Humour noir

Les Noirs ont le rythme dans la peau, la peau sur les os et les os dans le nez ! Quel salopard, ce Desproges ! Esprit sombre et humour noir. Bien vu mais mal pensé ! Ces œuvres se doivent d’être confidentielles, réservées aux âmes averties, mises à l’index tels d’hérétiques codex, enfermées dans l’Enfer tout comme les idées noires de Franquin, tout comme le furent, en d’autres temps, les œuvres pornographiques qui, maintenant, sont à nouveau de sortie en têtes de gondoles. Heureusement qu’il est crevé, le Pierrot lunatique, sinon on l’aurait bien ligoté au poteau d’exécution ou, a minima, cloué au pilori… Car, voyez-vous, là où le drame est intemporel, l’humour, lui, est temporel, bien rattaché à son temps, collé à son époque comme une moule à sa roche. Ce qui était subtil ou amusant devient vite odieux ou dépassé. Avec le temps va, tout s’en va… ou presque. Eschyle, Sophocle et Shakespeare ont tant bien que mal traversé les âges quand il ne reste déjà plus rien du 22 à Asnières ou de Joséphine Baker et sa ceinture de bananes.

L’humour doit se soumettre à l’atmosphère de l’époque pour trouver clientèle.
Mais le foutage de gueule vaut toujours mieux que de se foutre sur la gueule. Les Anglais, tout en autodérision, nous ont coupé l’herbe sous le pied, se moquant d’eux-mêmes mieux que nous n’aurions pu le faire. Il subsiste toutefois d’excellents clients. Les Belges, étant très cons, peuvent tout encaisser, ne comprenant de toute façon rien à l’histoire. D’une autre façon, l’humour juif nous régale et nous fait rigoler, étant plein d’esprit en introspections sans concessions tandis que l’humour sur les Juifs peut paraître bien suspect. La différence en est que, pour pouvoir en plaisanter, il est préférable d’en être. Quel autre sarcastique que Billy Wilder aurait pu dire au sujet de ses coreligionnaires : les optimistes ont fini à Auschwitz et les pessimistes à Hollywood de même que Woody Allen disait : quand j’écoute trop Wagner, ça me donne envie d’envahir la Pologne comme aussi : je tiens beaucoup à cette montre. C’est mon grand-père qui me l’a vendue sur son lit de mort. Bien marrant et quand-même plus finaud que la blague de Goebbels : quand j’entends le mot Kultur, je sors mon révolver… Il est vrai qu’il n’était pas l’archétype de l’amuseur public.

Oui, l’humour est un composé instable, d’un usage délicat se délitant avec l’âge, une ceinture d’explosif qui peut vous péter à la face sans amuser personne quand, naguère, on se roulait par terre jusqu’à en mourir de rire. Le pétomane n’est plus dans l’air du temps, qui, pour le coup, ne s’en porte que mieux.

Frédéric Sahut

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9 Commentaires

  1. Frédéric, un vrai plaisir que de vous lire !
    Retour forcé en 62 moi aussi…
    Bien à vous.
    Marie

  2. Quelqu’un qui cite DESPROGES dont le nom s’écrit comme DESCARTES, mais pas avec les mêmes lettres, est forcément un esprit éclairé

  3. C’est un art d’exprimer beaucoup de choses dans un texte concis.

    La conclusion est excellente!

  4. Comme hier, vous êtes le dernier de la liste…. Cela m’est, aussi, souvent arrivé du temps où j’écrivais aussi.
    « Le moins lu de la presse sporadique » comme disait Mouna Aguigui sur le Boul mich en 68.
    L’Humour n’est plus un bien commun, mais l’ultime artifice pour faire passer des idées dites… nauséabondes. Et pourtant !
    Quand les jeux de maux remplacent les jeux de mots….
    A son époque, Pierre Dac parlait à Radio Londres au nom de la Résistance, et revenu au civil, ne Résistait pas à l’envie de rire…. et à nous la faire partager.
    Frédéric ! Le Dard du Salut ! Continuez ! Bien à vous.

    • Je serais curieux de lire vos écrits. Me retrouver en dernier de la liste ? Peu m’importe du moment que je suis lu par quelques curieux personnages (au sens premier du terme). Mon but ? être publié sur papier et non par par l’intercession d’électrons ! Connaissez-vous des feuilles de chou ?
      Bien à vous

  5. Ça c’est de la bonne graine d’écrivain !
    Beau sujet, bien traité, on en redemande.
    Merci l’ami.

    • C’est moi qui vous remercie pour votre commentaire. Cela me motive pour aiguiser ma plume et me remettre à l’ouvrage.
      Bien amicalement
      Frédéric Sahut

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