel, si eux mêmes et d’autres ne vendent plus de disques, c’est aussi peut être parce qu’ils ne sont plus dans le coup depuis longtemps ! Les succès commerciaux de jeunes artistes sont un démenti flagrant à leur aigreur…. Amy Winehouse est en passe d’être l’artiste ayant vendu le plus de disques dans l’histoire de la musique depuis Madonna. Ses titres sont aussi les plus partagés sur internet. La découverte de son talent par ce biais n’a non seulement pas pénalisé ses ventes, mais les a même stimulé. Deux études en Angleterrre et au Canada, démontrent d’ailleurs que ceux qui téléchargent le plus, sont aussi ceux qui achètent le plus de CD…

C’est pourquoi au lieu d’intoxiquer les gens au profit des amis de M. Sarkozy, Arrêt sur Images serait bien avisé de défendre nos enfants, nos libertés, et certains principes dont ils se targuent par ailleurs quand leurs intérêts ne sont pas autant concernés.

Sources :

Arrêt sur Images
[http://arretsurimages.net/post/2007/11/22/Jean-Louis-Murat-accuse-les-internautes-de-se-goinfrer-mais-pas-sur-Internet->http://arretsurimages.net/post/2007/11/22/Jean-Louis-Murat-accuse-les-internautes-de-se-goinfrer-mais-pas-sur-Internet]

Blog du député socialiste Christian Paul
[http://www.christianpaul2007.fr/spip.php?article261->http://www.christianpaul2007.fr/spip.php?article261]

Autres sources :

[http://fr.wikipedia.org/wiki/MP3->http://fr.wikipedia.org/wiki/MP3]

[http://www.quechoisir.org/index.jsp->http://www.quechoisir.org/index.jsp]

[http://www.odebi.org->http://www.odebi.org]

[http://www.april.org/->http://www.april.org/]

[http://stopdrm.info/->http://stopdrm.info/]

Bernard Bayle

Protégeons nos enfants : [http://olivennes.blogs.nouvelobs.com/->http://olivennes.blogs.nouvelobs.com/]

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