Il y a cent jours Dominique Venner nous envoyait un message…

Publié le 30 août 2013 - par - 1 617 vues
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Il y a cent jours, Dominique Venner décidait souverainement de mourir en « samouraï d’Occident ». Ses proches, ses amis, ses collaborateurs, beaucoup de ses lecteurs ont su alors trouver les mots justes pour parler de cet homme d’une qualité rare, qui a toujours suivi un idéal de Grec, de Romain, de chevalier, et a toujours vécu droit et au plus haut de lui-même. Le caractère unique et exceptionnel de son œuvre d’« historien méditatif » a été souligné comme il convenait : l’avenir lui fera la place qu’elle mérite. Son dernier geste a été interprété comme il fallait : un sacrifice, un acte sacré pour appeler au courage et à l’honneur d’être européen.

Je voudrais dire ici simplement ce que cet aristocrate de l’intelligence et du comportement m’a apporté en mon automne : j’ai trouvé en lui le maître de réflexion et d’action dont j’avais besoin pour me rappeler que « vivre c’est combattre ».

Nous étions nés la même année.

A la différence des jeunes gens et des hommes mûrs d’aujourd’hui, nous avons été « façonnés par l’horizon de la guerre ». Notre initiation au tragique et à « l’imprévu dans l’histoire » a commencé très tôt, sous ce qu’il a nommé « notre regard muet d’enfant attentif ».

Au sortir de l’adolescence, ce fut à notre tour de devenir acteurs d’une guerre. Celle-ci était aussi une guerre civile, entre Français. Nous choisîmes, lui et moi, des camps opposés, entre lesquels nulle conciliation ne fut jamais possible.

Au cours d’une longue existence, ni  lui ni moi n’avons jamais renié nos engagements de ce temps – et chacun comprenait la fidélité de l’autre. Est-ce parce que nous avions veillé « à ne jamais sortir de notre jeunesse », un de ses derniers conseils dans son dernier livre ? Est-ce parce que, mus par une passion de même intensité pour la France et « restés étrangers à l’utopie d’une intégration multiethnique » (ce sont ses mots), nous avions été moins opposés que nous l’avions pensé ? C’est surtout, je crois, parce que notre mère commune, la Grèce, nous avait enseigné, au fil des ans, que, à certains moments de l’histoire, le devoir est aussi impératif pour Antigone, l’idéaliste qui se réfère à l’éternel, que pour Créon, le réaliste en charge de la cité ? Si les dieux se plaisent tant à tourmenter les humains, ne serait-ce pas, d’abord, pour que ceux-ci sortent des nécessités plates du quotidien, pour qu’ils apprennent qu’il y a en chacun d’eux un au-delà de l’homme ordinaire, pour qu’ils grandissent, qu’ils deviennent plus forts, mais, également, plus sages, pour qu’ils mesurent les risques de l’hybris, qui, de nos jours, s’appelle le sectarisme politique ou encore l’abandon aux séductions de l’argent ? La terrible épreuve de l’Algérie fut, pour le jeune militant de droite et le jeune gaulliste que nous étions, comme pour d’autres Français de notre génération, une occasion – oserais-je dire : une chance ? – pour mieux comprendre le monde, réfléchir sur ce qu’est une vie humaine et ce que chacun peut ou doit en faire, sur ce que chacun se doit à lui-même.

Je le crois profondément : Les grandes épreuves sont là pour nous contraindre à un choix : se soumettre, c’est-à-dire renoncer à l’estime de soi, à la dignité, à l’honneur, ou dire non, se rebeller, résister, combattre, grandir.

Aujourd’hui, c’est notre peuple, le peuple de France, le peuple d’Europe, c’est notre civilisation tout entière, c’est donc chacun de nous qui doit répondre à la question : se soumettre ou résister, s’avilir ou combattre, mourir ou grandir ?

Le « siècle de 1914 » ne cesse de nous imposer le karma nocif de ses années d’agonie gâtifiante. Nos dirigeants (ils ne méritent pas le nom de « chefs ») continuent, comme leurs prédécesseurs d’il y a vingt ou trente ans, à maintenir les portes de la cité grandes ouvertes à un envahisseur qui, depuis quatorze siècles, nous agresse avec le but, sacré pour lui, de nous anéantir. Assuré de la complaisance servile de nos édiles, l’ennemi édifie chez nous ses temples, qui sont autant de bastions avancés pour mobiliser ses troupes. Osant nous narguer et sûr de notre passivité, il affiche au fronton de ces forteresses son objectif : « la conquête ». Nous le laissons piller, incendier, trafiquer, chasser les nôtres de leurs maisons, exhiber ses drapeaux et ses uniformes, imposer ses lois et ses coutumes ; nous lui concédons, au prix de notre paix civile, des quartiers, des villes, des portions de notre terre… Pendant le même temps, nous laissons des rhéteurs débiles, ses collaborateurs, défigurer notre passé dans nos écoles, interdire à nos enfants de faire connaissance avec nos grands hommes, nos victoires, nos chefs d’œuvre. Jusqu’à notre langue, notre plus noble héritage, que des agents de l’étranger mutilent, dégradent, infectent et chassent de nos agoras et de nos lieux de commerce. Des politiciens, crétins et traitres, offrent à nos adversaires les plus déclarés des soldats et des armes pour que, avec nos faux alliés, ils dégarnissent notre limes de sécurité au profit des despotes les plus cruels et les plus méprisables, mais aussi les plus dangereux. Partout, chez nous, complaisance au déclin ; partout, la lâcheté, la résignation, la veulerie, mais aussi la stupidité, mais aussi l’avidité sans limite et la corruption. Faut-il, comme un personnage de Montherlant, se contenter de dire : – Dieu m’a donné à profusion la vertu d’écœurement » et ne rien faire ?

Il y a quinze ans, quand j’ai décidé de m’intéresser de nouveau à l’islam, que j’avais fui après mes années d’étude comme on s‘échappe d’un marécage grouillant, mais stérile, asphyxiant et mortifère, je voulais combattre, je sentais en moi l’urgence de combattre, mais je doutais de la victoire. Dominique Venner, lui, avait des certitudes. Il disait : L’Europe n’est qu’en « dormition ». « Je ne crois pas  – je le cite – que les Européens se laisseront écraser dès lors qu’ils prendront connaissance du danger […] Les réveils historiques sont toujours très lents, mais, une fois commencés, on ne les arrête plus » (Le choc de l’histoire). La lecture de ses textes et des textes des historiens dont il s’était entouré m’ont ancré dans cette foi.

L’Europe doit faire face à un danger comme elle n’en a connu que lors des guerres médiques ou au moment de la première invasion arabe, aux VIIe et  VIIIe siècles. Un défi de vie ou de mort. Je suis persuadé que, prenant conscience de la menace, nous sortirons de la culpabilisation, de l’affaissement, de l’apathie et nous retrouverons nos vertus, notre ardeur, notre courage, notre intelligence et, d’abord,  la fierté de notre identité. Et nous vaincrons. La libération, la reconquête, la Reconquista sera pleine et entière, car nous apprendrons dans la lutte que, avec l’idéologie totalitaire, sanguinaire, exterminatrice, qui nous assaille, aucune cohabitation paisible n’est possible sur notre territoire. Dans cette épreuve,  l’Europe  se sera reforgé une âme, et je ne doute pas qu’elle se sera débarrassée d’ajouts qui l’ont parasitée et affaiblie, comme les dogmes absurdes de l’universalisme ou du messianisme, qui ne sont pas dans ses gênes.

L’Europe redeviendra elle-même. Ecoutons la définition qu’en donne l’auteur de Histoire et traditions des Européens : « le respect des ancêtres, la communion avec la nature, le courage stoïque devant l’inéluctable pour ce qui et noble et beau, le mépris de la bassesse et de la laideur », mais aussi « le droit à une patrie », « terre sacrée où reposent les aïeux », « l’individualité enracinée dans la tradition », le culte de « la tenue physique et morale »…

Par son suicide, Dominique Venner a fait retentir l’éclat d’une diane parmi nos peuples. Nous devons célébrer son sacrifice magnifique comme le premier acte d’une Renaissance. Il a dit à chacun de nous : « Mystique d’abord ». Construisez votre « citadelle intérieure ». Il nous a répété le chant du Grec Eschyle face à la menace des barbares de l’Orient : « Délivrez la patrie, vos enfants, vos femmes, les demeures des dieux et les tombeaux de vos aïeux ! Maintenant, c’est le suprême combat ! »

Oui, le suprême combat est commencé.

Comme Dominique Venner l’avait prévu, l’Europe déjà résiste, l’Europe déjà se libère, l’Europe déjà renaît.

Merci à lui de nous avoir rappelés à nos devoirs d’Européens, de nous avoir donné la foi en la victoire et de nous en avoir indiqué les moyens. Honorons-le par nos actes. Prenons-en l’engagement sur nos dieux, sur nos ancêtres, sur nos enfants, sur notre patrie, sur l’Europe.

Je terminerai par cette phrase, qui doit être comme une devise pour nous, les Européens, que tous les enfants européens apprendront, un jour (je n’en doute pas), de leurs parents et de leurs maîtres : « La nature comme socle, l’excellence comme but, la beauté comme horizon ». Que chacun de nous fasse de ces mots exaltants sa règle de vie dès aujourd’hui, dès « le bel aujourd’hui » !

 René Marchand

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