Hommage au Résistant Joseph Scipilliti, ami trop tôt disparu

cyrano
Tu es parti, sans rien nous dire, sans nous prévenir, Joseph. Juste ces quelques mots, que tu m’as écrits à 7 h 34 jeudi matin, à propos de ton testament, ton « J’accuse » :

Je souhaite une diffusion la plus large possible. Aujourd’hui vont se produire des évènements graves qui vont lui donner toute sa portée, je regrette de ne pouvoir t’en dire plus à l’instant.

Je vous embrasse,

Joseph

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Peu après tombait la terrible nouvelle. Tu t’étais donné la mort après avoir tiré sur le bâtonnier de Melun, celui dont tu dis dans ton testament qu’il  » incarnait le système » :

« Ce journal faillit s’appeler « inachevé », plutôt que « indélicat ». Il est en effet constitué de notes prises pendant mon exercice professionnel à partir de la fin de l’année 1991, et dont j’ai sans cesse différé la mise en forme. Mon but était d’en faire un livre quand le moment serait venu, c’est-à-dire quand je quitterais la profession, volontairement ou contraint. Bien sûr j’aurais dû l’édulcorer car les éditeurs auraient reculé devant son contenu iconoclaste.

A partir de 2014 il devint clair que ce moment approchait. Je dérangeais trop d’intérêts depuis trop longtemps et l’heure était venue pour le système de sonner l’hallali. Le système s’est incarné en l’occurrence par le nouveau bâtonnier H. V., qui dès avant sa prise de fonction pour les années 2014-2015 avait fait connaître son intention d’en finir avec moi. « 

Le système…

Tu n’avais rien d’un complotiste, Joseph, rien d’un illuminé. Les pieds dans la boue chaque jour parce que, avocat, tu savais mieux que personne ce que recèle l’âme humaine, ses côtés obscurs comme ses côtés lumineux. Les yeux au ciel chaque jour parce que, amoureux de la France à en mourir tu la voyais se déliter peu à peu, ses institutions partir à la dérive, la justice se politiser et oublier l’indépendance des pouvoirs chère à Montesquieu, sans parler de notre combat commun contre l’islamisation de notre pays.

Comme tu as dû te sentir seul, ce matin, Joseph, quand tu as quitté ta maison en sachant que tu marchais vers la mort, le désespoir au cœur. Oui, le désespoir au cœur non pas de quitter la vie, tu étais de ceux qui ne se plaignent pas, qui assument leurs actes, mais de te sentir obligé de tirer sur un homme afin que justice te soit rendue.
Je ne peux pas imaginer quelle descente aux Enfers fut la tienne, ami, si amoureux de nos institutions, de la France, de la justice… de devoir reconnaître, affaire après affaire, déception après déception, persécution après persécution que la justice de notre pays ne rendait plus la justice, que des magistrats naguère respectés et respectables jouaient au Mur des cons, jouaient à faire gagner des candidats aux élections, tuaient socialement et professionnellement ceux qui ne pensaient pas bien… Quand as-tu décidé de rendre toi-même la justice, ô ami légaliste ? Quand as-tu compris que le système te broyait, nous broyait et qu’il n’y avait plus, pour toi, qu’à faire payer au bâtonnier ce qu’il t’avait fait subir ?
Joseph, tu faisais partie des premiers adhérents de Résistance républicaine, fondée en juin 2010. Le même mois tu m’envoyais ta cotisation avec un mot me proposant ton aide. Tu es vite devenu indispensable, très présent dans la vie de Résistance républicaine et la mienne, dans celle de Riposte laïque et de son fondateur Pierre Cassen. Avocat brillant subjuguant son auditoire à chaque fois que tu nous as défendus, Pierre, Pascal Hilout et moi ; conseil avisé et efficace au quotidien pour nos articles, les menaces et diffamations dont nous faisions l’objet…
Et ami chaleureux, aimant plaisanter et rire, toujours prêt à partager les moments de convivialité, les fêtes.
Jusqu’au bout.

Les journalistes disent que tu aurais eu d’énormes soucis d’argent ajoutés aux soucis professionnels dont tu fais état dans ton livre (ils voulaient te radier du barreau de Melun, toi, avocat irréprochable n’ayant jamais magouillé, jamais aidé un délinquant à s’enfuir…). Tu ne nous as jamais parlé de tout cela, en authentique stoïcien qui reste au-dessus de la mêlée, tu ne t’es jamais plaint. Craignais-tu que nous ne prenions ta défense dans des articles et que cela ne nous attire des ennuis ? Estimais-tu que c’était ta vie et qu’elle n’intéressait et ne regardait personne ?

Je ne sais, ami Joseph, je ne sais plus, je suis perdue, une de mes boussoles a disparu…

Je sais seulement que tu avais des clients, du travail… Une hypothèse me traverse la tête. Et si tu avais simplement refusé de payer la cotisation à un Ordre des avocats incapable d’être à la hauteur, qui, selon toi, te trahissait ? Et si tu avais simplement refusé de payer Urssaf, RSI, TVA etc, parce qu’ils t’avaient, depuis des années, étranglé, dépossédé, volé, comme tu le racontes dans ton ouvrage ?

Joseph, j’ai la rage et le désespoir au cœur.

Comment nos gouvernants et le « système » qu’ils ont mis en place ont-ils pu conduire un fils d’immigrés italiens qui adorait la France, ses valeurs, sa culture (ah ! nos échanges sur la littérature française, Joseph…) et ses lois à prendre une arme, à tirer sur son ennemi et à disparaître pour toujours ?

Ta mort, Joseph, deux ans après celle de Dominique Venner, avec qui tu avais pourtant peu d’affinités politiques, est un nouveau signal envoyé aux Résistants, aux patriotes, à ceux qui savent, hélas, l’état de déliquescence de notre civilisation, l’abandon des « élites » qui nous gouvernent. Mais c’est surtout un coup de tonnerre dans le ciel serein des autruches, de ceux qui ne voient pas, qui ne veulent pas voir à quel point nous sommes en danger, à quel point nos enfants sont en danger, à quel point notre civilisation est en danger.
Vont-ils prendre conscience du volcan sur lequel ils sont en train de danser quand ils liront ton testament, Joseph ?
Vont-ils prendre le taureau par les cornes afin que tu ne sois pas mort pour rien ?
Je l’espère, parce que ces citations que tu as mises en exergue de ton livre disent tout de toi, de tes valeurs (qui devraient être celles de tout Français qui se respecte) et des raisons pour lesquelles tu nous as quittés, nous laissant orphelins. Douloureusement orphelins.
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Nous ne t’oublierons pas, ami, et nous continuerons ta lutte, chaque jour, en résistant à l’oppression, à la dictature, à l’islam.
Tu es notre nouveau Cyrano.

… « Mais je m’en vais, pardon, je ne peux faire attendre
Vous voyez, le rayon de lune vient me prendre ! »
« Elle vient. Je me sens déjà botté de marbre,
— Ganté de plomb !
(Il se raidit.)
« Oh ! mais !… puisqu’elle est en chemin,
Je l’attendrai debout,
(Il tire l’épée.)
et l’épée à la main ! »
Que dites-vous ?… C’est inutile ?… Je le sais !
Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès !
Non ! non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile !
— Qu’est-ce que c’est que tous ceux-là ! – Vous êtes mille ?
Ah ! je vous reconnais, tous mes vieux ennemis !
Le Mensonge ?
(Il frappe de son épée le vide.)
Tiens, tiens ! -Ha ! ha ! les Compromis,
Les Préjugés, les Lâchetés !…
(Il frappe.)
Que je pactise ?
Jamais, jamais ! -Ah ! te voilà, toi, la Sottise !
— Je sais bien qu’à la fin vous me mettrez à bas ;
N’importe : je me bats ! je me bats ! je me bats !
(Il fait des moulinets immenses et s’arrête haletant.)
Oui, vous m’arrachez tout, le laurier et la rose !
Arrachez ! Il y a malgré vous quelque chose
Que j’emporte, et ce soir, quand j’entrerai chez Dieu,
Mon salut balaiera largement le seuil bleu,
Quelque chose que sans un pli, sans une tache,
J’emporte malgré vous,
(Il s’élance l’épée haute.)
et c’est…
(L’épée s’échappe de ses mains, il chancelle, tombe dans les bras de LeBret et de Ragueneau.)
Roxane, se penchant sur lui et lui baisant le front.
C’est ?…
Cyrano, rouvre les yeux, la reconnaît et dit en souriant.
Mon panache.
Rideau.

Christine Tasin

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