Impérialistes, nationalistes et kamikazes, restez groupés !

Dans son édition du 12 septembre 2007, le quotidien algérien Al-Watan (La Patrie) nous apprend qu’une partie des kamikazes algériens de cette année ont été endoctrinés, le plus naturellement du monde, dans une mosquée qui a pignon sur rue et dont l’imam est rémunéré par l’État, donc par la société algérienne : http://www.elwatan.com/spip.php?rubrique8402. La mosquée servait à hameçonner les jeunes adolescents les plus sensibles aux prêches anti-impérialistes avant que d’autres individus ne les prennent en charge et les préparent au passage à l’acte. Puisque ce n’était pas en Irak, ce sera en Algérie.

Ce qui est totalement ahurissant ce n’est pas le récit très classique que nous donne à lire la journaliste Salima Tlemçani, mais c’est plutôt son dernier paragraphe. Le voici tout entier, y compris son titre :
« L’idéologue du djihad »
Jusqu’à quand l’État continuera-t-il à rester passif devant des prêcheurs de la mort, payés aux frais du contribuable, après avoir vécu une décennie de terrorisme sauvage au nom de la religion ? De nombreuses plaintes ont été pourtant déposées contre cet imam par les riverains de la mosquée, sans que des suites soient données. Plus grave, les familles de jeunes ayant pris le maquis, ainsi que plusieurs repentis l’ont accusé d’avoir été l’idéologue du djihad sans qu’il soit nullement inquiété.

La journaliste, ainsi que les familles des jeunes qui se plaignent ici, font semblant d’oublier qu’il n’est même pas nécessaire d’aller à la mosquée et d’y écouter l’imam pour être abreuvé d’un discours combatif qui appelle à lutter contre l’impérialisme aussi bien en Irak qu’ailleurs dans le monde. Bien au chaud, chez eux aussi, tous les médias arabes ou presque, n’ont rien d’autre à offrir à leurs peuples. L’imam ne fait rien de répréhensible en Algérie puisque l’Etat lui-même tire sa légitimité du combat contre le colonialisme, l’impérialisme et ses laquais etc.,etc.

Le problème est que le premier rhéteur venu peut démontrer aux jeunes adolescents que le régime algérien a été l’ami de l’URSS qui opprimait les Afghans et les Tchétchènes et que ce même régime national est un grand partenaire commercial du capitalisme mondial qui sévit en Irak et au Moyen-Orient. La creuse phraséologie du régime algérien, des autres régimes arabes et de leurs médias, soi-disant progressistes, se retourne donc contre les Algériens et les Arabes eux-mêmes. Et ironie de l’histoire, ces attentats permettent à ces mêmes régimes corrompus et aux médias arabes soi-disant progressistes, de survivre et de continuer à faire illusion en se proclamant « remparts contre le raz-de-marée islamiste ».

Il n’est nullement étonnant que l’État algérien continue à rémunérer des imams qui invitent à combattre l’impérialisme. Les dégâts collatéraux de ces discours permettent finalement de pérenniser une légitimité acquise par le même combat. Faute de pouvoir atteindre leurs ennemis, les révolutionnaires et progressistes arabes n’ont pas fini d’écraser et de faire broyer leurs propres enfants.

Lorsque les combattants n’arrivent pas à atteindre leurs ennemis de l’extérieur, ils sont tout naturellement tentés d’en fabriquer dans leurs rangs et même de se suicider. C’est cette logique-là qui conduit à des attentats suicides en Afrique du Nord, en Irak et en Afghanistan. Autrement dit : l’impérialisme, le nationalisme et les kamikazes vivent en totale symbiose. Le premier teste ses armes sur les deux autres, les seconds tirent leur légitimité du combat contre l’impérialisme et contre les kamikazes et les derniers sont envoyés là où ils voulaient aller : l’enfer menant au paradis.

Pascal Mohamed Hilout

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