Hubert Sage, permettez-moi de vous parler de la franc-maçonnerie

Publié le 6 mars 2013 - par - 10 429 vues
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Monsieur Hubert Sage,

Pierre Cassen dit de vous – et je ne mets pas sa parole en doute – que vous êtes quelqu »un de très bien.  Je suis d’ailleurs jalouse de l’amitié qu’il vous porte.

Je suis nouvelle dans le paysage de Riposte Laïque.  Je suis sûrement une de ces contributrices occasionnelles que vous évoquez dans votre lettre de rupture.

Vous avez raison : certains contributeurs se laissent emporter.  Reste que je crois avoir compris que vous vous en preniez presque davantage à Résistance Républicaine qu’à Riposte Laïque.  Il est vrai que l’un ne va pas sans l’autre.

Deviez-vous pour autant tirer votre révérence à Pierre Cassen en sa qualité de fondateur et rédacteur-en-chef de Riposte Laïque ?

Vous me pardonnerez de ne vous découvrir qu’aujourd’hui : comme beaucoup de Français, j’ignorais jusqu’à votre existence.  J’ai dû lire une ou deux de vos contributions mais pas davantage puisque je ne suis abonnée à Riposte Laïque que depuis six mois.

Je ne sais ni lire ni écrire, mais je tiens à vous faire part de mon sentiment concernant votre retrait stratégique.  Je le ferai en évoquant mon expérience personnelle du monde dans lequel vous évoluez – avec toutes vos aises, je vous le souhaite.

La franc-maçonnerie ?  Permettez-moi de vous en parler.  J’avais 31 ou 32 ans. 

Une belle initiation avec un passage sous le bandeau qui m’a valu un vote très compliqué pour ces gens dont, à l’époque – 1977 ou 1978 –  je n’avais pas compris qu’ils étaient DE GAUCHE.  Désolée, la politique ne m’intéressait pas. J’ai failli être blackboulée. 

BLACKBOULER : voilà un verbe que j’ai appris à connaître à travers la FM : boules blanches = OK, boules noires = DEHORS.

Toujours sous le bandeau, interrogée sur ma vie et sur mes opinions après avoir rédigé dans le cabinet de réflexion mon testament philosophique, j’ai entendu un silence comme jamais je n’en entendrai plus de ma vie  (quand on est aveugle, le silence prend toute sa dimension) : je venais de répondre à une question concernant mai 68. 

Là, je dois dire que je m’en suis donnée à coeur joie : je leur ai dit que j’avais fui la France devant le spectacle affligeant des poubelles débordantes et puantes dans Paris.  Du mépris des Français pour le Général De Gaulle.  Je leur ai parlé de la démocratie au Danemark, pays de mon père, où j’étais partie me réfugier. 

Je leur ai déclaré que je ne me reconnaissais aucunement dans cette pseudo-révolution de fils de bourgeois qui m’avait empêchée, moi fille de bourgeois et davantage mais petite employée vivant dans une chambre de bonne, d’aller travailler – ces gens de gauche ont une propension incroyable à oublier que tout n’est ni totalement noir ni totalement blanc malgré les boules dont ils se servent pour voter l’admission de leurs membres au sein de leur confrérie.

Oui, Mai 68 m’a empêchée de me nourrir à ma faim  ! 

Je leur ai dit tout cela, et ce silence… ce silence suivi d’un vote !  Vous imaginez… J’ai souhaité, sous le bandeau, que tout s’arrête là.  Je sentais confusément que je m’étais fourvoyée.  J’avais affaire à des bourgeois déguisés, des profs, des intellos, des artistes, des gens coupés des réalités du petit peuple. 

Je les avais dérangés dans leur discours de gauche,  caviar avant l’heure.

Mais voilà qu’après un temps de délibération – et de vote –  je fus admise dans le Temple du Savoir, de la Connaissance, de la Fraternelle fraternité (parce que j’ai appris depuis qu’il peut en exister d’autres), et de l’Egalité de tous comme dans « La Ferme des animaux »: nous sommes tous égaux mais il y en a de plus égaux que d’autres.

Les loges, lieux de débats ?  Je dirais plutôt lieux de cooptation. Je te tiens tu me tiens par la barbichette… Trois petits coups et puis s’en vont.  

Nous sommes plusieurs dans ma famille de sang a en avoir fait les frais.

A commencer par mon père, franc-maçon avant guerre, ce que j’ignorais – nous nous sommes découvert cette même appartenance après que chacun a eu renoncé à cette fausse espérance, à cet idéal bafoué par ceux-là même qui prétendent le défendre. 

Pour mon père, c’était au moment de la Seconde Guerre mondiale. Il m’a, en effet, raconté que le Grand Maître de certaine obédience s’était enfui comme un voleur lors de l’invasion de la France.

Cet individu dont je préfère oublier le nom – si ma mémoire est bonne, un nom à particule ou assimilé – a, en effet,  pris la fuite en laissant derrière lui la liste de tous les francs-maçons de son obédience !    Beaucoup ont payé de leur vie cette ignoble lâcheté. Car les camps de la mort n’étaient pas réservés aux seuls Juifs.

Mais les francs-maçons n’ont rien trouvé de mieux que de le reprendre comme Grand Maître une fois la guerre terminée…

Du coup, à la Libération, mon père, dégoûté, n’a pas voulu renouer avec la franc-maçonnerie.  Je lui donne raison.

Je peux aussi vous citer l’exemple de mon frère aîné dont nous avons découvert, mon père et moi, qu’il était franc-maçon ! Une véritable vocation secrètement familiale…

Franc-maçon à la Grande Loge de France.  Et là, boum patatras !  Ne voilà-t-il pas que cet homme un peu connu et reconnu dans certain milieu artistique entame une traversée du désert… Un vrai désert sans un franc-maçon, sans un frère à l’horizon. Les frères, c’était bon pour les tenues (les réunions mensuelles, pour les non-inités) , pas pour les épreuves.

Dans ma famille, du côté maternel cette fois,  il y a eu des francs-maçons, et pas des moindres,  depuis les origines de la maçonnerie française.  Je ne remercierai jamais assez Google de m’avoir permis de le découvrir.

Reste que les francs-maçons ne sont que des hommes, souvent peu à la hauteur des magnifiques idéaux qui les ont rassemblés.

Dans les obédiences « laïques », ils veulent que tout le monde soit à leur image, et gare à celui qui entend ouvrir le dialogue et qui se permet la contradiction hors normes.  Car tout se doit d’être normalisé, formaté, même la contestation.  Je ne doute pas aujourd’hui que ce soient ces mêmes francs-maçons qui, en planchant pour le bien-être de l’Humanité avec un grand H, aient contribué à l’existence de ces sangsues, parasites et assassins des libertés que sont SOS-Racisme et le Mrap, pour ne citer qu’eux. 

Car ces obédiences sont loin d’être politiquement neutres : elles sont « plutôt » de gauche. Elles regroupent des gens admirables pour certains, mais souvent sectaires ou contraints de l’être sous la pression de leur fraternelle communauté.  Des gens qui vont  à l’encontre des idéaux de cette franc-maçonnerie en laquelle j’ai cru un moment pouvoir croire et qui prône LA TOLERANCE. 

Je suis vite sortie de ce panier de crabes.  Cela s’est fait peu après ma mission humanitaire au Cambodge en été 1980. Un pays dévasté par un génocide sans précédent. Aucun mot ne peut décrire ce qu’ont vécu les millions de  Cambodgiens victimes de ces atrocités. Aucun mot ne pourrait suffire à traduire l’intolérable spectacle du Cambodge dans ces années : je me contenterai de dire que victimes et témoins ont passé les portes de l’Enfer.

Alors ?

Alors, J’avais fui mai 68 et la France.  J’avais vécu des expériences difficiles, en parfaite conformité avec mes idéaux : mission humanitaire en 1973 au Sahel,  puis le Cambodge.

En 1977 ou 1978, je m’engageais dans la franc-maçonnerie par idéal, bien sûr. J’en suis rapidement sortie par souci d’authenticité. 

Je n’aime pas le compromis lorsqu’il est idéologique.

De retour du Cambodge  – et dans ma loge maçonnique parisienne – je ne trouve que luttes internes et fratricides.  De vilains franc-maçons qui n’avaient rien de franc ni de maçons. Plus destructeurs que fédérateurs, perdus dans leurs schismes, leurs délires d’intellectuels  ou leurs dissidences plus ou moins assumées…  Mon obédience s’appelait « La Grande Loge Mixte Universelle – GLMU » – une  dissidence du Droit Humain.

Comment, en effet, accepter lorsqu’on est apprenti(e) – par définition, tout reste à apprendre –  les déballages pestilentiels des maîtres qui donnent le mauvais exemple en débattant en présence d’apprentis qui ne savent « ni lire ni écrire » de sujets dont on s’entretient normalement en « chambre du milieu » ?  Les francs-maçons me comprendront.

Je ne puis m’empêcher d’établir un parallèle entre ces dissidences internes et le chaos de notre école républicaine d’aujourd’hui dans laquelle le maître, à force de se mettre au niveau de l’apprenti, a perdu tout pouvoir et toute légitimité.

Et j’en reviens à la défection d’Hubert Sage qui, s’il est un honnête homme,  ce dont nul ne doute, à dû avoir beaucoup de fil à retordre au sein de sa loge et de son obédience. 

J’aime à penser que sa seule conscience lui a dicté de s’éloigner de Riposte Laïque.  Mais je n’en suis pas sûre et j’abonde, en ce sens, avec l’analyse de Pierre Cassen.

Oublions les dérives de certains contributeurs, dont j’ai déjà fait mention. J’ai moi-même sursauté aussi bien sur la forme que, parfois, sur le fond.

Comme je l’ai dit plus haut, on peut ne pas applaudir à certaines contributions.  On peut aussi s’en prendre à Résistance Républicaine, comme semble le faire Hubert Sage.  Je crois même deviner qu’il vise Christine Tasin dont on peut ne pas apprécier le franc-parler.

De la part d’un franc-maçon, c’est difficilement compréhensible, la franchise étant le commun dénominateur de « franc-parler » et franc-maçon ».  Une suprême qualité – à mes yeux tout du moins.

Reste qu’à une époque où l’on essaie de nous vendre le gender, elle a des couilles, Christine Tasin.

Et moi, j’aime les femmes bien montées (au sens figuré comme au sens propre).

Concernant ces attributs virils qui s’ajoutent (parfois) au tablier et autres décors – une fois de plus les francs-maçons me comprendront – on souhaiterait pouvoir en dire autant de beaucoup de « frères » que j’ai eu l’occasion de côtoyer.

Un dernier mot à Hubert Sage : soyez plus sage et plus tolérant que je ne l’ai été : ne vous attachez pas à des mots qui fâchent, à des formules choquantes, à ce que vous croyez être à tort une islamophobie aveugle…  et oubliez l’aversion que vous pouvez avoir envers des personnes qui ne vous ressemblent pas ou que vous n’aimez pas, tout simplement.

Pensez au but ultime : est-il également le vôtre ?

La petite apprentie que j’ai été le souhaite bien fraternellement.

Une maçonne qui a rendu son tablier mais qui reste une maçonne sans tablier, et fière de ses idéaux.

Eve Sauvagère

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