Heureux comme un juif en France, d’Elie Barnavi

Publié le 29 octobre 2012 - par - 1 993 vues
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Sous ce  titre, qui interpelle,  Elie Barnavi (1) s’exprime dans le Marianne  809(2). Il revient sur l’arrivée des juifs dans notre pays, une très longue histoire qui, dit-il : «  remonte aux communautés établies dans la vallée du Rhin dans le sillage des légions romaines. Au moment de la révolution le royaume abrite 40.000 juifs. A ceux-là sont  venus s’ajouter, au cours de la seconde moitié du XIX siècle et dans l’entre deux guerre des immigrants d’Europe orientale, surtout de Pologne. Enfin, dans les années 60, on a vu arriver dans la foulée de la décolonisation une quatrième vague en provenance d’ Afrique du Nord, assez massive pour constituer aujourd’hui les quelques 600.000 à 700.000 personnes qui forment aujourd’hui la communauté juive de France ».

Il ne donne pas  dans l’angélisme rappelant l’affaire Dreyfus et  les foules hurlant : « mort aux juifs » mais souligne que si Disraeli dût se convertir pour devenir Premier Ministre de la Grande Bretagne , « Léon Blum est resté juif et s’est revendiqué comme tel ». Vichy et la Shoah furent impuissants à modifier en profondeur l’attachement des juifs français à leur pays la France. E Barnavi rappelle  que, dans la période Vichy et la Shoah, qu’il nomme « la parenthèse monstrueuse » face aux fonctionnaires zélés de la collaboration, il y eut des réseaux de solidarité qui permirent aux trois quarts des juifs de France d’échapper à la déportation, un record en pays occupé ». Fille de déporté (3) lire ceci   est un grand réconfort après l’affront qu’ont été pour moi, et sans doute pour bien d’autres,  les propos récents de  Caroline  Fourest sur le sujet. La shoah n’a pas été occultée elle a occupé une place importante dans notre mémoire collective. Il est de plus en plus difficile d’en parler en classe aujourd’hui, et nous devons nous insurger du retour du « mort aux juifs » qui renaissent au cours de certaines  manifestations dans les rues de Paris.

L’antisémitisme renaît donc et Monsieur Barnavi questionne : « Ce que Vichy n’a pas pu faire- aliéner les juifs de France de leur pays- , les petites frappes des banlieues sont-elles en train de le réussir ? » Il pose une analyse claire à partir de faits datés. En 2002 ( dix ans déjà) il fut reçu par Olivier Schrameck Directeur de Cabinet du Premier Ministre Lionel Jospin. « La seconde intifada battait son plein et l’U E J F (4) venait de publier un livre les Antifeujs qui recensait plus de 1.500 actes à caractère antisémite commis sur le territoire de la République. Cette conversation n’a été suivie d’aucun effet. Pas seulement contre la violence antijuive, contre la violence identitaire en général. Pour des raisons qui tiennent, au moins en grande partie, au code génétique de la gauche. Ses représentants au pouvoir se sont contentés de condamner les faits, tout en en comprenant les causes, mais sans en excuser pour autant les auteurs, dont il fallait tout de même se rappeler d’où ils viennent et, n’est-ce pas, ce qui les motive, et tout en appelant tout le monde au calme afin de ne pas jeter de l’huile  sur le feu du communautarisme. Bref on s’est empressé de ne rien faire. C’est à ce moment que s’est manifesté le grand malaise des juifs de France». De renoncement en renoncement on  a, dix ans plus tard,   l’affaire Merah et  celle de Sarcelles à quelques mois d’intervalle.

On retrouve là l’analyse qu’a faite Alain Finkielkraut. Depuis des années il a  souvent parlé de cette montée de la violence signalant que des propos et des actes condamnables dépassaient la seule communauté juive mais débordaient sur l’ensemble de la communauté Française : sale juif, sale blanc, sale français, souvent en verlan…. La bien pensance médiatique refusant à l’époque, et refusant encore aujourd’hui malgré les faits  de plus en plus graves, d’entendre ce philosophe clairvoyant. Le racisme anti -blanc n’existe pas, il n’est  que fantasme de gens, de droite bien sûr !….

Pourquoi cette situation se demande alors E Barnavi ?

Une nouvelle judéophobie est montée des banlieues des grandes villes nourries par un islamisme qui mêle aux vieux clichés antisémites la passion identitaire des laissés- pour- compte, la haine de l’Occident et le fantasme de la solidarité avec les Palestiniens. Il s’est passé que la France est malade d’une immigration arabo-musulmane mal intégrée, et qu’elle ne sait pas comment soigner son mal. Ecole à la dérive, armée professionnalisée, classe ouvrière passée à la trappe de l’histoire, Parti Communiste agonisant, tous les cadres de l’intégration à la française se sont effondrés.  Grande convergence donc avec l’analyse que nous faisons à Riposte Laïque depuis 5 ans. Qui a voulu nous entendre ? Elie Barnavi sera-t-il plus audible ? 

L’article se termine : « Plus personne de sérieux ne songe à nier que la résurgence d’un antisémitisme virulent en France est un fait. Cependant ce n’est pas le problème des seuls juifs français, c’est le problème de la République française. La République trouvera-t-elle la parade ? Cela dépend de beaucoup de chose, mais surtout de la manière dont elle saura mobiliser ses citoyens musulmans autour de ses valeurs. Sans eux, rien ne sera possible ». « Les petites frappes de banlieue », comme les appelle Monsieur Barnavi ne s’en prennent pas qu’à la communauté juive, et, oui, ils sont un problème pour l’ensemble de la République.

On en revient donc au problème de l’islam et de l’honnêteté des intellectuels musulmans face aux fondamentaux violents de leur religion (5).  Notamment à cette notion de jihad et de martyre. Le Coran commande d’aller combattre au nom d’Allah, si on meurt on devient un martyr mais pour cela c’est très bien d’avoir  tué des ennemis d’Allah ( ou supposés) avant, et si on en a tué beaucoup c’est encore mieux. D’où les opérations « kamikaze » sur tous les points du globe. J’ai en mémoire ce terrible reportage d’une maman palestinienne fière que son fils de 14 ans soit honoré comme « martyr » pour la cause palestinienne après s’être fait exploser au milieu des juifs en Israël, et déclarant : je ferai d’autres enfants qui seront d’autres martyrs ». Cette notion de martyre n’a rien à voir avec la notion chrétienne du martyre genre Blandine qui s’offre aux lions ou Sébastien qui meurt sous les flèches… Et là est toute la différence entre nos  deux mondes. (6)

Chantal Crabère 

(1)Elie Barnavi  fut ambassadeur d’Israël en France de 2002 à 2002 il est membre du mouvement La paix maintenant.

(2) Ce numéro de Marianne consacre plusieurs articles intéressants de: Frédéric  Ploquin :Ces nouveaux antisémites que l’on ne veut pas voir/Joseph Macé Scaron: Les juifs de France sont-ils en danger?/Vladimir De Gmeline : Sarcelles. Peurs et rumeurs/Malik AÏt -Aoudia Tunisie. Qui protège les camps jihadistes?

(3)Résistant mon père fût arrêté par la gestapo en 43 il revint en octobre 45 il  séjourna à Mauthausen et Buchenwald…Comme bien d’autres il avait choisi  son camp. Je n’y suis pour rien c’est son histoire à lui mais… non tout le monde ne fût pas pétainiste.

(4)L’Union des Etudiants Juifs de France

(5)Intellectuels musulmans pourquoi ne dites vous pas la vérité sur l 

(6)Dans un  courrier j’avais essayé, entre autres choses,  de sensibiliser S Royal, M Aubry et F Hollande à cette notion de martyre dans l’islam  et du danger qu’elle pouvait présenter pour notre société…. La réponse : ne pas stigmatiser une communauté  !

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