Hommage à Dominique Venner, un samouraï d’Occident

Publié le 13 mai 2019 - par - 14 commentaires - 1 036 vues
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« Nous devons être intellectuels et violents » (Charles Maurras)

Je voudrais aujourd’hui rendre hommage à un homme qui a marqué ma vie.
Il n’était pas de mes amis. Nous ne nous sommes vus qu’une fois, à Paris, à l’occasion d’une dédicace d’un de ses livres. Nous n’avons eu que deux ou trois échanges épistolaires, pas plus.

Il s’appelait Dominique Venner.
Il s’est tiré une balle dans la tête, le 21 mai 2013, en la cathédrale Notre- Dame de Paris.
Qui était Venner, finalement peu connu du grand public jusqu’à son suicide ?
Essayiste, Venner était l’auteur de plusieurs livres d’histoire sur la période allant de 1914 à 1945, notamment sur la révolution russe, les corps-francs de la Baltique, la collaboration et la résistance en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais il était également un spécialiste, mondialement reconnu, des armes à feu sur lesquelles il a écrit des ouvrages qui font référence.

Chez Venner, j’ai d’abord découvert l’expert en armement avant de m’intéresser à son parcours politique et intellectuel. Pourtant « quel roman que (sa) vie ! » comme aurait dit Napoléon.
Il est le fils de Charles Venner, architecte, membre du Parti populaire français de Jacques Doriot. Dominique Venner étudie au collège Bossuet à Paris, à l’Oakland’s College, puis à l’Ecole supérieure des Arts modernes. C’est durant cette scolarité pseudo -« artistique » qu’il abandonne la foi chrétienne et rejette définitivement le catholicisme.

À 17 ans, épris d’aventure, « pour fuir l’ennui de la famille et du lycée », il s’engage à l’école militaire de Rouffach. Une école militaire créée par « le Roy Jean » de Lattre de Tassigny, à la Libération. Volontaire pour aller se battre en Algérie, il est sous-officier dans un bataillon de chasseurs et combat le FLN dans les montagnes proches de la frontière tunisienne jusqu’en octobre 1956. Cette guerre, qui lui vaudra, entre autres, la Croix du combattant, a énormément compté dans ses engagements futurs. À son retour en Métropole, pour lutter contre le soutien du Parti communiste au FLN, il s’engage en politique.

Il entre au mouvement « Jeune Nation », et prend part, à la suite de l’insurrection de Budapest, à la mise à sac du siège du PCF, le 7 novembre 1956.
En 1958, il participe avec Pierre Sidos à la fondation de l’éphémère « Parti Nationaliste », et adhère également au « Mouvement populaire du 13 Mai » du général Chassin. Après le putsch des généraux, d’avril 1961, il bascule dans l’OAS-Métro ce qui lui vaudra 18 mois d’isolement à la prison de la Santé. Libéré à l’automne 1962, il écrit un manifeste intitulé « Pour une critique positive » — souvent comparé depuis au « Que faire ? » de Lénine et longtemps considéré comme un texte fondateur par toute une fraction de la droite nationaliste —, dans lequel, prenant acte de l’échec du putsch d’avril 1961 et du fossé existant entre « nationaux » et « nationalistes », il préconise la création d’une Organisation nationaliste révolutionnaire, « destinée au combat… une, monolithique et hiérarchisée, formée par le groupement de tous les militants acquis au nationalisme, dévoués et disciplinés ». Ayant étudié Marx et Lénine, il analyse le communisme, qu’il combat depuis toujours, non seulement comme un programme politique, mais aussi comme une organisation efficace que les militants nationalistes doivent imiter en se structurant intellectuellement. Il s’inspire également des luttes anticolonialistes et développe l’idée que les mouvements nationalistes européens doivent adopter la rhétorique des mouvements d’indépendance nationale.

Très critique envers le christianisme – c’est là, et uniquement là, que nos vues divergent – Venner prône une réhabilitation des traditions païennes et des identités, une défense des cultures face au melting-pot, et une valorisation élitiste de la force et de l’héroïsme.
En janvier 1963, ce leader naturel, fonde, puis dirige, le journal et le mouvement « Europe-Action » — ainsi que les Éditions Saint-Just, au service du mouvement — qui rassemble, autour de convictions nationalistes et européistes, des membres de la « Fédération des étudiants nationalistes », des rescapés de l’OAS-Métro, et d’anciens intellectuels collaborationnistes.

En 1968, il contribue — sous le pseudonyme de Julien Lebel — à la fondation du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE), avant de créer avec Thierry Maulnier, la même année, l’Institut d’études occidentales. Il lui adjoint, en 1970, la revue « Cité-Liberté » : « entreprise à la fois parallèle, concurrente et ouverte vis-à-vis du GRECE», rassemblant de nombreux intellectuels (Robert Aron, Pierre Debray-Ritzen, Thomas Molnar, Jules Monnerot, Jules Romains, Louis Rougier, Raymond Ruyer, Paul Sérant, etc.) autour de l’anticommunisme, la lutte contre « la subversion mentale » et pour « les valeurs occidentales».

Après plusieurs colloques et sept numéros de « Cité-Liberté », l’institut se saborde en 1971.
La période de militantisme politique de Dominique Venner prend fin à cette époque, et c’est bien dommage car il incarnait un nationalisme fort, moralement et intellectuellement.
Personnellement, j’ai découvert le militant en 1971, quand… il avait cessé de militer.

En 1971, il embrasse alors une carrière d’écrivain et d’historien. Son travail sur la résistance et la collaboration est remarquable car il a le mérite de remettre les pendules à l’heure. Son « Histoire de l’armée rouge » a obtenu un prix de l’Académie française en 1981. En 1995, c’est son ami François de Grossouvre (ancien résistant, spécialiste des services secrets, ami et conseiller de François Mitterrand), qui lui suggère d’écrire ce qui sera, à mon humble avis, son meilleur livre: « Histoire critique de la Résistance ». Ce livre insiste sur la forte présence d’éléments issus de la droite nationaliste au sein de la Résistance et dévoile l’importance du rôle de la « Résistance maréchaliste ». Après avoir fondé la revue « Enquête sur l’histoire », il crée en 2002, le bimestriel « La Nouvelle Revue d’Histoire » dans lequel écrivent des plumes remarquables comme Bernard Lugan, Jean Tulard, Aymeric Chauprade, Alain Decaux, ou Jacqueline de Romilly. Il anime également le « Libre journal des historiens » sur « Radio Courtoisie ».

Une mort de Samouraï : Dominique Venner a voulu théâtraliser sa fin de vie. Son ouvrage testamentaire s’intitule « Un samouraï d’Occident ». La couverture est illustrée par une estampe de Dürer : « Le Chevalier, la Mort et le Diable ».
Le 21 mai 2013, vers 16 heures, Dominique Venner se donne la mort par arme à feu — il a choisi un vieux pistolet belge à un coup — devant l’autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris, qui devra être évacuée. Il aurait laissé une lettre à destination des enquêteurs.

Certains ont aussitôt parlé du « geste d’un déséquilibré ». Il n’en est rien : dans une lettre envoyée à ses amis de « Radio Courtoisie » et à Robert Ménard, qui la publiera dans « Boulevard Voltaire », il explique « croire nécessaire… devant des périls immenses pour sa patrie française et européenne…de se sacrifier pour rompre la léthargie qui nous accable ». Il déclare « offrir ce qui lui reste de vie dans une intention de protestation et de fondation ».
Concernant le lieu – bien mal choisi – de son suicide, il indique « choisir un lieu hautement symbolique, la cathédrale Notre-Dame de Paris qu’il respecte et admire, elle qui fut édifiée par le génie de ses aïeux…» Dans un texte publié quelques heures auparavant sur son blog, il avait appelé à des actions « spectaculaires et symboliques pour ébranler les somnolences », expliquant que « nous entrons dans un temps où les paroles doivent être authentifiées par des actes ». Il y écrit que les manifestants contre le mariage homosexuel ne peuvent ignorer « la réalité de l’immigration afro-maghrébine… » Le péril  étant selon lui « le  grand remplacement de la population de la France et de l’Europe ». Dès l’annonce de son suicide, plusieurs personnalités lui ont rendu hommage.

Marine Le Pen écrit sur Twitter : « Tout notre respect à Dominique Venner dont le dernier geste, éminemment politique, aura été de tenter de réveiller le peuple de France ». Bruno Gollnisch parle d’un « intellectuel extrêmement brillant » qui s’est donné la mort pour exprimer « une protestation contre la décadence de notre société ». En dehors de sa famille politique, quelques personnalités saluent son caractère. Benoît Rayski écrit : « Aucune des idées de Dominique Venner n’était mienne. Mais l’homme peut parfois échapper par son courage et sa noblesse à la gangue idéologique qui lui tient lieu d’armure ». Un hommage public lui est rendu le 31 mai 2013 à Paris.
Je n’y étais pas, hélas, car je partais pour un long voyage. Je me suis contenté d’envoyer sa dernière lettre, par mail, à mes amis. Dans ma mouvance idéologique – la droite catholique traditionaliste – on a fortement critiqué son geste.

L’Eglise condamne le suicide, et puis, un sacrilège à Notre-Dame de Paris, c’était assurément impardonnable. Personnellement, sans doute parce que j’ai admiré l’homme, je ne condamne pas cette mort de Samouraï : Dominique Venner a choisi le jour de sa sortie après une vie de rectitude morale et de combat. Alors, dispensons-nous de commentaires contre quelqu’un qui a si bien défendu, par les armes puis par les écrits, la France éternelle!
Monsieur Venner, j’espère que, malgré votre geste, le Seigneur vous recevra au paradis des justes. Vous étiez athée (ou agnostique ?). Tant pis, depuis ce jour de mai 2013, il m’arrive souvent de penser à vous et même, parfois, de prier pour vous. Vous avez rejoint le Panthéon des gens qui me sont chers. Je vous dois bien ça !

Éric de Verdelhan

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Notifiez de
le Franc

Je ne le connais pas, mais il semble qu’il ait hautement allié parole dite avec complémentarité du comportement en tant que Voie unique afin d’atteindre la perfection, 1/-en faveur des autres de son temps, 2/-et pour lui-même dans la longue marche interminable devant mener à la compréhension de la totalité. (je crois au karma, à des millions de vies avant, des millions de vies après.)

POLYEUCTE

Lors de l’incendie, j’ai aussitôt pensé à lui.
A son testament publié, et gardé.
Le suicide n’est-t-il pas une sortie glorieuse aux Ames fortes ?
N’est pas Venner ou Gary qui veut…

CHARLES MARTEL

un Grand Homme vraiment ….Des hommes que la France soumise à son avilissement n’en fera plus …une France de métèques , de faux marquis , de larbins , de gredins , de manants et d’encanaillements en tous genres . une France de Mensonges gros comme la panse du régime totalitaire qu’elle laisse prospérer sur ses terres ne mérite pas des hommes d’Elite comme Dominique Venner et des temples comme Notre-Dame de Paris …Il des lieux où souffle l’Esprit et il est des hommes qui tirent l’Âme de sa léthargie

nathalie

Notre chère Notre-Dame, notre « Sainte de Pierre », a aujourd’hui signifié dans un auto-embrasement sa fatigue d’une protestation qui ne trouvait pas suffisamment d’échos, c’est l’idée présentée dans un texte magnifique de Ulysse invictus : « (…) vient un temps où une objection rendue inefficiente ne peut plus s’affirmer qu’en renonçant à se dire, un temps où elle ne peut plus agir qu’en cessant d’être prononcée, seulement suggérée alors, dans l’absence où elle brille (…) Notre-Dame, l’inflexible, disait NON à tout (…) mais d’avoir été rendue parfaitement inaudible, d’avoir été jour après jour Bergogliosifiée, cette objection au monde aura eu fini par… lire la suite

gaulois réfractaire

Les gestes de Mishima et de Venner marqueront ils notre époque baignée dans la démesure du consumérisme, de l’hédonisme et du scientisme ?
« Révolte contre le monde moderne! »

Jonathan

C’est fort douteux, connaissant les mougeons.

STUREL

Vivre selon notre tradition, c’est se conformer à l’idéal qu’elle incarne, cultiver l’excellence par rapport à sa nature, retrouver ses racines, transmettre l’héritage, être solidaire des siens.

(fr) Histoire et tradition des Européens : 30 000 ans d’identité, Dominique Venner, éd. Éditions du Rocher, 2004

Barbiturix

Magnifique hommage à un français d’exception.

gélase

Un homme cultivé de convictions profondes qui s’est donné la mort au crépuscule d’une civilisation moribonde …

Zorro

Le portrait de ce type est charmant: extreme droite, fan de Doriot, OAS, …un vrai plaisir ! Ou plutôt un cauchemar.

Jordi

C’est vrai que pour vous le rêve c’est certainement Boudarel !

Fiberle

Zorro, tu serais plus à ta place dans le rôle de Bernardo ! Muet, tu nous exonèrerais d’avoir à lire de telles conneries.

Vera

Non, un résistant, un vrai, sur le temps court, et sur le temps court! En avez-vous fait autant dans votre petite vie?

Jonathan

Ne vous fatiguez pas, monsieur le troll : vous êtes juste risible !