Il y a pire que la censure, c’est l’auto-censure

Publié le 27 octobre 2020 - par - 2 commentaires - 381 vues

La bien-pensance manipule très bien le ciseau de la censure. Que restera-t-il bientôt de la liberté d’expression ? La société médiatique a tendance à choisir ses victimes et la députée France Insoumise caricaturée dans Valeurs Actuelles a été ce symbole qui a ramené la société vers des sujets encore controversés. Avec toujours la même conclusion sophiste : prendre la défense d’une personne en raison de sa couleur de peau. La censure sous peine de l’offense est très dangereuse. Si on ne veut pas être offensé, on doit se couper du monde et vivre dans une grotte. Est-ce qu’il y a vraiment une censure exercée par le camp du Bien ? Peut-être que non. Est-ce qu’il n’y a pas plutôt une autocensure ? Aujourd’hui via l’antiracisme et les mouvements indigénistes, on peut se poser question sur le boycott que peuvent subir certains groupes. Il y a surtout une pression institutionnelle ! En des lieux précis, cette pression est plus puissante que l’autocensure.

On peut alors comprendre que certains acteurs nationalistes/patriotes se taisent et s’autocensurent justement pour éviter la confrontation avec le matraquage idéologique. Je remarque qu’il y a des totems, des sujets sur lesquels on interrompt les voix dissidentes et ça offre parfois des scènes burlesques. Dénoncer la censure s’avère périlleux. Le journaliste Patrick Cohen, par exemple, a une liste noire de personnalités qu’il s’interdit d’inviter sur une émission. Un fléau touche le dialogue. Ce fléau est que nous avons envie de discuter uniquement avec les gens qui sont de notre opinion. Naïvement, en utilisant les réseaux sociaux, nous avons cru que la prostituée allait pouvoir parler avec le ministre et la femme de ménage. Naïvement, nous avons cru en une tectonique des avis et des opinions.

Souvenez-vous, dans les années 2000, on nous parlait des Gafam comme des géants qui allaient porter la liberté d’expression à bout de bras. Aujourd’hui, ce sont les Gafam eux-mêmes qui prennent les dispositions pour censurer ou interrompre les diffusions.  En échangeant, nous avons tout à gagner. L’échange renseigne avant tout sur l’idéologie adverse, et par ailleurs, permet de constater que, comme ils s’inscrivent dans un contexte idéologique favorable, leurs idées ne vont pas à contresens du contexte idéologique dans lequel nous sommes. Ils ne font pas alors l’effort de garantir une discussion de qualité. Puisque en fait, elle se fera à leur détriment. Une vérité pourrait éclater dans le brouillard ambiant du mensonge. En réalité, le dialogue n’est pas favorable à ceux qui sont triomphants. C’est un rapport de force. Tous les regards sont décalés par le fait que, quand on est dans l’Éducation nationale, on nous apprend qu’on est dans une démocratie dans laquelle il y a l’égalité des temps de paroles et une pluralité de ces dernières. Mais que nenni ! Il faut se créer soi-même son espace.

La parole est une conquête lorsqu’on est du côté opposé à la pensée dominante. C’est à nous de créer l’espace pour faire en sorte que nos idées puissent être diffusées. Prenons aussi en compte la mutation de la figure intellectuelle en Occident. Quand vous preniez les anciens philosophes, ceux de l’Antiquité, on disait d’eux, avant de les appeler « philosophes », qu’ils étaient des « dialecticiens ». En d’autres termes, des hommes de dialogue. Les figures intellectuelles de la modernité sont quasi toutes enfermées chez elles avec beaucoup de livres, cumulant une érudition assez grande mais qui finalement comme Emmanuel Kant, discute peu.

L’intellectuel moderne ne discute plus. Il est en quelque sorte, misanthrope. Au milieu du XVIIIe siècle, les hommes de lettres étaient dotés de rhétorique et non de dialectique. La rhétorique nécessite la vertu alors que la dialectique n’en nécessite aucune. La dialectique est le lieu des sophistes. Ceci est peut-être la cause actuelle de la pauvreté des débats. Le cadre juridique, on le connaît concernant la liberté d’expression. Nous avons le droit de tout dire pourvu qu’on ne verse pas dans l’insulte, pourvu qu’on ne verse pas dans la diffamation, pourvu qu’on ne verse pas dans le mensonge et l’atteinte à l’honneur. Il y a un cadre et il est très précis. En dehors de ça cependant, le jugement d’une affirmation ne s’effectue plus par les juges ou les prétoires, mais à la télévision et dans les espaces de discussion. Quelles sont les limites de la liberté d’expression ? Je ne peux pas diffamer individuellement, pour autant, je peux diffamer des groupes. Je peux dire les musulmans font ceci, les musulmans font cela. Je peux dire les chrétiens font ceci, les chrétiens font cela. Je peux dire tous les prêtres sont pédophiles, bah oui il y a eu des prêtres pédophiles, donc tous les prêtres le sont. Actuellement, vous avez un décalage de la question de la diffamation et on en vient à considérer que la diffamation de l’individu et du groupe ont même valeur juridique.

Dès lors que vous diffamez un groupe, vous allez au-delà de ce que permet la liberté d’expression. Eh là, ça devient dangereux, parce que dès lors que vous émettez une opinion sur les femmes, eh bien dans ce cas-là, vous allez au-delà de la liberté d’expression parce que vous diffamez les femmes et que vous portez atteinte à leur honneur et à toutes les femmes. Vous comprenez ? C’est une logique qui vient nuire à cette liberté. Comment encourager la critique sensée des religions, des idéologies et même des pratiques culturelles et sociales ? On en viendra peut-être un jour à quelqu’un qui nous dira que la dénonciation de l’excision est un délit. Et encore une fois, le curseur, où est-il ? Il est dans l’opinion. On l’oriente en fonction de ce curseur. S’il n’y a plus de pluralisme, alors nous ne sommes plus en démocratie libérale.

L’idée de société que nous nous sommes choisie depuis 1789 tombe à l’eau. C’est une mascarade ! Deuxièmement, s’il n’y a plus de pluralisme, cela signifie que des citoyens sont privilégiés par rapport à d’autres. Qui choisira les bons et les mauvais discours ? Il y a clairement des personnes qu’on ne peut pas attaquer, des groupes qu’on ne peut pas questionner, des idéologies qu’on ne peut pas critiquer. Dire que Mahomet fut pédophile fait de nous un mythomane. Je pense que la relative liberté de parole existe, on a la possibilité d’ouvrir notre bouche. La censure est davantage de l’ordre de la représentation, sans rentrer dans les cas particuliers, la population n’a pas une restriction marquée de sa liberté d’expression mais plus une sensation. Nous ne pouvons plus rien dire au travers de l’évolution de nos références culturelles et sociales, en voyant qu’on remanie les titres des livres, retire des pâtisseries, renomme les rues ou déboulonne les statues. Une attaque permanente de la gauche et d’une partie de la droite molle.

Derrière la crise des libertés se cache la crise de l’identité, justifiant ainsi une absence de réponses de la part des Français. Avant la Révolution, la culture classique ne voit aucune vertu en la tolérance. « La tolérance consiste, dans une large mesure, à ne pas être sévère sur les choses légères pour éviter que les choses plus graves se produisent. » (définition fournie par saint Thomas d’Aquin). Bossuet condamne la tolérance et l’intolérance, mais le risque c’est que beaucoup, pour éviter l’intolérance, se mettent à tomber dans son vice opposé : la tolérance. L’intolérance comme la tolérance sont considérées toutes deux comme des vices. Bossuet, Sixième Avertissement aux Protestants : « Il vous faudra avaler tout le poison de la tolérance. » Les sensés ne suivent pas Platon. La masse est dans l’erreur.

Il n’y a qu’une petite partie qui a réellement du discernement et qui évite de commettre l’erreur fatale. La télé nous sert le discours platonicien. C’est une abomination ! Lorsqu’on a vraiment l’instruction de la définition de « tolérance », on s’en inquiète.  Jean-Jacques Barthélémy disait : « L’indulgence pour le vice est une conspiration contre la vertu. » Ce rejet du pluralisme, alors même qu’il se veut au service du vivre-ensemble, est un rejet de l’altérité dans ce qu’elle a de merveilleux. En tout cas, ce qu’on nous vend comme étant merveilleux. Et c’est assez inquiétant parce que ça justifie donc toutes les censures qui ne sont pas nécessairement des censures juridiques. La censure peut frapper différemment. Nous sommes tellement confits dans le confort de cette vie un peu désagréable mais matériellement acceptable, on est confits dans un confort qui nous rend acceptable l’idée qu’on va se plaindre, on va se plaindre de ne pouvoir rien dire, on va se plaindre de ne pouvoir se réunir, on va se plaindre de ne pouvoir avoir nos héros, nos représentants parce que c’est une posture qui nous déresponsabilise. Aristote le démontre déjà dans son livre I et II de la Politique.

Le fait d’être dirigé est la première étape du confort. En se laissant guider, la masse ne se sent pas responsable des choix. Les citoyens n’ont pas encore bien mesuré le décalage qu’il y a entre ce qui nous est présenté comme des institutions très perfectionnées et la réalité politique des pratiques. Les débats très écoutés se déroulent tous dans le cercle de la raison, c’est-à-dire une expression cadrée, on ne sort pas de ce cercle. La fenêtre d’Overton. On peut s’exprimer librement seulement dans le cadre de cette fenêtre. Les gens croient entendre une pluralité, mais elle part d’un certain nombre de principes qui sont tous les mêmes. La parole alternative, radicalement alternative, n’est accessible que sur des lieux d’informations non officielles et ne s’adressant pas aux masses. Nous n’avons tous simplement pas conscience du fait que la vraie liberté de parole et de débat n’a plus lieu. Elle a été grignotée progressivement.

Hassan Ejaaibi

 

 

Print Friendly, PDF & Email
Notifiez de
Patapon

Excellente réaction dIvan Riouffol a l’emission de Pascal Praud.Alors que ce dernier voulait l’empecher de dire ce qu’il avait à dire( pas tres politiorrect),Riouffol a quitté l’assemblee.Ca m’ a rajeuni de 50ans,quand Maurice Clavel,opposant de gauche à un gouvernement de droite,lors d’un débat télévisé,avait quitté l’assemblée avec un tonitruant”Messieurs les censeurs,bonsoir!” .

patphil

depuis que macron a parlé d’islamisme, patrick cohen s’est découvert de sa burqa !

Lire Aussi