Indépendance kanake : la stratégie de la peur, la menace de guerre

wamytanM. Wamytan pleurniche. Il va porter plainte contre l’Etat français à l’ONU. Il l’accuse d’avoir, à travers les propos de son représentant, Régis Elbez, Commissaire Délégué de la République, « jeté en pâture » les noms des Wamytan récemment arrêtés à St-Louis[1] par les forces de l’ordre. M. Wamytan se dit en « danger de mort ».

« En citant le nom que je partage avec ces deux jeunes, le représentant de l’Etat me désignait comme l’homme à abattre dans le droit fil du mot d’ordre de certains extrémistes : “ Eliminez-le et il n’y aura plus de problème sur St Louis ”. J’ai eu l’occasion de lui dire qu’avec ce comportement, et les réactions qui s’y réfèrent, il me mettait dans la ligne de mire des jusqu’au-boutistes du tout sécuritaire et donc en danger de mort. »

M. Wamytan en martyr, ça fait rigoler beaucoup de monde en Nouvelle-Calédonie.

Wamytan : allégorie du kanakysme

Il y a quelques semaines, les autorités – qui rémunèrent M. Wamytan en tant que grand chef – lui ont demandé d’intervenir car, une fois encore, la délicieuse tribu dont il est le patron s’amusait à tirer sur les gendarmes, à caillasser les automobilistes, à édifier des barrages sur lesquels des hommes armés brandissaient le drapeau de Kanaky. M. Wamytan a refusé. Il était malade. Un gros rhume. Certain ont parlé de maladie diplomatique. D’autres de trouillomètre à zéro.

A moins qu’il ait songé à cet article d’Elise Vincent dans Le Monde du 23 août 2009, article qui nous apprit qu’il donnait de judicieux conseils aux « combattants » de Saint-Louis :

“ La soirée se passe selon les codes coutumiers tribaux, écrivait la journaliste. Chacun s’exprime à tour de rôle. Certains pères dénoncent l’irresponsabilité de leurs enfants. Mais le discours d’apaisement de M. Wamytan, cheveux blancs crépus, sourcils broussailleux, en clôture de soirée, est d’une nature particulière : « Pour moi, la réaction des jeunes est normale. (…) Les forces de l’ordre ne doivent pas intervenir comme elles l’ont fait. (…) C’est une provocation de l’Etat français. (…) Il faut se battre, mais il ne faut pas se battre n’importe comment. (…) Sinon ça va se retourner contre vous. (…) Il faut encadrer toutes vos actions (…), écouter les directives qu’on va vous donner. »

M. Wamytan continue : « Si vous faites des actions, il faut bien vous cacher le visage pour ne pas qu’on vous reconnaisse sur les photos. Et s’ils vous attrapent, il faut dire « non » du début à la fin. On dit « non, je ne connais pas » quand on vous montre une photo. » ”

Il y avait dans cette intervention le double langage si prisé par les indépendantistes et leur idéologie, ce mélange de lâcheté, de duplicité et de menaces dont M. Wamytan est l’allégorie.

Les seuls vraiment en danger de mort : les loyalistes néo-calédoniens

Mais au risque que M. Wamytan et sa chefferie se sentent à nouveau « interloqués, choqués, et scandalisés », pour le moment, les seuls extrémistes que l’on voit en Nouvelle-Calédonie sont les indépendantistes kanaks et principalement ceux de la tribu de Saint-Louis. Les seules personnes qui sont en danger de mort sont les habitants de la commune du Mont-Dore obligés de prendre la route provinciale qui longe la tribu (grêle de pierres qui a failli tuer un enfant dans son couffin et coups de fusil sur les automobiles), et les gendarmes qui servent de cibles en tentant de maintenir un semblant de sécurité dans la zone.

Et ces gens-là n’ont pas les moyens d’aller se pavaner à l’ONU comme M. Wamytan a pris l’habitude de le faire.

Enfin, si M. Wamytan envisage d’être le nouveau Tjibaou ou la réincarnation de Yeweiné Yeweiné, il est peut-être en danger de mort. Mais ce ne sont pas les « jusqu’au-boutistes du tout sécuritaire » qui ont abattu ses deux « illustres » prédécesseurs, ce sont des extrémistes indépendantistes comme eux, des extrémistes un peu plus à l’extrême qu’eux.

Moralité : à jouer avec des allumettes, il ne faut pas s’étonner de se brûler.

Pourtant M. Wamytan et ses amis de l’Union calédonienne continuent de jouer les boutefeux.

L’indépendance en 2018 ou la guerre

Lors du dernier comité directeur de l’UC, son président, Daniel Goa, s’est positionné contre les trois référendums prévus par l’Accord de Nouméa[2]. Pour MM. Wamytan et Goa et leur parti, un seul référendum doit avoir lieu en 2018. Et celui-ci doit être gagné par le FLNKS[3]. En somme, ils veulent bien entrer sur le terrain, mais à condition d’être sûrs d’être les vainqueurs[4].

En cas de victoire du « non » à l’indépendance en 2018, l’UC par la bouche de M. Goa refuse de se faire « ridiculiser » en 2020 et en 2022.

La menace est claire : soit vous acquiescez aux manigances de MM. Christnacht et Merle[5] et vous acceptez un référendum avec une question qui ne laisse aucune autre possibilité que l’indépendance kanake, soit c’est la guerre.

Pour accentuer la pression, l’UC a décidé de boycotter le prochain comité des signataires de l’Accord de Nouméa, réunion annuelle qui se tient à Matignon pour faire le point sur l’application des accords. Il s’agit par cette politique de la chaise vide d’affoler les adversaires en faisant remonter en mémoire calédonienne, grâce au mot « boycott », les funestes événements de 1984 qui entraînèrent quatre années de guerre civile[6].

Par des stratégies souvent soufflées par les cabinets parisiens de l’UMPS, les indépendantistes kanaks ont l’habitude que l’Etat et les représentants des loyalistes cèdent rapidement à leurs desiderata.

S’il y a quelques années, M. Wamytan et ses complices disaient vouloir convaincre les loyalistes de voter pour l’indépendance en leur prouvant leurs capacités à gérer le Territoire, les vertus de paix, de tolérance, de sagesse, d’amour de l’Autre, de sainteté originelle et universelle contenus dans leur coutume tribale, aujourd’hui, ils veulent un référendum où seuls les Kanaks auront le droit de vote après une négociation bilatérale avec l’Etat.

Comme en 1983 à Nainville-le-Roches[7].

Splendide réussite de trente années de concessions aux indépendantistes kanaks.

Marcus Graven

[1] lire : http://ripostelaique.com/la-tribu-de-saint-louis-cancer-independantiste-aux-portes-de-noumea.html

[2] Trois référendums sont prévus. Si le premier est négatif, un deuxième doit avoir lieu, puis un troisième si le deuxième dit également « non » à l’indépendance kanake socialiste. Pour éviter de se poser la question de l’après d’un vote négatif, l’UC tente de mettre en place une stratégie de mauvais joueur d’échecs.

[3] Le Front de libération nationale kanake et socialiste est un rassemblement de partis politiques de Nouvelle-Calédonie fondé lors du congrès de dissolution du Front indépendantiste du 22 au 24 septembre 1984.

[4] Lire : http://ripostelaique.com/nouvelle-caledonie-lonu-verifie-le-niveau-depuration-ethnique-des-listes-electorales.html

[5] lire http://ripostelaique.com/nouvelle-caledonie-pierre-frogier-ou-la-confiance-trahie-des-caledoniens.html

[6] Le 18 novembre de cette année-là, les indépendantistes boycottent les élections et imposent ce boycott sur le terrain par la violence. Le secrétaire général de l’UC est à l’époque Eloi Machoro. Il se met en évidence en brisant, sous les flashes des journalistes, une urne à coup de hache.

Les anti-indépendantistes résistent. Le Front Calédonien fait face sur le terrain au Front Indépendantiste. En 1988, les accords de Matignon renouvelés en 1998 par les accords de Nouméa mettent le conflit entre parenthèses.

[7] Le 8 juillet 1983, s’ouvrait la table-ronde de Nainville-les-Roches entre le Front Indépendantiste, le RPCR et le secrétaire d’Etat Georges Lemoine. Une rencontre qui reconnaissait aux Kanaks le droit à l’indépendance, thème déclencheur pour Tjibaou et ses troupes des événements sanglants de 1984. Tjibaou pensait alors obtenir l’indépendance en quelques semaines.

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