Houria Bouteldja : haro sur les prolétaires blancs

A la lecture de son discours à l’Université de La Trobe en Australie, le 17 septembre dernier (cf ci-dessous), le programme d’Houria Bouteldja  est de plus en plus clair : la guerre raciale contre les prolétaires Blancs, l’assaut contre ce qu’elle prétend être leur « privilège racial ».

Pour comprendre la dimension raciste de ce discours,  il faut comprendre ce qu’est le racisme, ou plutôt s’entendre sur sa définition. Précisons que la définition que j’en donne ici est morale et non juridique, puisque la loi ne définit pas le racisme, bien que certains disent faussement qu’il serait un crime, la loi française ne réprime que « la provocation à la discrimination ou à la haine en raison de l’appartenance, etc. »

Le racisme est l’idéologie qui affirme que la race humaine supérieure a le droit  de dominer les autres jusqu’à les exterminer, et que les hommes de race supérieure doivent sélectionner choisir leur épouse et enfants en vue d’améliorer la race.

La personne humaine n’a pas de valeur en elle-même, le mariage n’est pas l’amour, les êtres humains sont au service d’une idole : la race, la race parfaite.

Le métissagisme  actuel est donc une forme de racisme, définissant la race supérieure comme la race devant être constituée par le croisement des races humaines actuelles et ayant le droit de dominer puis faire disparaitre les autres. Toute opposition à cette expansion étant punie, sous l’incrimination mensongère de « racisme » ou d’ « identatitarisme ».

Le racisme est l’idéologie qui nie que « les hommes naissent libres et égaux en droit », « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit » a écrit René Cassin en 1948, car comme l’ont fait préciser les Chinois  en 1948 : « Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.» (http://www.canalacademie.com/ida3817-La-Declaration-universelle-des-droits-de-l-homme-1948-2008.html)

Le racisme est l’idéologie qui nie la représentation morale de la Génèse, selon laquelle les humains descendent tous d’Adam,  d’un homme unique  « afin » disent les rabbins « qu’aucun ne puisse dire qu’il est d’une extraction supérieure à un autre ». Le judaisme est donc la première des formulations de l’anti-racisme, contrairement à ce que prétendent ceux qui l’accusent de racisme : le peuple juif n’a été qualifié selon la bible que de peuple de « prêtres », et un prêtre n’est pas supérieur aux autres humains, il est seulement à leur service.

Les politiciens louant aujourd’hui le « métissage » parlent d’êtres humains avec exactement le même discours que les éleveurs de clebs qui travaillent à la naissance d’animaux de race améliorée par croisement et sélection…

Beaucoup, y compris des juges, confondent racisme et fait de dire ou de croire qu’il existe des races humaines, ou fait de dire que les races humaines n’auraient pas toutes les mêmes particularités. C’est absurde.  Ceux qui invoquent la science à l’appui de l’antiracisme confondent science et morale, faits et valeurs.

En biologie, les espèces sont les groupes d’êtres pouvant se reproduire entre eux, et les races sont des groupes d’êtres qui ont des caractéristiques génétiques communes en raison de leur généalogie, parce qu’ils se sont reproduits entre eux sur plusieurs générations. L’animal agit pour la perpétuation de ses gènes et sa race : voilà ce qu’enseigne la biologie. Est-ce bien ou mal ? La science n’en sait rien : c’est une question morale.

Du point de vue biologique, nous ne sommes guère différents des clébards : l’espèce humaine n’est ni plus ni moins divisés en races que l’espèce féline ou chevaline, et peut-être même la Genèse n’est-elle qu’une fiction morale, peut-être « les hommes », sont-ils issus d’espèces animale différentes. Peut-être que, comme chez les canidés, il existe des qualités non seulement physiques mais psychiques, différentes selon les races. Que conclure de ces données observables ou qui pourraient l’être par la science ? La science n’en sait rien : c’est une question morale.

Les croyants pensent résoudre les questions morales selon Dieu, les athés/agnostiques doivent les résoudre seuls, face au néant. Tous n’ont que leur raison et leur conscience pour décider.

Les Chinois en 1948 ont sagement rappelé le fondement de l’égalité en droit et en dignité des humains, comme étant le fait que les êtres humains sont doués de conscience. A la différence des animaux, les êtres humains n’ont pas seulement une raison leur permettant de résoudre des problèmes, et une conscience des réalités et de leur propre individualité, ils ont, seuls, une conscience morale, la faculté de s’interroger sur la valeur morale de leurs actes et le langage servant à cette réflexion et au dialogue sur ces questions-là. Seul l’être humain s’interroge sur le racisme et sur sa propre animalité. Sur l’existence ou non d’un « devoir d’agir avec fraternité » ou pas. Voilà pourquoi l’ « anti-spécisme » est une absurdité. Les animaux peuvent être scientifiques, ils observent, raisonnent, comprennent des lois de fonctionnement de la réalité, prévoient, ils ont aussi une affectivité et des règles sociales. Mais ils ne peuvent pas, faute de langage abstrait, être moralistes, ils ne se posent aucune question morale.

Ce rappel montre l’inanité du « scientisme » de certains discours présentés comme « anti-racistes ».

Quand bien même la science nous montrerait l’égalité est impossible, que les races d’hommes sont issus de races animales différentes, que le niveau de certaines races par rapport à des critères de mesure objectifs est supérieur à celui d’autres races, rien ne nous permettrait de savoir quelle loi, quelle norme de comportement nous devons en déduire, et être anti-raciste c’est décider, c’est choisir, que la loi sera que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit, quelle que soit leur origine, quelles que soient leurs qualités ou leurs manques. (L’égalité ne signifie pas absence de distinction, absence de « discrimination » non abusive, elle signifie égalité « toutes choses égales par ailleurs », et distinction en fonction des situations régis par chaque texte de loi.)

Le discours d’Houria Bouteldja est une justification du racisme des « basanés » envers les « blancs », car ce qu’elle prône aboutirait à la suprématie des premiers et à l’écrasement des seconds :  elle explique que même les prolétaires blancs bénéficient de privilèges, elle les somme de les abandonner, sous peine d’être accusés de racisme et de colonialisme, et, (si l’on rapproche ce discours de sa précédente interview à Nouvelles Questions féministes), sous peine de ne pas pouvoir « sauver leur peau », or ces « privilèges » ne sont que des droits élémentaires :

« la France d’en haut existe, elle est riche et blanche. La France d’en bas, existe, elle est pauvre et de plus en plus pauvre (classes moyennes et prolétaires). La France d’en dessous de la France d’en bas que Raffarin n’évoque pas est pauvre, basanée et illégitime. C’est cette France-là qui s’est exprimée en novembre 2005 par ce qu’on a appelé les émeutes urbaines et qui ont duré 14 jours. »

« les Blancs qui bénéficient du privilège racial objectivement, qu’ils soient racistes ou pas. Les Indigènes qui subissent le préjudice racial qu’ils soient blancs de peau ou noirs, qu’ils soient riches ou pauvres. ..Dans les classes populaires, les prolétaires blancs se battent pour préserver leur capital racial et maintenir la distance entre eux et les Indigènes. Entre ces deux fractions du peuple, il y a conflit d’intérêts. Quant au pouvoir, il s’active pour renforcer ce privilège comme par exemple avec le débat sur l’identité nationale ou la Burqa. Ainsi, le racisme fait apparaître un autre clivage qui traverse le traditionnel clivage gauche /droite et qui est le clivage racial. Pour éviter toute forme de paternalisme, nous invitons les Blancs qui partagent notre combat non pas à nous montrer la voie mais à décoloniser leurs propres organisations, partis, syndicats, associations »

C’est quoi le « privilège racial » quand on est prolétaire ?

Qu’est ce que cela peut-être sinon le fait de ne pas être dépouillé, humilié,  «  payer la taxe islamique en étant abaissé/humilié »,  être éliminé des postes de responsabilité puisque « l’islam domine n’est pas dominé », et privé jusque de ses droits immatériels : droit de vivre en sécurité dans son pays, d’exprimer ses gouts culturels et esthétiques, de choisir ses amis et relations, de prier dans ses églises historiques  sans être lapidé et insulté, de « dire trois » autant qu’on le désire ?

Pour Houria Bouteldja, en effet, l’Etat « s’active pour renforcer ce privilège » quand il permet « le débat sur l’identité nationale  ou la Burqa » et les Blancs doivent décoloniser leurs organisations. Que comprendre sinon ceci  : les « blancs » qu’il faut « éduquer » ( cf sa déclaration à la télévision sur les sous chiens/souchiens), ils doivent céder leurs places, ne pas se permettre de « montrer la voie », et ils ne doivent pas s’exprimer sur ce qui les concerne eux-mêmes,  leur identité, sur leur nation, ni ce qui touche à l’islam, sur rien donc, sous peine de risquer leur vie au cours des prochaines émeutes.

L’islam domine et n’est pas dominé :

Voilà donc ce que peut signifier « décoloniser » :

Les hadiths recommandent :  « L’islam domine et n’est pas dominé « « Ne soyez pas les premiers à saluer les juifs ou les chrétiens. Si vous croisez l’un d’eux, acculez-le à la partie la plus étroite du chemin. »

Une Fatwa prononcée en Arabie Saoudite en 1993 en déduit : «  L’autorité d’un non-musulman sur  un musulman n’est pas permise selon la parole d’Allah, sourate 4-V 141 . Dieu tout puissant a conféré aux musulmans le plus haut rang et l’autorité, sourate 63-8 » «  Que ce soit dans le secteur privé ou public, un infidèle ne peut, dans la mesure du possible, être supérieur à un musulman, parce qu’une telle situation impliquerait l’humiliation du musulman »

Vivre en sécurité :

Houria Bouteldja annonçait, sans son interview aux « Nouvelles questions féministes » (février 2006),  aux « Blancs » qu’ils n’ont plus ce droit pour très longtemps : «Demain, la société toute entière devra assumer pleinement le racisme anti-Blanc. …N’importe quel Blanc, le plus antiraciste des antiracistes, le moins paternaliste des paternalistes, le plus sympa des sympas, devra subir comme les autres. Parce que, lorsqu’il n’y a plus de politique, il n’y a plus de détail, il n’y a plus que la haine … si vous voulez sauver vos peaux, c’est maintenant. …demain, il n’est pas dit que la génération qui suit acceptera la présence des Blancs ». http://elisseievna.blogspot.com/2010/04/houria-bouteldja-interviewee-par.html

Ne pas être abaissé, humilié, sodomisé :

Houria Bouteldja, qui se présente comme féministe, refuse ce droit au Français, elle signe un livre intitulé « Nique la France » dont la couverture la montre faisant un doigt d’honneur, signe machiste par excellence … (Saïd Bouamama, Nique la France,éditions ZEP : cf sur ce livre : https://ripostelaique.com/J-ai-achete-et-lu-Nique-la-France.html  )

Dire ce que l’on aime : premier droit immatériel. Dire que l’on aime voir des visages de Français « de vieille souche », descendants de français depuis des générations et des siècles, dire que l’on aime vivre dans des paysages, des arts, issus du génie culturel séculaire français, dire que l’on veut transmettre l’art de créer ces formes et ces vies. Dire cela est aujourd’hui présenté comme une revendication raciste,  comme défense d’un « privilège racial », alors que ce qui est exterminationiste, ethnocidaire et génocidaire c’est de vouloir étouffer ce désir et ceux et celles qui le perpétuent. J’avais critiqué l’identitarisme nationaliste dans sa version paroxismique, pour son danger de dérive paranoïaque, c’est-à-dire de s’imaginer que pour ne pas mourir il faut exterminer les autres, ce qui est la vision folle de Hitler dans Mein Kampf ; mais aujourd’hui, il faut aussi parler de véritable phobie de l’identité, comme si tout gout pour une culture particulière, tout souci de la transmettre, le simple fait de dire « je préfère me marier avec quelqu’un qui me ressemble » ne pouvait que relever du délire de Mein Kampf : cette phobie-là est presque aussi folle et aussi imbécile que celle du fureur…

Prier dans ses églises historiques  sans être lapidé :

Le coran/ Allah,  nie que Jesus soit fils de dieu et recommande aux chrétiens de ne pas « trop dire trois », c’est-à-dire de la pas parler de la théorie chrétienne de la trinité – Père, Fils, Saint Esprit, qui est au cœur de la foi chrétienne avec la croix.  Le coran ajoute sur un ton de mafieux menaçant «  cela vaudra mieux pour vous » … Voilà pourquoi des « jeunes » musulmans s’en prennent aux chrétiens « tàla »,  c’est-à-dire à ceux qui vont à la messe, qui vont communier, participer à l’eucharistie, autre élément important de la foi chrétienne. Ces musulmans appliquent le coran, ils « empêchent le mal », c’est-à-dire l’adhésion à une autre foi que l’islam.

Coran :

4-169 [171]. 0 vous qui avez reçu les Ecritures, ne dépassez pas les lim­ites dans votre religion, ne dites de Dieu que ce qui est vrai. Le Messie, Jésus fils de Marie, est l’Apôtre de Dieu et son verbe qu’il jeta dans Marie : il est un esprit venant de Dieu. Croyez donc en Dieu et en ses apôtres, et ne dites point : II y a Trinité. Cessez de le faire. Ceci vous sera plus avantageux. [Cessez d’en parler dans votre propre intérêt !] Car Dieu est unique. Loin de sa gloire qu’il ait eu un fils. [Et Il est trop Glorieux pour avoir un fils !]

19-36 [35]. Dieu ne peut pas avoir d’enfants. Loin de sa gloire ce blasphème ! Quand il décide d’une chose, il dit Sois, et elle est.

Pourquoi les chrétiens « tàla » sont-ils particulièrement visés aujourd’hui, pourquoi cet acharnement contre les églises ? Parce que le christianisme, les chrétiens fervents sont aujourd’hui le plus grand obstacle à l’expansion de l’islam.  Du moint de vue moral l’humanisme a des ressources « spirituelles» pour faire face à  lislam, mais d’une part étant une idéologie « ouverte », il est plus fragile du fait des discussions à l’infini en son sein, et d’autre part, il ne met pas au centre de ses idées, comme le fait le christianisme avec la crucifixion, l’idée du martyr pour sauver les autres. Dans l’humanisme d’aujourd’hui, l’idée que le courage ne serait que du masochisme fait trop souvent figure de fait « scientifique » … Ce que j’appelle pour résumer « humanisme », qui regroupe sinon toutes les idéologies européennes sans dieu, prônant d’abord comme valeur la vie humaine, sont fragiles car il est aisé de semer chez leurs partisans le doute et la confusion, du fait de leur ouverture et de leurs interrogations, en particulier, sur les notions de courage et de masochisme. La doctrine catholique a peut-être l’inconvénient du « simplisme » relatif sur certains sujets, où elle reflète un certain parti-pris, mais dans l’ensemble elle a une cohérence certaine, et aucune ambiguïté sur la détermination qu’il faut pour défendre ses valeurs.

La stratégie des musulmans militants est dès lors logique : si la mémoire de l’enseignement du christianisme et de toute sa part dans notre culture européenne est effacé, l’enseignement de l’islam rentrera dans les esprits déboussolés et apeurés des modernes comme dans du beurre, les moindres intimidations physiques ou économiques ne rencontreront plus aucun « homme » combattant en face, mais rien que des larves, prêtes à se jeter avec hargne contre les derniers opposants en les accusant de provoquer les coups des militants de l’islam, l’attitude de « femme battue » dont je parlais ici : https://ripostelaique.com/Sarkozy-l-appel-a-la-resignation.html.

Pourquoi moi qui suis féministe et pour le droit à l’avortement, je m’inquiète pour des chrétiens pratiquants qui me traitent d’assassin tueuse d’enfants : serais-je un sous-marin qui se ferait passer pour féministe et juive/athée alors qu’en fait je serais non juive et « proche » de gens d’extrême-droite ? Je défends aujourd’hui les chrétiens pratiquants, parce qu’ils sont aujourd’hui pour les raisons que je viens d’expliquer, en première ligne avec les juifs dans le viseur des jihadistes, comme ils l’étaient dans le viseur d’Hitler, parce qu’ils sont porteurs, comme l’ont été les chrétiens fervents durant la deuxième guerre, d’une idéologie, le christianisme,  qui est le plus grand obstacle à l’avancée de l’idéologie de la haine – islam aujourd’hui, comme hier le nazisme-, parce que c’est au nom du christianisme que nombre d’entre eux se sont sacrifiés ou ont risqué la mort pour sauver des juifs, et puis parce que le fondement de leur combat contre l’avortement est le respect de la vie humaine … tout comme le mien pour le droit des femmes de ne pas mourir d’avortement.

J’avais qualifié les propos d’Houria Bouteldja présentant les français d’ancienne origine française sous le nom de sou/s/chiens, de colonialistes (https://ripostelaique.com/Sifaoui-Aounit-Sopo-et-Bouteldja.html

Le mot de « colon » étant  entendu dans le sens de personne justifiant la domination politique et la maltraitance d’une population autochtone, à qui l’on impose des normes étrangères et que l’on traite en êtres inférieurs. Houria Bouteldja qui prétend défendre les musulmans et les burqa, ne peut pas ignorer la répulsion particulière des textes de l’islam contre les chiens, ni les slogans palestiniens disant « la palestine est à nous, les juifs sont nos chiens » … Mais aujourd’hui, ce n’est pas seulement en fonction du lieu de résidence qu’elle pose ses critères de jugement, c’est en fonction de critères raciaux, en opposant « blancs » et « basanés », en fonction d’oppositions d’intérêts raciaux. Son discours dénigrant aux blancs le droit à des droits élémentaires, dont le droit de ne pas être victimes d’insultes méprisantes, le droit de s’exprimer sur soi-même, relève de la définition morale que je donne plus haut du racisme. Sans doute elle s’offusquera de ma lecture, elle qui se veut anti-raciste, anti-colonialiste, anti-sexiste, et je ne lui fais pas de procès d’intention là-dessus, seulement pour les raisons que je viens de montrer, ses discours et « signes », ont un sens complètement opposé, un sens raciste, colonial et sexiste, selon les définitions que ces mots me paraissent avoir, alors il doit y avoir quelque part comme un défaut …

Elisseievna

La république est une divinité »

par Houria Bouteldja, membre du PIR

Bonjour à toutes et à tous. Je remercie l’Université de La Trobe de m’avoir invitée et en particulier Raphaël Trantoul. Je ne sais pas ce que vous connaissez de la France, de son contexte social et politique, des débats qui l’agitent. Je suppose que vous n’êtes pas forcément au fait de ces réalités et encore moins de ce qui concerne l’immigration et les quartiers populaires aussi, je me propose de dresser un tableau général de ce qu’est le Parti des Indigènes de la République et de ce que peut signifier une organisation décoloniale en France. Je sais que vous avez eu l’occasion d’étudier l’affaire du voile et de la burqa. Je vais donc tenter d’articuler mon propos à ces questions.

Je suis une indigène de la République. Je suis un sujet colonial. Affirmer cette identité en France est une provocation, une transgression, un blasphème. Un blasphème car la République universelle, égalitaire et fraternelle est une divinité devant laquelle le citoyen sans classe, sans genre, sans couleur doit s’agenouiller et se prosterner. Et lorsque ça va mal, lorsque l’universalisme est contesté, critiqué, voire vilipendé, on se met à faire des invocations. On lève la tête vers le ciel et on en appelle à la puissance magique de la très Haute République dans les églises et autres temples que sont l’Assemblée Nationale, le Sénat, les mairies…Alors d’abord, qu’est ce qui peut troubler la tranquille universalité de la République française ? Je répondrais tout bonnement les inégalités, l’injustice sociale…Et qu’est-ce qui fait qu’il y a des injustices sociales ? Je répondrais tout bonnement, le système-monde, le capitalisme, les choix économiques, le néo-libéralisme, le racisme, le patriarcat…Comme vous vous en doutez, car j’imagine que l’Australie n’échappe pas à ce comportement, plutôt que d’affronter ces problèmes colossaux et proposer des alternatives et des solutions (du moins des pistes), nos gouvernants préfèrent s’en remettre à leur divinité. La solution, c’est le respect des « valeurs de la république ». Cela ne fait que repousser le moment de la confrontation politique avec le peuple mais cela a le mérite d’être gratuit et de maintenir et protéger les pouvoirs en place. Je précise tout de suite qu’en matière de rapport à la République, les Indigènes revendique un complet athéisme. Pour nous la République n’est pas un cadre sacré. Il n’est que l’expression d’un consensus, lui-même fruit d’un rapport de force à un instant T de l’histoire de la France. Certes, il y a de très fortes rigidités historiques et politiques mais le mouvement dans un sens comme dans l’autre existe. Il peut être provoqué par un tas de forces contradictoires et conflictuelles, comme par exemple celles du marché, de la finance, des répercussions des révolutions ou contre-révolutions qui secouent le monde, ou encore du mouvement social. C’est pourquoi, nous croyons à l’action politique.

Alors pourquoi suis-je une indigène ? Le peuple n’est pas Un est Indivisible. Le peuple est traversé par de multiples contradictions. Je suis une partie du peuple français. Un ancien premier ministre de droite, Jean-Pierre Raffarin, avait déclaré de manière démagogique qu’il y avait une France d’en haut et une France d’en bas. Je ne fais partie ni de l’une ni de l’autre. Je fais partie de la France d’en dessous de la France d’en bas. La France des indigènes de la République. Certes, la France d’en haut existe, elle est riche et blanche. La France d’en bas, existe, elle est pauvre et de plus en plus pauvre (classes moyennes et prolétaires). La France d’en dessous de la France d’en bas que Raffarin n’évoque pas est pauvre, basanée et illégitime. Son enracinement est systématiquement remis en cause car l’universalisme est blanc. La France dont je suis est rejetée de l’universalisme et en même temps contrainte de s’universaliser, en d’autres termes de s’intégrer. Cette injonction paradoxale et l’impasse à laquelle elle conduit à un autre nom : le racisme. C’est le racisme qui nous exclut de la nation et qui feint de vouloir nous intégrer. C’est cette France-là qui s’est exprimée en novembre 2005 par ce qu’on a appelé les émeutes urbaines et qui ont duré 14 jours. 14 jours pendant lesquelles la France été le théâtre d’une explosion de violence rarement atteinte. Je me souviens de jeunes émeutiers qui brandissaient la carte d’identité nationale en disant « Elle ne nous sert à rien ». Lorsque les émeutes éclatent, les indigènes existent depuis 10 mois. Les indigènes ne sont pas nés par hasard. Les émeutes n’ont pas eu lieu par hasard. Tout cela arrive dans un contexte très particulier : L’après 11 septembre, Le Pen au deuxième tour des présidentielles de 2002, débat et loi sur le voile, offensive anti Tariq Ramadan, création de Ni Putes Ni Soumises…L’appel des indigènes arrive comme une synthèse de l’héritage des luttes de l’immigration et une volonté de sortir de l’impasse idéologique dans laquelle se trouvait l’immigration postcoloniale : attaquée par l’ensemble des partis de pouvoir (gauche et droite) et otages de la gauche d’opposition eurocentrique et paternaliste. L’appel des Indigènes est une rupture idéologique qui sonne la fin du consensus républicain et qui détruit un mythe. Dorénavant, il fallait accepter l’idée qu’il y avait des sujets coloniaux en république et que le racisme n’est pas un simple problème moral. C’est un système dans lequel s’opposent deux catégories : les Blancs qui bénéficient du privilège racial objectivement, qu’ils soient racistes ou pas. Les Indigènes qui subissent le préjudice racial qu’ils soient blancs de peau ou noirs, qu’ils soient riches ou pauvres. Le racisme est un système articulé au capitalisme comme aiment à le rappeler les militants de gauche et d’extrême gauche mais il a son autonomie propre. Dans les classes populaires, les prolétaires blancs se battent pour préserver leur capital racial et maintenir la distance entre eux et les Indigènes. Entre ces deux fractions du peuple, il y a conflit d’intérêts. Quant au pouvoir, il s’active pour renforcer ce privilège comme par exemple avec le débat sur l’identité nationale ou la Burqa. Ainsi, le racisme fait apparaître un autre clivage qui traverse le traditionnel clivage gauche /droite et qui est le clivage racial. Lorsqu’on se situe sur ce clivage, on s’aperçoit que gauche et droite peuvent souvent communier (affaires du voile, burqa, sexisme en banlieue, ce qu’ils appellent « les valeurs », homonationalisme…). La rupture politique que nous avons provoquée consiste donc à assumer l’idée que la lutte contre le racisme est une lutte politique et qu’elle doit être dirigée par les principaux concernés. Pour éviter toute forme de paternalisme, nous invitons les Blancs qui partagent notre combat non pas à nous montrer la voie mais à décoloniser leurs propres organisations, partis, syndicats, associations pour préparer le terrain à des alliances souhaitables et nécessaires dans un contexte de crise et de montée des nationalismes européens. De notre côté, nous devons développer des organisations politiques de terrain ancrées principalement dans les quartiers populaires.

Houria Bouteldja, membre du PIR Université de La Trobe, Melbourne-Australie – le 17 septembre 2012

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