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Il y a cent ans, 1,3 million d’hommes mouraient pour que vive la France

« Des morts tombés pour que la France vive encore » (Théodore Botrel)

 Le-Matin-declaration-guerre

 

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Quand nos hommes acceptaient de mourir pour sauver notre pays et leurs descendants… C’était une autre époque, un autre siècle.

La fleur au canon, persuadés que cette guerre ne serait qu’une formalité de courte durée, les Poilus sont partis mourir le sourire aux lèvres. Les gaz, les obus, les grenades, les baïonnettes qui vous trouent le bide, les rats qui viennent vous piétiner pendant vos trop courtes heures de sommeil, les cadavres sur lesquels on trébuche, la boue, la pluie, le froid, les poux, la gangrène, la dysenterie, tel était le quotidien de ces jeunes garçons envoyés au front. Certains quittaient leur jeune épouse et leur bébé, les autres mouraient sans même savoir qu’ils étaient pères.

Tous avaient en commun le même amour de leur pays, de cette France dont leurs corps étaient pétris. Tous étaient les fils et petits-fils d’autres hommes partis eux aussi au combat, dans une longue tradition de défense de leur terre nourricière dont ils ont hérité leurs noms, de leurs frontières.

En marchant vers leur destin, les soldats emplis d’une foi qui les aidait à survivre se battaient pour leurs enfants, pour leurs descendants. Chacune des lettres qu’ils envoyaient était comme un testament et témoignait de l’amour pour leur épouse et pour leurs petits qu’ils n’avaient de cesse d’appeler à protéger.

On ne peut qu’être amers aujourd’hui en voyant que certains de leurs descendants crachent sans honte sur cette France encore gorgée du sang de leurs aïeux, quand ils ne participent pas activement à sa destruction et à son invasion par d’autres « barbares ».

Il y a cent ans, dans un petit coin de la Meuse, Français et Allemands creusaient pas moins de 22 km de galeries souterraines. Côté français quatorze mille jeunes hommes ont perdu la vie pour une butte, une simple butte de 80 mètres de haut, le village de Vauquois, alors qu’à quelques kilomètres de là Verdun voyait mourir plus de 160 000 soldats.

Des cicatrices gigantesques dans le sol où se trouvait autrefois ce village avec son école, sa mairie et son église, témoignent de l’horreur qu’ont vécu les malheureux, victimes de bombes lancées depuis les galeries. A la fin du conflit, la première trace de vie qui apparaîtra à Vauquois sera celle des coquelicots, des coquelicots rouge sang…

Bleuets-coquelicots

« Ma chérie,

Je t’écris pour te dire que je ne reviendrai pas de la guerre. S’il te plaît, ne pleure pas, sois forte. Le dernier assaut m’a coûté mon pied gauche et ma blessure s’est infectée. Les médecins disent qu’il ne me reste que quelques jours à vivre. Quand cette lettre te parviendra, je serai peut-être déjà mort. Je vais te raconter comment j’ai été blessé.

Il y a trois jours, nos généraux nous ont ordonné d’attaquer. Ce fut une boucherie absolument inutile. Au début, nous étions vingt mille. Après avoir passé les barbelés, nous n’étions plus que quinze mille environ. C’est à ce moment-là que je fus touché. Un obus tomba pas très loin de moi et un morceau m’arracha le pied gauche. Je perdis connaissance et je ne me réveillai qu’un jour plus tard, dans une tente d’infirmerie. Plus tard, j’appris que parmi les vingt mille soldats qui étaient partis à l’assaut, seuls cinq mille avaient pu survivre grâce à un repli demandé par le Général Pétain.

Dans ta dernière lettre, tu m’as dit que tu étais enceinte depuis ma permission d’il y a deux mois. Quand notre enfant naîtra, tu lui diras que son père est mort en héros pour la France. Et surtout, fais en sorte à ce qu’il n’aille jamais dans l’armée pour qu’il ne meure pas bêtement comme moi.

Je t’aime, j’espère qu’on se reverra dans un autre monde, je te remercie pour tous les merveilleux moments que tu m’as fait passer, je t’aimerai toujours. Adieu » (Charles, Verdun, mars 1916) 

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« Espérons que le sol de notre chère France sera bientôt débarrassé de ces barbares. Ces maudits Teutons ont commis des atrocités abominables. Lundi dernier, nous avons eu encore un sergent blessé que nous n’avons pu ramener. Lorsque nous avons été le rechercher, nous n’avons plus trouvé qu’un affreux cadavre mutilé. Crâne défoncé à coups de crosse, yeux arrachés, une oreille coupée, le nez arraché, le corps traversé de coups de baïonnette. C’est atroce et l’on se demande comment au xxe siècle, en pleine Europe, il peut exister de pareils bandits » (Alexandre, Verdun, octobre 1914)

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« Eh bien, petite soeur, si je tombe ainsi ce sera très beau. j’aurai là une mort enviable. Tombé en pleine jeunesse au service de la France, quelle fin idéale » (Georges, Neuville-Saint-Vaast en 1915)

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« Je ne sais pas si je pourrais dormir dans un lit à présent, on est habitué à coucher par terre ou sur la paille quand on peut en trouver. Il y a bien deux mois que je ne me suis pas déshabillé, et j’ai enlevé mes souliers cette nuit pour dormir ; il y avait au moins quinze jours que je ne les avais pas quittés » (Adolphe, 1915)

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« Avant-hier soir, aux avant-postes la sentinelle voyait arriver vers elle une ombre qui rampait. Halte-là, qui vive ! France. L’on s’approche et que voit-on ? Un malheureux soldat du 330è qui avait la jambe gauche brisée et labourée par un éclat d’obus. Cet héroïque soldat avait été blessé quatre jours avant à 5 kilomètres de là. Ne voulant pas être ramassé par les Allemands, il se ligotta les deux jambes ensemble afin que la jambe blessée ne le gênat pas et le fit moins souffrir, puis le jour, faisant le mort, la nuit il s’acheminait en rampant tel qu’un ver de terre, du côté de nos lignes. Ce malheureux fit ses 5 kilomètres en 4 nuits en se traînant ou s’aidant de ses bras et restant 4 jours Sans nourriture. Quel bel exemple de courage et de volonté ! » (Alexandre, Verdun, octobre 14)

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« Chers parents,

Le 9, à 10 heures du matin on faisait une attaque terrible dans la plaine de Woëvre. (…) j’ai le pied gauche noir comme du charbon et tout le corps tout violet ; il est grand temps qu’il vienne une décision, où tout le monde reste dans les marais, les brancardiers ne pouvant plus marcher car le Boche tire toujours ; la plaine est plate comme un billard. » (Eugène, novembre 1918)

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« Ah ! Que de choses nous apprendra cette guerre, que de leçons à en tirer. Nous apprendrons alors ce que nous ont coûté le manque de discipline et les fameuses théories humanitaires (…) » (Alexandre, Verdun, septembre 1914)

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« Je meurs content d’avoir un peu contribué à sauver la France ! Je ne regrette rien » (dernières paroles de Marc de Monti de Rezé)

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« Léonie chérie,


(…) En plus des balles, des bombes, des barbelés, c’est la guerre des mines avec la perspective de sauter à tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, épaisse, collante dont il est impossible de se débarrasser. Les tranchées s’écroulent sous les obus et mettent à jour des corps, des ossements et des crânes, l’odeur est pestilentielle. Tout manque : l’eau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillés, la galetouse est bien vide ! (…) Nous partons au combat l’épingle à chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffés d’un casque en tôle d’acier lourd et incommode mais qui protège des ricochets et encombrés de tout l’attirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participé à des offensives à outrance qui ont toutes échoué sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissé exténués et désespérés. Les malheureux estropiés que le monde va regarder d’un air dédaigneux à leur retour auront-ils seulement droit à la petite croix de guerre pour les dédommager d’un bras, d’une jambe en moins ? Cette guerre nous apparaît à tous comme une infâme et inutile boucherie. Le 16 avril, le général Nivelle a lancé une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un échec, un désastre ! Partout des morts ! Lorsque j’avançais les sentiments n’existaient plus, la peur, l’amour, plus rien n’avait de sens. Il importait juste d’aller de l’avant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes d’accès boisées, étaient rudes. Perdu dans le brouillard, le fusil à l’épaule j’errais, la sueur dégoulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausée. Un vrai charnier s’étendait à mes pieds. J’ai descendu la butte en enjambant les corps désarticulés, une haine terrible s’emparant de moi. (…) Eugène ton mari qui t’aime tant. » (Eugène, mai 1917)

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« (…) c’était un spectacle fort impressionnant et lorsque au moment du sermon, l’aumônier nous parla de la France, du mouvement patriotique qui la soulevait toute entière, nous exhortant à nous rapprocher de Dieu, à prier pour tous ceux, père, mère, femme, enfants qui à la même heure priaient aussi pour nous à l’église du village ou de la ville, tous les yeux s’emplirent de larmes et il n’y en à pas un qui ne s’essuyait les yeux. Oui, les cœurs étaient bien gros, surtout lorsqu’il dit que dernièrement dans une église, il vit une petite fille qui récitait son chapelet et lui dit qu’elle priait pour son papa et sa patrie » (août 14)

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« (…) notre pauvre France supporte tout le choc et saigne de toutes parts. Mais nos troupes sont animées du meilleur esprit, et nous arriverons bien à bouter ces Teutons hors de France. (…) Ah ! Ce vingtième siècle, siècle de progrès insensés, siècle ou les questions de mutualité, de fraternité, de concorde et de paix universelles furent plus que jamais à l’ordre du jour, à quoi avez-vous abouti ? » (Alexandre, Verdun, septembre 1914)

11-novembre-Paris

Le 11 novembre 1918, la Der des Ders est enfin terminée. Onze millions d’hommes n’en reviendront pas, d’autres mourront quelques années plus tard des suites de blessures ou d’inhalations de gaz toxiques. A l’heure où notre terre natale est au plus mal, harcelée, vandalisée, méprisée, martyrisée, acculée, il est impérieux de se souvenir de ce qu’elle a été pour le monde entier et pour ses propres enfants depuis des siècles. Notre pays a besoin de nous, descendants de Poilus, pour le relever. Parce qu’on ne peut pas impunément cracher sur les dépouilles de nos grands-pères, eux qui nous ont montré la voie du courage, de la bravoure, de la liberté, cette liberté dont aujourd’hui, en pleutres, nous nous laissons déposséder. Bon sang, qu’on se lève et vite ! « Pour que la France vive encore » !

« A 9 heures du matin, le 11, on vient nous avertir que tout est signé et que cela finit à 11 heures, deux heures qui parurent durer des jours entiers.
 Enfin, 11 heures arrivent ; d’un seul coup, tout s’arrête, c’est incroyable.
 Nous attendons 2 heures ; tout est bien fini ; alors la triste corvée commence, d’aller chercher les camarades qui y sont restés » (Eugène, 11 novembre 1918)

« Depuis hier tout est fini !
 On l’a su bien vite et tu penses de la joie de tous les poilus.
Fini les balles, les marmites et tout le tremblement !
 Un mot de Foch, un ordre et tout s’est tu ! C’est fantastique et on a de la peine à y croire » (Armand, 12 novembre 1918)

Montage-Poilus

Plaques-tombes-pr-la-France

Extrait-Marseillaise

Caroline Alamachère