Il faut que Riposte Laïque formalise des propositions

Publié le 21 décembre 2009 - par
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A Riposte Laïque

A Chantal Crabère et Marie-José Letailleur
(auteurs de « Après la mission parlementaire sur le voile intégral, quelques pistes possibles » dans Riposte Laïque n° 114)

A Emmanuel Itié
(auteur de « Je propose des modifications de la loi de 1905 » dans le même n° 114 de RL)

L’intérêt de plus en plus grand pour Riposte Laïque dans le pays conduira sans aucun doute à une demande grandissante, à l’équipe qui a animé le réveil républicain et laïque, de propositions concrètes permettant de remédier aux insuffisances constatées. Le collationnement des différentes propositions commencé ici est donc une bonne chose. Je souhaite qu’on y inclue la proposition qui avait été faite au « Comité Balladur » par l’association Faire Le Jour en septembre 2007. Elle se trouve ici :

http://www.fairelejour.org/spip.php?article1514

(dans cette proposition le bref « exposé des motifs » que j’avais proposé à Faire Le Jour était trop exclusivement axé sur les maltraitances et les violences religieuses, et les « préalables » à exiger des religions trop brièvement évoqués).

Je crois que RL doit commencer à formaliser des propositions à partir de toutes ces pistes.

Il me semble que la démarche de RL ne doit pas paraître vouloir se substituer à celle de la « commission burka » mais elle doit aller bien au-delà, comme c’est le cas dans les propositions que vous avez déjà rassemblées.

On doit s’attendre à deux types au moins d’effets pervers des résultats, même positifs (et donc à approuver) de la « commission burka » : augmentation du port du voile non-interdit (laissant le visage découvert) et augmentation des demandes d’aides au développement de l’islam « modéré » en France.

Je crois que l’introduction (l’exposé des motifs) aux propositions (modifications de la loi, ajouts à la Constitution ou/et Chartre à laquelle devraient officiellement adhérer les responsables religieux etc…) doit être très soignée, très complète, très positive. C’est là-dessus, me semble-t-il, que pourra s’amplifier la mobilisation populaire.

Cet exposé des motifs doit partir des nombreux types d’entorses à la laïcité républicaine qui ont été constatés (après avoir rappelé le bien-fondé de cette laïcité). Si ces entorses ont pu avoir lieu malgré la loi qui semblait suffisante c’est qu’elle ne l’était pas. C’est au moins qu’elle pouvait être mal interprétée.

L’exemple le plus flagrant, en ce moment, c’est le retournement que font subir à la loi de 1905 de nombreux « laïques », de gauche comme de droite, concernant le droit de pratiquer les religions et l’attitude égale envers toutes que doit avoir la République : ils en viennent à lire dans la loi un devoir de la République de donner les moyens de pratiquer ! Ainsi Vaillant face à l’occupation des rues du 18e par les islamistes : s’ils occupent illégalement les rues c’est qu’ils n’ont pas les moyens de se construire des lieux pour leurs prières en public, l’État doit donc leur fournir ces moyens !… Et dans de nombreuses municipalités de droite et « de gauche » : des facilités de toutes sortes, dont des fonds publics doivent être donnés à la construction de nouvelles mosquées !… De même dans les cantines des écoles publiques les élus complices des islamistes posent comme principe que l’État laïque doit composer des menus qui les satisfont !… Idem pour des piscines « à réserver aux femmes », pour des lieux de prière dans les entreprises (là les complicités sont moins facilement obtenues) etc…

Dans les pistes déjà proposées je ne vois rien qui aurait permis d’éviter le sort qui a été fait à Fanny Truchelut. J’ai été scandalisé par l’attitude de Caroline Fourest à l’époque (nous devons accepter cette dure décision) mais je n’ai pas trouvé que les juges faisaient une interprétation scandaleuse de la loi. Il faut donc que celle-ci dise explicitement à l’avenir, d’une manière ou d’une autre que, dans des lieux privés mis à la disposition d’activités publiques diverses (gîtes pour vacanciers, écoles de conduite, conférences, théâtres chez des particuliers…) le propriétaire du lieu ou son représentant peut interdire le prosélytisme des invités, les attributs vestimentaires symbolisant une prétendue infériorité de la femme et son prétendu devoir de soumission et d’effacement. La loi doit être du côté de celui qui refuse chez lui le prosélyte éventuel.

Des points particulièrement importants doivent ressortir des futures dispositions à prendre. Par exemple doit être exclue très explicitement toute représentativité dans la République d’une communauté religieuse (genre CFCM d’aujourd’hui) qui ne se serait pas engagée préalablement, de façon très publique, très solennelle, sur le droit de quitter sa religion, d’en changer ou de se priver totalement d’une religion (j’ai écrit dans un texte publié par AgoraVox que ce fut selon moi un véritable « droit à la barbarie » qui a été concédé au CFCM quand on l’a mis en place sans cet engagement préalable). Ce point important devrait être rédigé de telle manière que ce soit celui qui, a priori, n’a pas de religion qui apparait comme la normalité, la neutralité de base. Il ne doit pas apparaître comme une sorte de « rebelle toléré » par de « généreux religieux ».

Ce qui me paraît capital c’est que les dispositions à prendre doivent être clairement valables pour toutes les religions et confessions spirituelles de toutes sortes (si ç’avait été le cas dans les années précédentes il n’aurait pas été nécessaire de prendre des mesures particulières pour les « sectes »; dans la mise en place de ces mesures les dirigeants religieux ont été souvent juge et partie).

Capital aussi et surtout : ces dispositions à prendre (à proposer par RL) doivent se présenter comme des ajouts perfectionnant les acquis républicains. Il est très important qu’elles n’apparaissent pas comme le résultat d’une démarche policière (de « laïcards » abstraits ou « intégristes » comme disent nos adversaires) mais comme le résultat d’un souci de mieux protéger tous les citoyens, de mieux permettre leurs libres choix, de mieux servir le vivre-ensemble dans la diversité.

Bien cordialement.

Pierre Régnier

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