Hymne à l’amour de Thérèse Zrihen-Dvir : revue de Jean-Marc Desanti

 

« La Sagesse souveraine, au dernier de ses jours, attachera autour de celui qui n’aura point fait l’aumône de l’amour, un effroyable serpent, dont le dard piquera sans cesse sa main avare qui ne s’ouvrit point pour les malheureux mendiants de la grâce. » (Padmasambhava.)

Hymne à l’amour… Thérèse Zrihen-Dvir nous compose une symphonie des bruits d’amour. Des sons, plus exactement des bruissements. D’ailleurs notre roman ne commence-t-il pas dans la neige, au Canada ? Un accident ouaté de froidure, une jeune femme, très belle, sauvée miraculeusement dans les rafales de vent.

Arielle la miraculée, soignée, choyée par un être difforme, Gaëtan, « né malformé, visage et corps inclus. Victime de la Thalidomide une physionomie de Quasimodo. Élevé en dehors du monde régulier, dans ce cachot aux grilles dorées… »

Un monde d’interrogations et de silences. La jeune accidentée, victime d’amnésie traumatique se protège dans un balancement incessant entre mutisme, soupir et tranquillité. Elle sent confusément qu’elle ne peut exister pleinement, que sa gêne et ses souffrances ne sont pas provisoires et qu’elle se doit à la recherche de l’origine de sa tragédie.

C’est là que Thérèse se situe dans la lignée de Simenon à qui l’on demandait : « mais d’où vient le « Big Bang » de Maigret ? » et qui répondit : « Je me suis dit, pourquoi n’existe-t-il pas, comme il existe des médecins qui nous réparent le corps, un raccommodeur de destinées ? ».

Il y a bien un médecin attentionné qui tente d’aider la belle inconnue dans son chemin mais c’est entre le corps blessé d’Arielle et les chairs meurtries de Gaëtan que se trouvent toutes les bouées de sauvetage.

Nous participons, au début, à un double naufrage : deux êtres qui se respectent et s’aiment, préfèrent la noyade aux risques d’exposer leurs plaintes, de mettre en lumière leur souffrance. La peur, comme toujours, de blesser ou d’être trahi, paralyse leurs élans de pureté et de confidences. Et pourtant la force d’Arielle, le génie propre aux femmes est de se lancer la première et d’oser avouer au « Quasimodo de l’archipel des Mille-Iles » son attirance « car il fallait créer un lien implicite dans la symétrie de leur handicap et aussi une compréhension essentielle de leurs maux s’ils cherchent à composer avec ce qu’ils sont ».

Très vite nous nous apercevons que nous devons traverser les apparences. Le premier réflexe de l’animal humain c’est la peur et son corollaire, l’édification de murailles infranchissables comme protection. Nos deux héros sont près pour aller chercher, très loin, les parcelles de vérité de chacun, ces paillettes, ces étincelles, ces souvenirs enfouis qui brûlent les corps et les âmes. En finir définitivement avec « ce manoir et son allure familière avec ses jours sombres, ses vents, ses orages, ses chutes de neige, et ses deux principaux occupants qui se cloîtraient chacun dans son aile. »

Combien d’inutiles bûchers, de suicides, d’enfermements, de désespérances à l’aune du conformisme ou de la mode ?

Retrouvant la pleine conscience de sa vie passée où se mêlent drames persistants et triomphes éphémères, Arielle qui tenta de vivre intensément pour connaître, brasser les hommes et les choses, rencontrer les climats des êtres, leur étendue, les mœurs quitte à se faire dévorer, arrive « à son insu de cesser d’éprouver ce besoin d’être contemplée, vénérée ou traquée… ». Gloire et glamour, fortune de l’infortune.

Il y a toujours un sinistre personnage pour abuser de l’innocence et Garth ne reculera devant aucune bassesse pour assouvir sa passion malsaine. Mais Thérèse Zrihen-Dvir ne nous donne pas toutes les clés de ses coffrets secrets.

D’abord car elle ne peut écrire que des événements romancés, certes, mais vécus, ensuite parce qu’elle laisse beaucoup d’espace à l’interprétation de chacun. A nous d’agencer les indices troublants : « Vu que l’affaire entière avait été patronnée conjointement par des éléments que les services officiels de sécurité employaient à l’occasion lorsqu’ils étaient dans l’obligation de faire une entorse aux règles, il devenait donc hasardeux de présenter ces preuves à la justice sans devoir divulguer la participation de ces éléments au délit d’infraction. »

Prédestination ou libre arbitre ? Tous les personnages comme Samuel ou Eléonore, par exemple, y sont confrontés. Thérèse a des préférences, des hésitations, des irritations mais elle ignore la férocité des jugements.

Gaëtan c’est l’Amour, c’est la générosité et la renaissance d’Arielle : « Pour moi tu naquis le jour où je t’ai arraché de ton véhicule accidenté ».

De nos jours, l’Amour se conjugue avec la vulgarité, la modernité des amours plurielles. Nous sommes partenaires, dominants, dominés, torrides, inaccessibles, narcissiques, conflictuels ou simplement égoïstes.

Dans le prélude Thérèse nous place sous la grandeur d’un immense écrivain : Victor Hugo et de l’œuvre magistrale « Notre Dame de Paris ».

Depuis longtemps j’ai en tête les derniers mots écrits des livres d’Hugo. Je me les récite pour, comme Thérèse Zrihen-Dvir, ne pas cesser de croire au-delà de la raison.

A la fin de « Notre Dame de Paris » Hugo écrit :

« Dans la cave de Montfaucon […] on trouva deux squelettes dont l’un tenait l’autre singulièrement embrassé. L’un de ces deux squelettes, qui était celui d’une femme, avait encore quelques lambeaux de robe d’une étoffe qui avait été blanche […] L’autre était un squelette d’homme. On remarqua qu’il avait la colonne vertébrale déviée, la tête dans les omoplates, et une jambe plus courte que l’autre. Il n’avait d’ailleurs aucune rupture de vertèbre à la nuque, et il était évident qu’il n’avait pas été pendu. L’homme auquel il avait appartenu était donc venu là, et il y était mort. Quand on voulut le détacher du squelette qu’il embrassait, il tomba en poussière. »

Avons-nous donc mieux compris que l’Amour est la supériorité absolue ?

Hugo écrivit un autre grand livre d’Amour, « les Misérables » où renchérissant sur le sentiment le plus noble, par sa conclusion, il nous ouvre si délicatement la porte des émotions que nous allons retrouver dans « Hymne à l’amour ».

« Il y a, au cimetière du Père-Lachaise, aux environs de la fosse commune, loin du quartier élégant de cette ville des sépulcres, loin de tous ces tombeaux de fantaisie qui étalent en présence de l’éternité les hideuses modes de la mort, dans un angle désert, le long d’un vieux mur, sous un grand if auquel grimpent les liserons, parmi les chiendents et les mousses, une pierre. Cette pierre n’est pas plus exempte que les autres des lèpres du temps, de la moisissure, du lichen, et des fientes d’oiseaux. L’eau la verdit, l’air la noircit. Elle n’est voisine d’aucun sentier, et l’on n’aime pas aller de ce côté-là, parce que l’herbe est haute et qu’on a tout de suite les pieds mouillés. Quand il y a un peu de soleil, les lézards y viennent. Il y a, tout autour, un frémissement de folles avoines. Au printemps, les fauvettes chantent dans l’arbre.

Cette pierre est toute nue. On n’a songé en la taillant qu’au nécessaire de la tombe, et l’on n’a pris d’autre soin que de faire cette pierre assez longue et assez étroite pour couvrir un homme.

On n’y lit aucun nom.

Seulement, voilà de cela bien des années déjà, une main y a écrit au crayon ces quatre vers qui sont devenus peu à peu illisibles sous la pluie et la poussière et qui probablement sont aujourd’hui effacés :

Il dort. Quoique le sort fût pour lui bien étrange,

Il vivait. Il mourut quand il n’eut plus son ange ;

La chose simplement d’elle-même arriva,

Comme la nuit se fait lorsque le jour s’en va. »

Lire Thérèse, c’est déguster dans sa lecture la saveur même de l’Amour.

Jean-Marc DESANTI

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8 Commentaires

  1. Rappelons le Blog de Thérèse : https://theresezrihendvir.wordpress.com/

    Et puisqu’on parle d’Amour je vous fais à tous un petit cadeau :
    https://www.youtube.com/watch?v=deBJFFy9gc8
    La plus belle chanson d’amour sicilienne « BRUCIA LA TERRA »
    et les paroles traduites en Français :
    http://paroles-traductions.com/chanson/montrer/1517578/the-godfather/paroles-et-traduction-brucia-la-terra/
    Souvent l’amour est le plus pur et le plus beau au moment du désir…!

  2. Très bel article !
    Très belle invitation à ouvrir notre cœur aux ondes positives, les meilleurs médicaments du corps et de l’âme humaine.
    Dans ce monde où la haine s’est fait la part du lion, qu’il est doux d’entendre la poésie de l’AMOUR se frayer un chemin…!
    Plonger dans les yeux de biche de Thérèse, c’est comme plonger dans la douce tiédeur de l’affection et de la bienveillance. Merci Thérèse et merci Jean-Marc pour votre article.

  3. Sans compter tous les autres merveilleux romans écrits par Thérèse comme cette extraordinaire analyse psychanalytique intitulée « Tu seras mon homme ma fille » … qui attend un grand éditeur. Pourquoi grand ? Parce que ce livre peut aider de très nombreuses familles et qu’il nécessite donc une grande diffusion. Il peut être un souffle d’espérance pour tant de gens qui souffrent. Ce nouveau livre de Thérèse est une référence. Grandes maisons d’édition, appelez tout de suite Thérèse, vous ne le regretterez pas !

    • Ce matin d’un coup mon ordinateur s’est bloqué et je n’ai pas pu vous envoyer mon message.
      D’abord je voulais vous dire que vous êtes un VRAI AMI, toujours là pour Thérèse ou pour moi. Toujours aussi respectueux de nos pays d’origine. Et je voulais vous dire que vous êtes quelqu’un d’adorable !

      • Je le pense aussi chère Fabiola – Philippe est vraiment une personne noble et de grande valeur… C’est bon d’être son ami et la votre aussi.

        • Merci Thérèse !
          Vous faites partie, avec Philippe, des gens qui embellissent la vie.

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