Henri Peña-Ruiz parle de Marx et de l’islam : bon élève, mais doit mieux faire…

Publié le 20 août 2013 - par - 1 898 vues
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[youtube]8euqhhdYLMo[/youtube]

http://www.youtube.com/watch?v=8euqhhdYLMo

Une fois n’est pas coutume, il me sera donné, dans ce petit article, de rendre hommage à un philosophe qui, par son appartenance au Front de Gauche, est un adversaire, et même un ennemi… Pour autant, il faut avoir le respect de l’ennemi, et reconnaître ses vertus. Henri Peña-Ruiz, le « pape de la laïcité » comme l’appellent ses camarades, a de grandes qualités d’érudition et sait parfaitement bien mener un exposé. Il a donné récemment une conférence de fond sur la pensée de Karl Marx, que je conseille aux patriotes les plus « droitards », qui, eux, fussent-ils mes camarades à moi cette fois-ci, ne connaissent pas grand-chose à la pensée de Marx, réduite à des clichés de cuistres : Marx écrivain sataniste, Marx suppôt de l’illuminisme, Marx payé par Wall-Street, etc.

La réalité est autrement plus complexe, et Peña-Ruiz a l’incomparable mérite de rappeler ce que, du reste, Simone Weil (la philosophe décédée en 1943) avait déjà écrit en son temps : on ne saurait accuser Marx d’être l’instigateur de la dictature soviétique, encore moins du totalitarisme stalinien, toutes choses qui ont vu le jour… bien après sa mort (1883) ! On rappelle que la révolution bolchevique date de 1917, et que les purges staliniennes ont culminé en 1937-38. Sur le fond de la pensée marxienne, l’exposé de Peña-Ruiz constitue une excellente vulgarisation, que je conseille à tous.

Bien évidemment, l’exposé de Peña-Ruiz n’est pas innocent. Le brillant philosophe reste prisonnier d’un appareillage conceptuel qui est celui du gaucho-mondialisme ; conséquence inévitable : il ne va jamais jusqu’au bout de ses idées.

Il commence son allocution par des allusions très abstraites à des fanatismes politico-religieux dont il ne dit pas le nom. Vers la fin, il reconnaîtra qu’il vise les « islamistes », tout en se démarquant d’un amalgame islam-islamisme, qu’il réduit à une pure invention de Marine Le Pen. Il ne pose pas non plus le problème crucial, pour les populations autochtones, des flux migratoires massifs et dissolvants imposés de force par le capitalisme oligarchique transnational. C’est normal de la part d’un cacique du Front de Gauche, dont l’armature conceptuelle est profondément mondialiste et immigrationniste (comparez d’ailleurs « L’humain d’abord », slogan du Front de Gauche, avec « Les Français d’abord », slogan du Front national).

Reprenant la thématique de l’opium du peuple, il estime que le fanatisme islamiste est le fait de communautés « ravagées socialement » qui compensent leur déclassement par un retour à de « pseudo-traditions » (alors que nous autres, patriotes, voyons dans ces mêmes communautés, non pas des « ravagés socialement », mais, tout au contraire, une caste privilégiée de nouveaux seigneurs locaux, favorisés par l’oligarchie). Il est par ailleurs très pudique sur les critiques que Marx, d’origine juive, adresse à un certain judaïsme, via la célèbre Question juive de 1843. Les propos de Peña-Ruiz sur la laïcité semblent surtout s’amuser d’un certain misérabilisme chrétien, considéré comme systématiquement complice du capitalisme.

Peña-Ruiz est par ailleurs assez élogieux sur la Révolution Française en attribuant à Marx une admiration pour 1789 que le grand homme n’éprouvait sans doute que partiellement : la révolution bourgeoise, en bonne orthodoxie marxiste, chasse le féodalisme, mais n’est elle-même qu’une étape, un « moment » dirait Hegel, sur la longue route de l’émancipation prolétarienne. Le « logiciel » pro-Lumières et pro-1789 du Front de Gauche, éminemment maçonnique, y est pour beaucoup dans ce simplisme. Sinon, en matière de droit du travail, l’exposé de Peña-Ruiz atteste d’une très bonne connaissance des dossiers.

Bref : il ne faudrait pas grand-chose pour que certains marxistes quittent les fauteuils compassés de ce Front de Gauche maçonnique et professoral, et si peu ouvrier, et rejoignent le camp patriotique, où les gens du peuple, du vrai peuple, sont bien plus nombreux… Mais enfin, en attendant, on peut profiter des talents non négligeables de certains de leurs caciques, et la conférence de Peña-Ruiz vaut malgré tout la peine d’être écoutée. Un bon cours de philo !

Jacques Philarcheïn

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