Il faut que la peur change de camp et que les lecteurs de Riposte Laïque apprennent à se faire respecter

La peur doit changer de camp. Ou plutôt, parce que je n’ai pas spécialement envie de faire peur aux gens, on ne va plus se laisser marcher sur les pieds.

Il y a quelques mois dans le métro, une femme voilée avec un landau me demande de l’aider à descendre les escaliers. Je la regarde droit dans les yeux et je lui dis, fermement mais très poliment : « Désolé, je ne parle pas aux femmes voilées. » et je dévale les escaliers.

Rien dans ma phrase qui tombe sous le coup de la loi, le voile n’est pas une race, et personne ne peut m’obliger à parler à qui je ne veux pas. Quand à cette femme, je n’ai rien contre elle personnellement, mais qu’elle se démerde avec son voile et son landau.

Aujourd’hui dans le train, je suis assis en face d’une femme noire, la quarantaine, qui parle au téléphone, d’abord en français avec l’accent de l’Afrique de l’Ouest, très différent de l’accent antillais, puis dans une langue africaine que je n’ai pas dans l’oreille.

Il faut dire que je parle, plus ou moins bien, dix langues dont une africaine, et que j’en reconnais au minimum une bonne vingtaine à l’oreille dont cinq ou six langues africaines. Ajoutez à cela que je suis très bavard, je l’avoue, et que j’aime bien échanger quelques mots avec mes voisins de transports en commun.

Donc quand j’entends une langue que je ne reconnais pas (et parfois que je connais, car avec les dialectes et les accents régionaux il m’est arrivé de prendre le portugais pour du russe !), je demande souvent aux personnes quelle est la langue qu’ils parlent, c’est mon petit plaisir, ma petite curiosité. La plupart du temps, passé le premier instant de méfiance, les gens me répondent sur un ton mi-étonné mi-amusé, et souvent, on continue à papoter de choses et d’autres et quand arrive la station où descendent les uns ou les autres, on se quitte sur un sourire.

Ca ne s’est pas passé comme ça cette fois-ci. « Qu’est-ce que ça peut vous faire ? » J’explique, toujours très poliment, et en évitant que la dame pense que je veux la draguer ou quoi que ce soit d’autre, que je suis traducteur, que je m’intéresse aux langues, que je connais un peu les langues africaines, j’en cite quelques-unes, que je parle moi-même (un peu) sérère, langue que la dame n’a pas l’air de connaître, et que c’est une simple curiosité de ma part. Toujours aussi revêche et agressive, la dame me dit que de toutes façons si elle me le dit je n’y comprendrai rien, et un peu énervé, je lui demande : « Mais enfin, ça vous dérange ? C’est juste par curiosité, je m’intéresse aux langues, c’est tout ! » « Oui, ça me dérange, et c’est une langue africaine, vous n’y comprendrez rien… » etc., etc.

Elle se remet à téléphoner… Je réfléchis un peu dans mon coin… Quand le train arrive à Paris, j’attends l’arrêt complet pour qu’il n’y ait plus de bruits de freins, je me lève, et je me penche vers elle pour lui dire, avec une voix assez forte pour couvrir celle de son correspondant, sur un ton très calme et déterminé : « Si je peux me permettre de vous donner un conseil, vous devriez éviter de juger les gens sur la couleur de leur peau. Je connais certainement bien mieux l’Afrique que vous. Et je n’avais aucune intention de vous agresser. J’ai la peau blanche, mais je connais certainement bien mieux l’Afrique que vous. Alors évitez d’être raciste, hein ! ».

En ayant bien choisi mes mots pour éviter de tomber sous le coup de la loi… Ici, la personne raciste, c’est elle, et c’est uniquement ça que je lui fais remarquer. Je ne dis rien de la couleur de sa peau, je ne parle que de la couleur de la mienne, que je lui demande de respecter. Surtout, rien qui puisse m’amener devant la 17ème Chambre Correctionnelle, c’est important !

Pendant toute ma tirade, elle me regarde héberluée, des éclairs de haine et de surprise dans les yeux, mais sans dire un mot et sans trouver à me répondre. Je sors du train. Je me dis que voilà une dame qui haïra peut-être encore davantage les blancs qu’avant, mais au moins elle saura qu’on ne peut pas leur dire n’importe quoi sans quelques conséquences.

Nous avons maintenant un Président socialiste, et de toutes façons je n’attendais rien d’une réélection de Sarkozy, mais le monde occidental est en train de vivre un réel retournement de mentalité, il faut en profiter pour enfoncer le clou.

Je n’ai rien contre les noirs, les jaunes ou les bleus, mais j’ai quelque chose contre les gens qui ne sont pas aimables avec moi. Je parle trop certes, mais cette dame pouvait toujours me dire qu’elle était occupée (elle ne l’était pas au moment où je lui ai adressé la parole, elle avait fini sa première conversation), et je n’aime pas qu’on me méprise à cause de la couleur de ma peau – sous-entendu : je ne peux rien connaître aux langues de l’Afrique puisque je suis blanc.

Riposte Laïque compte plus de 30.000 lecteurs, dont j’imagine que beaucoup habitent dans les grandes villes, empruntent les transports en commun et sont parfois, même s’ils ne sont pas comme moi enclins à adresser la parole à tous les gens qui les entourent, victimes de comportements plus ou moins haineux ou condescendants de ce genre. Sur 30.000, ça fait au bas mot, j’imagine, 10.000 à qui ce genre de choses sont arrivées, et qui dorénavant peuvent décider de répondre au lieu de se taire. Dans les années 60, Rosa Park a fait changer les lois et les mentalités à elle toute seule.

Je me suis longtemps demandé quelles actions concrètes on pouvait mener pour ramener la civilité autour de nous, et l’action de notre ami Roger sur la viande halal m’a fait réfléchir. Si une majorité des lecteurs de Riposte Laïque, lorsqu’ils sont confrontés à des attitudes de ce genre, clouent le bec avec leur interlocuteur avec calme et fermeté – surtout, encore une fois, en choisissant ses mots pour rester inattaquable – je pense que ça permettrait de faire comprendre à certains que l’homme blanc, non musulman, etc., n’est pas une chiffe molle qu’on peut houspiller à sa guise. Si en plus on peut retourner contre l’agresseur l’insulte suprême du racisme, il y a là de quoi embrouiller pas mal d’esprits ! Essayez, vous verrez, l’effet de stupeur est garanti !

Evidemment, en face d’une bande d’une dizaine de djeuns qui sont prêts à vous faire la peau si vous la ramenez trop c’est plus difficile – ça m’est arrivé une fois, et là j’ai dû m’écraser… Mais pourquoi ne pas apprendre le karaté, le krav-maga, le judo, la lutte bretonne ou sénégalaise, la boxe, le combat de rue ou le sambo ? Ca peut toujours servir contre une bande de voyous, les lâches ne tiennent jamais longtemps contre quelqu’un qui se défend vraiment.

Le but pour moi n’est pas d’inciter les lecteurs de Riposte Laïque à transformer les trains de banlieue en champ de bataille, d’autant plus que personnellement j’adore papoter avec mes voisins, et qu’en général si je dérange, la personne sait me le faire comprendre sans agressivité et je respecte son désir de rester seule avec elle-même, mais de faire comprendre à certains mal embouchés que c’est fini, les gens aimables, et dans ce cas précis les blancs, non musulmans etc., ne sont plus décidés à se laisser marcher sur les pieds. Qu’ils rendront à chacun la monnaie de sa pièce : si la pièce est bonne, je rendrai la monnaie au centuple et avec grand plaisir, mais si la pièce est de singe, je rendrai de la monnaie de singe, au centuple aussi.

A mon avis, les temps sont mûrs pour faire passer ce message.

Dans le train du retour, j’ai eu le plaisir de papoter avec un monsieur noir qui s’est assis en face de moi avec un soupir de soulagement :

–         Ca fait du bien d’être assis, hein ?

–         Ah oui ! J’étais vraiment fatigué…

–         Et patati et patata…

Nom d’un chien, qu’est-ce que ça fait plaisir de parler avec des gens aimables !

Vincent Maunoury

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