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Il y a 70 ans, le bataillon français s’illustrait en Corée

La guerre de Corée : quand la guerre froide devient « chaude ...

Au « Pays du matin calme », la guerre dure depuis 70 ans, les deux Corée continuant de s’affronter de part et d’autre du 38e parallèle. Pour Pyongyang et Séoul, la paix n’est qu’un espoir aussi fugitif qu’un mirage dans le désert.

Comme quoi, depuis l’Antiquité, l’histoire du monde s’est toujours écrite entre le Nord et le Sud. C’est ainsi.

Ce fut d’abord la Muraille de Chine pour protéger les dynasties des invasions mongoles et  le Mur d’Hadrien, bâti par les légions romaines pour protéger l’Empire des barbares venus du nord de l’Angleterre.

Les invasions vikings, les croisades, la guerre de Sécession, la guerre du Vietnam de part et d’autre du 17e parallèle, et bien d’autres conflits, ont toujours opposé le Nord et le Sud.

Même l’Europe des 27 n’échappe pas à ce cliché, entre les fourmis laborieuses d’Europe du Nord et les cigales insouciantes du Sud.

C’est le 25 juin 1950 que le leader nord-coréen Kim-II-sung, le grand-père de Kim-Jong-un, lance une offensive sans déclaration de guerre sur la Corée du Sud. Le belliqueux leader communiste espère réunifier la péninsule, avec le feu vert de Staline et le soutien de la Chine de Mao. Côté américain, la surprise est totale et les revers s’enchaînent.

Mais à l’appel de Washington, 26 nations, dont la France, s’engagent sous la bannière de l’Onu pour mener la contre-offensive.

Ce premier conflit de la guerre froide mènera le monde au bord de la guerre nucléaire, Mac Arthur étant bien décidé à utiliser l’arme atomique contre la Chine.

Notre général 5 étoiles, l’un des plus décorés de l’armée américaine, affirme que 30 à 50 bombes atomiques lui suffisent pour terminer la guerre en 10 jours, quitte à arroser  la Chine et éventuellement l’URSS si besoin !!

Un D-Day atomique pour créer une ceinture radioactive entre la mer Jaune et la mer du Japon, interdisant à jamais toute incursion chinoise ou soviétique par le Nord.

Paix, réunification, justice : en Corée, tout est lié (édito d'une ...

http://www.amitiefrancecoree.org/article-guerre-de-coree-comment-l-arme-nucleaire-a-failli-etre-utilisee-par-les-americains-119169153.html

Cette option nucléaire fut longuement examinée à Washington, les Soviétiques ayant  positionné 200 bombardiers en Mandchourie, pouvant atteindre les bases américaines du Japon. De leur côté, les Chinois ont massé de nombreuses troupes en Corée du Nord.

Pour le président Truman, l’emploi du feu nucléaire reste l’ultime option pour sauver la Corée du Sud. Mais craignant un usage intempestif de l’arme atomique par l’impétueux général Mac Arthur, Truman relève ce dernier de son commandement en avril 1951.

En définitive, la tension retombe d’un cran, aussi bien du côté soviétique que chinois et l’option atomique semble s’estomper.

La guerre de Corée durera trois ans et fera 3 millions de morts, dont de nombreux civils.

Le 27 juillet 1953 un armistice est signé, mais il ne sera jamais suivi d’un traité de paix.

Officiellement, les deux Corées sont donc toujours en guerre et 23 000 soldats américains sont en poste en Corée du Sud. Et plus de 50 000 soldats sont présents au Japon, les États-Unis surveillant de près l’expansionnisme chinois en mer de Chine méridionale.

On oublie souvent qu’un bataillon français de 3 421 soldats a participé à ce conflit. 269 d’entre eux y ont perdu la vie.

Le Figaro nous retrace l’exploit oublié de ce bataillon, pris dans la nasse de Chipyong-ni, où 5 600 soldats américains, français et sud-coréens résistèrent à l’assaut de 20 000 Chinois qui les encerclaient. En ce mois de février 1951, le thermomètre descendait jusqu’à  – 28°.

« Tuer sans merci pour survivre », tel était l’ordre du général Monclar, vétéran des deux guerres mondiales, à la tête du bataillon français.

« Les Chinois dévalaient des collines comme des poussins dans la neige, au son du clairon et du tambour. Il y a en avait tellement ! Je n’avais pas le temps d’avoir peur. Je ne pensais qu’à tirer, tirer, pour en abattre le plus possible », se souvient un vétéran sud-coréen du bataillon français.

Ainsi sont les guerres, stupides, cruelles, inutiles, mais malheureusement trop souvent  inévitables. L’Humanité est incapable de vivre durablement en paix.

Durant trois jours, les assauts des soldats chinois vont se briser sur la résistance franco-américaine.

Enfin, la cavalerie américaine arrive, avec un régiment de chars et  les avions de l’US Air Force. Les assaillants en fuite laissent 1 000 morts et 2 000 blessés sur le terrain.

« Un ratio de pertes énorme »,  juge Alain Nass, ancien attaché de défense à l’ambassade de France à Séoul.

« Chipyong-ni a changé le cours de la guerre de Corée, en évitant la débâcle et la perte de la péninsule par les Américains », estime Alain Nass. Ce succès, après les revers des premiers mois de guerre, a sans doute freiné les ardeurs des tenants du feu nucléaire et  a remonté le moral des alliés.

Dès le mois suivant, Séoul était reconquise et l’option atomique s’éloignait.

Le successeur de Mac Arthur, le général Ridgway, louera avec force l’exploit de Chipyong-ni.

« Je veux dire que les combattants américains et leurs camarades français ont fait preuve sur le champ de bataille d’une conduite digne des plus hauts faits de leurs histoires respectives ».

Un exploit qui vaudra au bataillon français, une Citation présidentielle américaine, distinction rarissime décernée pour des actes militaires héroïques.

Et une bataille qui sera étudiée à  l’École de guerre par nos officiers.

Il y a 70 ans, le monde a frôlé une Troisième Guerre mondiale et une guerre nucléaire.

Mais aujourd’hui, c’est le petit-fils de Kim II-sung qui perpétue la menace atomique, soufflant le chaud et le froid, en parfait dictateur communiste qui vomit le monde libre.

La réunification de la péninsule coréenne n’est visiblement pas d’actualité, du moins aussi longtemps que régnera la dynastie des Kim.

Et la montée en puissance de la Chine n’augure rien de bon.

On est déjà loin de l’historique poignée de mains entre Trump et Kim Jong-un  en 2018, à Singapour.

Pyongyang multiplie les tests de missiles et la menace militaire face à Séoul reste totale, malgré les sanctions économiques, que Pékin s’empresse d’alléger…

Pour le dernier bastion communiste de la planète, l’Histoire s’est figée en 1953 et la guerre continue.

Jacques Guillemain