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Hé, Michel, tu paies la tienne ?

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Vous connaissez Bébert ? Ou Nono, peu importe. Mais si, vous savez, le type toujours entre deux vins qui essaie d’engager la conversation pour se faire rincer à l’œil. Le gars à qui le taulier répond : «  Mais oui, Bébert, c’est ça » tout en continuant à essuyer ses verres. Si vous n’êtes pas un habitué et que vous tombez dans le piège d’engager la conversation, au bout d’un moment il vous cause d’un différend qu’il a eu avec un type pour une histoire de réparation de bagnole ou une différence de point de vue sur le RSA ou le dernier match de l’OM. Et là, il vous pointe l’index sur le plexus solaire en revivant l’aventure et vous regarde comme s’il avait en face son interlocuteur de ce moment-là, en vous assénant : «  Et j’y ai dit au gars, tu m’entends ? … »

Eh bien Michel Onfray, c’est un peu la même chose. C’est Bébert avec la pédanterie en plus. Bébert dans un bas de soie, si on veut. Le pékin qui sait tout sur tout, qui a un avis sur tout, et qui vous le dit. Sur la philosophie de Nietzsche ou de Heidegger, sur le pâté de campagne, la réparation des motocyclettes, la rousserolle effarvatte ou le néolibéralisme. Le genre de hâbleur qui prend à témoin tout le troquet en demandant : «  Hé, j’ai pas raison ? ».

Tiens, il me fait penser au personnage de Léopold, campé avec brio par Depardieu dans le film Uranus. Je le vois, le Michel, s’émerveillant : « Philosophe ! Je suis philosophe ! Y m’sort des concepts de partout ! Aujourd’hui, j’ai eu une idée, demain j’en aurai une autre ! Et quand j’en aurai dix, oh la la ! » . Son dernier mot sera-t-il pour Andromaque, lui aussi ?

Donc notre roi du Café du Commerce à la sainte science infuse étant « le Sachant », il distille * son savoir à qui veut bien l’entendre. Il fait confiance au narratif C-19 et à Pfizer, société multicondamnée à des milliards de dollars d’amendes au total, pour corruption, mise en danger de la vie d’autrui, trafic d’influences et j’en passe. Mais peu importe. Il sait, cet opposant officiel du Prince comme on dit le Fou du Roi. Il sait que les vaccins contre le Coco sont sûrs, efficaces et sans danger. Tiens, là aussi, référence cinoche : Laurence Olivier dans Marathon Man, s’apprêtant à torturer Dustin Hoffman : « C’est sans danger ? » (« Is it safe ? » en anglais). En tout cas, plutôt que de causer comme un vulgaire Wargon ou un lamentable Marty, il t’assaisonne le non-vacciné avec les formules sociologiques qui vont bien : « La défiance envers le vaccin « est un recul de la culture qui va avec l’augmentation de l’individualisme » ou encore «  Des racailles, des contaminateurs conscients d’avoir le sida ou des violeurs de jeunes filles. » C’est-y pas envoyé ?
Bon allez, Michel, ça fait chaud, gars, l’août est là, tu payes-t-y ta tournée au lieu de dire des conneries ?

Jean-Paul Bourdin