Il est essentiel de regarder le contenu de toutes les religions

Publié le 7 juin 2010 - par
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L’article d’Elisseievna « Islam : la pieuse ignorance des laïques Teper-Geerts-Fourest… » me donne envie de crier : enfin ! Car même si ce n’est pas complètement nouveau à RL – je fais surtout référence ici à de nombreux textes particulièrement courageux de Pascal Hilout
– c’est la première fois que je vois aussi clairement exprimé et généralisé ce principe de bon sens : il est essentiel de regarder LE CONTENU des religions pour décider de leur admissibilité dans une société qui se veut laïque, démocratique, « libertaire, égalitaire et fraternelle », qui tient à la protection des droits humains, à l’égalité des femmes et des hommes, à la liberté de critique pour les unes et pour les autres, à la paix dans la diversité de ses composantes…

En citant fort à propos Caroline Fourest, Elisseievna résume très bien à quelle aberration (hélas revendiquée comme la base du bon sens par la quasi-totalité des politiciens actuels) il faut s’opposer :
« Je ne fais pas d’étude comparée des religions. Je ne veux pas aller sur ce terrain là. Ce qui m’intéresse c’est de comparer les trois intégrismes. L’intégrisme, c’est l’utilisation politique liberticide d’une religion ». C’est par cette durable tricherie, ou cet aveuglement cultivé, que Caroline Fourest s’est assurée l’estime des politiciens et des journalistes pratiquant, dans les grands médias, la paresse intellectuelle.

Il est d’autant plus dommage, – atterrant, même – qu’Elisseievna enchaîne aussitôt avec cette énormité bien réelle prétendant… combattre une énormité : « Le judaïsme a inventé la loi de l’amour du prochain et de l’étranger (Lévitique 19/18, 19/33), et n’a jamais proféré cette énormité que dieu aurait besoin du sabre de l’homme pour faire régner sa loi sur la terre, sur toute la terre ». Certes, la toute dernière précision est juste mais elle ne justifie pas ce qui précède. Elisseievna parle ici d’une religion qui enseigne que Dieu a « donné » la terre promise à un peuple qu’il avait « élu » en lui ordonnant de massacrer tous les habitants de cette terre, les Cananéens, avant de prendre leur place ! Tous les habitants ! En veillant bien à ce qu’il ne reste pas un seul survivant, ce qui est explicitement précisé, à de nombreuses reprises, dans le Livre de Josué, l’un des plus importants de l’Ancien Testament ! La manière de tuer tous les êtres vivants de Canaan y est même ainsi formulée : il faut « les passer par l’épée ».

Elisseievna parle ici de cette religion qui a inventé la conception violente, criminogène de Dieu, une invention dont l’une des conséquences est que, presque 3000 ans plus tard, on ne sait toujours pas éteindre l’incendie allumé dans la petite terre en question, incendie qui, à chaque instant, menace d’enflammer le monde entier.
Une invention qui a entraîné de nombreuses guerres et des millions de morts pour croyance (ou non-croyance) en Dieu (ou en dieu), durant trois millénaires, sur la planète des humains.

Qu’on me comprenne bien. Aujourd’hui c’est principalement l’islam, et non le judaïsme, qui entretient la guerre en terre israélo- palestinienne (et un peu partout ailleurs dans le monde entier).
C’est l’islam qui a repris, relancé, réactualisé la conception violente de Dieu, et qui tient à ce qu’elle reste valable pour l’éternité. C’est là qu’est le drame, justement. Mais je ne crois pas qu’on peut l’affronter sérieusement en niant son origine réelle. Le judaïsme d’aujourd’hui a rejeté la prétendue violence « voulue par Dieu » dans un lointain passé; c’est très important mais il n’a pas rejeté sa justification. Le christianisme non plus ne l’a toujours pas rejetée. Pire : le catholicisme l’a, dans son nouveau catéchisme (celui des papes Jean-Paul II et Benoît XVI) réaffirmée authentique et justifée ! Il l’a, en quelque sorte, réanimée, dogmatisée, « re- sacralisée ». Je rappelle que c’est Benoît XVI, à lépoque cardinal Ratzinger, qui était le principal responsable de la rédaction de ce catéchisme.

L’islam, comme son grand prédécesseur monothéiste, a bien repris « la loi de l’amour du prochain et de l’étranger » formulée à l’origine par le judaïsme . Il en a repris, lui aussi, son exact contraire : la violence contre certains humains « voulue par Dieu », formulée également par le judaïsme. Mais il l’a surtout – et en cela il est la seule religion à l’avoir fait – réaffirmée valable et applicable jusqu’à la totale soumission du monde au « vrai Dieu », celui de l’islam. C’est en cela que l’islam est pire que toutes les autres religions pour notre monde d’aujourd’hui et pour celui de demain. En conséquence la résistance à l’islamisation du monde, donc de l’Europe et de la France, est une priorité absolue. En matière de religion, cependant, elle n’est pas la seule nécessité : il faut exiger aussi des autres religions qu’elles cessent de justifier et de transmettre la conception violente de Dieu.

Même si elle le fait en détruisant partiellement elle-même son raisonnement, Elisseievna a ouvert franchement la porte de la réflexion et de la politique sérieuses sur les rapports entre la religion, la démocratie et la paix du monde. Il ne faut pas la refermer.

Pierre Régnier

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