Il y a des lustres que la justice est dévoyée : affaire Robert Boulin

Au cœur de l’automne, les feuilles mortes tombent une à une et recouvrent le sol, comme au moment de l’affaire Boulin. Mais l’affaire ressurgit toujours. L’affaire Boulin, c’est celle de la mort de Robert Boulin, ministre du Travail, le 30 Octobre 1979. Assassiné ? Suicidé ?

On remarquera qu’il a été déclaré suicidé vers deux heures du matin, alors qu’on n’a découvert son corps qu’à 8 h 35. Un peu rapide, non ? Cela fait penser à l’affaire de Carpentras, où bien avant la découverte de la profanation, qui visait à salir le FN avant les élections, on a annoncé au maire de Carpentras qu’il s’était passé quelque chose et que le ministre de l’Intérieur allait arriver.

Plus étonnant, un proche de Boulin, Jacques Douté, entouré de témoins, affirme qu’on lui a annoncé le décès la veille de la découverte du corps, vers 20 h. D’autres personnes disent la même chose.

Dans l’affaire Boulin, l’information judiciaire a conclu en 1991 à un suicide lié à une mise en cause du ministre dans une transaction immobilière. Douze ans pour aboutir à cela : de qui se moque la justice, en France  ?

En 1979, la famille Boulin, anesthésiée par le drame, accepte le diagnostic de suicide. Mais en 1983, elle porte plainte contre X pour homicide involontaire.

Il y a en effet trop d’irrégularités dans ce dossier. Fabienne Boulin-Burgeat n’en dénombre pas moins de 75, ce qui est quand même ahurissant.

L’unique tort de Robert Boulin semble de ne pas avoir su se défendre, comme beaucoup d’innocents qui s’enfoncent sans le vouloir. Robert Boulin était connu pour être  un passionné du service public. Un homme honnête, à l’ancienne. Malgré sa faiblesse pour un promoteur véreux.

Le point de départ, pour le commun des mortels, c’est le terrain de Ramatuelle. Robert Boulin intervient, hélas, en 1974 auprès du préfet du Var pour obtenir une dérogation aux règlements d’urbanisme pour son ami Henri Tournet, qui pour le remercier lui cède deux hectares pour 40 000 francs. Il est possible que cette somme ait été rendue à Boulin, qui répond que s’il y a 40 000 francs sur son compte, cela lui vient de sa mère. Tournet d’autre part a vendu le terrain à plusieurs personnes différentes. Que d’affaires louches à cette époque dans la Var, proie des promoteurs… Il semble que cette affaire de terrain ait été montée presque de toutes pièces pour discréditer Boulin.

Des bruits commencent à courir sur Robert Boulin, qui répond qu’il est parfaitement clair dans cette affaire. Tournet est poursuivi mais Boulin n’est pas mis en cause. Tournet est condamné à quinze ans de prison qu’il ne fera jamais. A la place, il se réfugie au Chili.

L’enquête sur Ramatuelle avance, Robert Boulin se sent traqué. Puis il se rend en voiture à Monfort-l’Amaury.

Le soir la famille commence à s’inquiéter. C’est là que les mystères se multiplient. Un membre de son cabinet vient voir la famille, annonce tout de go que Robert Boulin est mort, et dit à son fils de fouiller la corbeille à papiers. En effet une lettre déchirée indique que Boulin va se suicider. Qui a mis ce papier dans la corbeille, qu’un témoin assure avoir vue vide au départ de Boulin  ? Probablement un autre que Robert Boulin.

Plusieurs personnes reçoivent une même lettre de Robert Boulin, postée en 14 exemplaires à Montfort-l’Amaury mais il y a un doute car on ne trouve aucun ADN de Boulin sur ces lettres. Qui l’a tapée ? Qui l’a postée ? D’après Chaban-Delmas la signature comporte un signe utilisé dans la résistance, disant qu’il s’agit d’un faux. OU d’un écrit sous la menace.

La découverte du corps de Robert Boulin elle-même pose problème. Un individu déclare l’avoir trouvé le premier, mort sur un talus. Mais les autorités trouvent son corps dans un étang, dans très peu d’eau. Curieusement, ses pieds ne sont pas boueux, et le corps est immergé de manière bizarre. Il n’est pas dans la position habituelle d’un noyé. Les « lividités cadavériques » sont situées sur le dos alors que pour une noyade elles apparaissent sur le ventre.

Il y a eu une autopsie, mais on a perdu les poumons ! Pourtant leur examen, pour une noyade, aurait été déterminant. Le crâne non plus n’est pas autopsié, on se demande bien pourquoi.

On a retrouvé son visage couvert d’ecchymoses, ainsi que le tronc, comme s’il avait été battu avant de mourir. Le nez fracturé. Mais les enquêteurs ont soutenu que le corps a heurté un rocher quand il a été sorti de l’eau. Or il n’y a aucun rocher à cet endroit de l’étang.

Après toutes sortes de péripéties longues à énumérer, de changements d’avocats, la famille en 2015 relance l’affaire. L’enquête démarre sur les chapeaux de roue puis se fige, le magistrat est dessaisi et son successeur ne fait plus rien. Sur ordre ? Lorsque l’avocat lui demande d’entendre de nouveaux témoins, il répond que rien ne presse. Depuis 40 ans. 24 actes sont refusés par le juge d’instruction, en septembre dernier.

Des témoins se désistent subitement, ou sont menacés de mort, encore aujourd’hui.

L’avocat a fait appel de ces refus. Et a assigné l’Etat pour faute lourde. Et ce n’est pas fini.

Il est clair que trop d’indices sont du côté de l’assassinat. Trop de gens ont des doutes. Trop de témoins ont indiqué des détails opposés au suicide. Trop d’erreurs, de perte de temps, de pertes ou de falsifications de documents, de la part de la justice.

Il est clair que Robert Boulin, qui avait été ministre pendant quinze ans, sous Charles de Gaulle, Pompidou et Giscard d’Estaing, et qui avait amassé scrupuleusement une masse de documents dans son ministère et son bureau de Libourne, curieusement disparues juste après le décès, en savait trop. Curieusement, Giscard n’a jamais évoqué la thèse de l’assassinat, mais toujours le suicide, dans son livre qui contient un chapitre entier là dessus.

En 1979, Valery Gicard d’Estaing pense à nommer un premier ministre membre du RPR, pour contrer l’influence de Chirac maire de Paris. Cela a été le départ de cette affaire hautement politique. Car on craignait une scission du RPR.

En réalité, tout le monde subodore un scandale lié aux financement des partis et plus spécialement au financement du RPR. Et bien sûr, une horrible lutte pour le pouvoir.

Le tout saupoudré de barbouzes, de SDECE, du SAC criminel, de promoteurs véreux, de gens louches se promenant du côté de Montfort-L’Amaury, et de gros mensonges. Plus c’est gros, plus ça passe. Tous les ingrédients d’un mauvais polar de gare.

Et cela expliquerait que plus de 40 ans après règne toujours une telle terreur sur les témoins, et une telle inertie dans la justice-mur-des-cons aux ordres, qui confine au refus d’enquêter et au refus de preuves.

Quarante ans après, l’omerta tient toujours fort. Pour qui ? Pour quoi ? Qui a le bras assez long pour encore aujourd’hui forcer au silence ? Le saura-t-on un jour ? Tout ce qu’on sait c’est que la justice n’en sort qu’encore diminuée. Mais cela n’étonne personne.

Plus que jamais l’adage « pour vivre heureux vivons caché » reste vrai. Caché loin du pouvoir. Et loin de la justice.

Sophie Durand

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14 Commentaires

  1. Les poumons ont été derobé dans le frigo du medecin Legiste !
    La crapulitude de la justice de lépoque est parfaitement etablie.

  2. Dans l’émission « Envoyé Spécial » du 26/10/2017, Elise Lucet a consacré à l’affaire Boulin un reportage qui ne laisse aucun doute sur le fait que Robert Boulin a été assassiné. Les témoignages recueillis sont édifiants. C’est visible sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=SOQIgI2LMLs

  3. C’est comme pour l’affaire Kennedy de 1963 dont tous les dossiers n’ont pas été déclassifiés. Tout le monde sait que c’est un complot mais on continue toujours à dénoncer le lampiste Oswald. Il est probable que si quelqu’un se mettait à y mettre son nez même aujourd’hui, il ne tarderait pas à avoir des « ennuis ».

    • En tout cas pour Kennedy, on sait que père et fils Bush etaient à Dallas ce jour là et qu’ils ont assisté à l’exécution.

  4. Il faut remarquer que durant la présidence de M. Giscard d’Estaing, le taux de mortalité des ministres a atteint des sommets jamais vus. Outre Boulin, ont été assassinés deux autres ministres: Jean De Broglie et Joseph Fontanet. Deux affaires vites étouffées, comme l’affaire Boulin.

  5. Etle 1er novembre 2021 vient de sortir le 1er épisode de l’affaire K .
    Il s’appelle Alexis K . C’est le grand copain du poudré .

  6. Boulin noyé dans l’équivalent d’une bassine d’eau ;c’est parfaitement crédible…

    • Un nom, un nom !
      Ce qui est sûr c’est que beaucoup de gens étaient au courant…toute cette foule qui est venue près du lac ! Et voir les Boulin chez eux dans l’après-midi du crime.
      Chirac est fortement soupçonné.
      Rien que le fait que Giscard ne parle que de suicide dans son livre est problématique…
      Mais toute la classe politique se tient par la barbichette. Le premier qui parle…

  7. Autre piste : j’aurais entendu dire que R.Boulin se serait attaqué au « fromage » des caisses d’assurance maladie, pré carré de la gauche , notamment de la CGT… il avait pour objectif proche celle de Seine et Marne. Mais est-ce des « quand dira-t-on » médisants au même titre que ce petit avion de tourisme explosant en plein vol plusieurs années plus tard au large de l’Afrique, avec à son bord les principaux dirigeants des caisses de mutuelles complémentaires. Mais ceci est une autre histoire qui n’a jamais fait d’écho dans la presse ; le hasard faisant bien les choses.

  8. La justice, ce 4ème pouvoir, est dévoyé, écrivez-vous?
    Du point de vue du petit peuple, qui regarde les dérives d’injustices de la magistrature assise et debout, c’est une évidence criante. Mais l’évidence « vraie », c’est que la djustice est dépendante du pouvoir mondialiste et à son service, depuis des lustres. En interprétant à sa guise nos lois de Laïcité et de Liberté, à seule fin de ménager les communautarismes, la judiciarisation de la société, de la parole, de l’écrit, voire des « sentiments » de peur, de phobie des obscurantismes fous, cette judiciarisation forcenée est devenue un outil de pouvoir.

  9. Il est exact que c’est une affaire d’état dans laquelle la justice aux ordres n’a jamais voulu mettre les pieds d’autant plus qu’un haut magistrat avait certainement tout intérêt à bloquer cette procédure judiciaire ainsi que des hommes politiques.Voilà pourquoi l’enquête a été sabotée .Nous sommes depuis plusieurs décennies dans une république bananière.

  10. Tant qu’à faire de pratiquer l’assassinat politique, tous ces gouvernants véreux pourraient peut-être utiliser des barbouzes dignes de ce nom au lieu de guignols, non? Ce n’est pourtant pas l’argent mal acquis qui leur manque !

  11. Le doute n’est plus permis sur son meurtre en voyant les photos de son visage tout tuméfié et le sang qui s’est accumulé au niveau de son dos indiquant que le corps est resté allongé un moment. En plus, jamais personne ne s’est noyé là, l’eau n’arrivant qu’aux genoux donc pas assez profonde. Il lui était impossible de se suicider dans si peu d’eau comme ILS ont voulu le faire croire. S’ils ont pris la peine d’enlever les poumons c’est bien parce qu’il n’y avait pas d’eau dedans, ainsi que le cerveau pour ne pas voir le sang du aux coups. Si l’omerta est toujours en pratique ainsi que les menaces de représailles, cela ne peut indiquer qu’une chose, une partie des protagonistes sont toujours en vie et ils sont surement puissants ou hautement protégés ! Un homme est venu récupérer tout les dossiers au domicile de Mr R. Boulin, il a dit à sa femme  » Robert a été assassiné  » !!!

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