Hommage aux soldats français tués en Afghanistan : l’indécente attitude de Benguigui et Placé

14 Juin 2012. La République honore ses morts d’Afghanistan dans une église, après les avoir décorés à titre posthume dans la cour des Invalides. Le coeur français saigne, veillé par son corps tout entier. Gauche et Droite, anciens du pouvoir et leurs successeurs aujourd’hui aux affaires, soldats et officiers dans la même compassion, le même recueillement.

Dans cette foule silencieuse sur laquelle passe le vent triste de l’irrémédiable, des gougnafiers venus sans doute là par hasard, ou pensant qu’il s’agissait d’un cocktail mondain, se livrent à leurs manies ordinaires : Madame Benguigui, en charge de notre bien le plus précieux, la langue française, mastique une gomme américaine en se demandant, je suppose, quand ces simagrées chronophages vont prendre fin. Il ne manque à ses lèvres que la bulle éclatant avec son petit bruit sec de détonation lointaine.

À portée de sa rumination agacée, Monsieur Placé, président du groupe Les Vert au Sénat, tripote son téléphone portable comme d’autres leur entre-jambe quand l’ennui les accable. Il ne manque là que la joyeuse sonnerie annonçant le touit de l’Euro-millions ou du match de foot.

Mais qui sont donc ces gens? De quelle planète débarrassée des sentiments humains débarquent-ils? Quels parents occupés ailleurs les ont-ils abandonnés ainsi, omettant au passage de leur offrir le minimum d’éducation suffisant pour les socialiser? Comment peuvent-ils, de cette désolante manière, confondre le sacré du peuple et de la nation pleurant leurs fils avec la satisfaction des irrépressibles besoins que sont la mastication d’un chewing-gum et la dactylologie de l’éphémère sur un clavier miniaturisé?

D’où notre nouveau Président sort-il ces pitres? Comment compte-t-il leur faire comprendre qu’il est des circonstances où l’autre existe davantage dès lors que la vie lui a été confisquée par le plomb de la guerre? Par quel miracle ces satrapes censés nous donner la leçon de civisme vont-ils s’extraire d’une aussi affligeante médiocrité?

Ils vont parait-il nous gouverner, nous donner des ordres, « redresser » le roseau français rituellement courbé par le pouvoir précédent. Ah, le « redressement » du pays! Quelle besogne! Madame Benguigui va nous coller sa gomme dans le dos et l’accrocher à une cimaise, Monsieur Placé nous touitera ses injonctions aux heures de tarif réduit, avec de pareils bergers, le troupeau dont je suis pourra rentrer au refuge sans craindre l’orage. Quelle pitié!

Il est bien dommage qu’un de ces pauvres militaires foudroyés ne soit pas sorti de son cercueil pour se planter devant eux et leur intimer l’ordre de quitter sans délai un lieu où de toute évidence, ils n’avaient rien à faire sinon déshonorer leur collège. C’était aux vivants de le faire mais, signe des temps, aucun de ceux-là n’a eu le cran de se lever pour faire le ménage.

En sortant, Madame Benguigui aura collé son caoutchouc mentholé sous le rebord du banc de devant. Monsieur Placé aura remis son portable en mode sonnerie normal. Le temps d’une messe, ils auront communié dans le mépris qui naît au creux des âmes impatientes, quand la communauté silencieuse des gens unis par le chagrin empiète sur la précieuse ordonnance de leurs insolentes désinvoltures.

Alain Dubos

 

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