Inflation : le retour ?

Pour Jacques Sapir, interviewé par la chaîne RT ce jeudi 4 mars, aucun risque de revoir les situations d’inflation à deux chiffres des années 1970.

Ce qui ne veut pas dire que tout risque inflationniste est exclu…

La situation est éminemment paradoxale : les banques centrales font tourner à fond leurs planches à billets, alors que cette création monétaire n’est fondée sur aucune création de richesses puisque la crise sanitaire a plongé dans le marasme la plupart des économies mondiales, provoquant un chômage de masse que les Etats s’emploient à indemniser sur… du vide.

Pourtant, l’équation paraissait solidement établie : hausse de l’émission fiduciaire sans hausse de la production marchande = hausse des prix des biens à la consommation…

Sapir, en bon économiste, fait remarquer que l’inflation n’est pas monolithique. Il faut en effet distinguer l’inflation des prix à la consommation (IPC), de ce que les experts appellent dans leur jargon l’inflation sous-jacente (ISJ), autrement dit la hausse des prix des matières premières et du pétrole.

Si l’IPC est immédiatement perceptible par le consommateur, qui peut la mesurer directement sur son porte-monnaie, l’ISJ est à priori plus indolore pour le consommateur…

A ceci près que l’ISJ d’aujourd’hui, c’est l’IPC de demain… Or, depuis la fin du 4ème trimestre de l’année 2020, on constate incontestablement une hausse des prix des matières premières.

C’est ainsi que le pétrole, au plus bas en mars 2020 – le Brent était descendu à 20$ de baril… – est substantiellement remonté et frôle actuellement les 60$ le baril. Il pourrait dépasser les 75$ d’ici la fin de l’année 2021. Tous les produits de la pétrochimie – et ils sont légions dans les économies modernes – pourraient alors voir leur coût, et donc leur prix, s’envoler.

Un phénomène qui touche l’ensemble des matières premières, dont les coûts sont en train de retrouver leur niveau d’avant la crise sanitaire.

« Tout ce qui est en amont de la production industrielle connaît des hausses de prix importantes » alerte Jacques Sapir. « Des produits manufacturés comme les microprocesseurs commencent même à être touchés par des pénuries »…

Par ailleurs, alors que, pandémie oblige, l’économie de beaucoup de pays d’Europe continue à stagner, voire à régresser, de nombreux pays du monde voient leur économie redémarrer. C’est le cas de la deuxième puissance économique de la planète, la Chine, ainsi que de la plupart des pays d’Asie. En Europe, les économies italienne et espagnole ont également renoué avec la croissance.

Cette embellie de nombreuses puissances industrielles nécessite de l’énergie. D’où un accroissement de la consommation de pétrole. Un accroissement qui influe d’autant plus sur la hausse du prix du pétrole que les pays producteurs n’ont pas encore rouvert les vannes à leur niveau de la fin 2020. Or : pénurie relative + accroissement de la demande = hausse des prix, c’est bien connu…

« Pas de conséquence dramatique », selon Jacques Sapir pour lequel l’IPC ne devrait pas dépasser les 2% dans les mois qui viennent. Précisant néanmoins que ces conséquences pourraient être particulièrement funestes pour les classes populaires et moyennes inférieures, rappelant que le mouvement des Gilets jaunes avait justement pris naissance à la suite d’une hausse des carburants.

Cela dit, les propos d’un économiste, même aussi éminent que l’est Jacques Sapir, sont comme ceux d’un devin selon Platon : à prendre avec beaucoup de recul. Rappelons que précisément, aucun d’entre eux n’avait prévu l’insurrection des Gilets jaunes

Henri Dubost

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5 Commentaires

  1. Il y a toujours de l’inflation , elle s’est seulement déplacée, sur l’immobilier en particulier.

  2. « Croitre sans cesse ou disparaitre »: C’est l’obsession première du capitalisme. La seconde est de faire un maximum de profits.
    Pour un matheux, il est facile de comprendre que le système capitalisme a vécu de m’inflation, en la provoquant. Mais ce qui était possible dans la phase extensive puis intensive du capitalisme a changé d’échelle et d’outils, avec la finance mondialisée. Il ne s’agit plus de vendre des marchandises avec une marge de 100 à 500%. Désormais, c’est « du vent » qui est échangé avec de la monnaie virtuelle. Les GAFAMS à la google, fessebouc ou touiteur qui dépassent les 1000 milliards de $ de capitalisation ne vendent que du vent. Et la spéculation sur les monnaies et valeurs mobilières représentent 95% des capitaux échangés.
    L’inflation folle est là depuis longtemps!

    • Pas faux.. seules les « valeurs vraies » inflationnent et inflationneront, et en particulier l’immobilier..; dans un premier temps.

      Qui voudrait en effet vendre son bien immobilier à vil prix de fausse monnaie ?

      Pour cette même raison, il en est de même pour les matières premières qui sont aussi des valeurs vraies qu’on peut « toucher ». Il en sera bien sûr de même pour l’or très bientôt.. sa valeur est TRES en retard ! Achetez-en si vous pouvez (or physique bien sûr!!).

      Elles inflationnent d’une part comme dit l’auteur de ce billet du fait de la demande qui devrait augmenter, mais aussi du fait de l’émission continue de la fausse monnaie.

      Nous aurons donc le double effet kiss-cool et ça fera très très bobo !
      Personnellement, je suis impatient de voir comment tout ça va évoluer.

      • Le sujet est vaste. K Marx y a consacré sa vie: La « formation des prix » n’est pas due à la demande, mais au besoin de profit. Il y a 2 milliards d’affamés qui ne peuvent rien acheter! ET Marx a clairement énoncé le principe d’égalité entre la monnaie circulante et la marchandise que l’on peut acheter avec. Depuis Breton woods, le dollar a augmenté de 6000% une paille. Et la planche à billets qui fonctionnait à tout va, est remplacée par les « quantitative easing » et autre manipulations des taux « centraux », des monnaies aussi. Reste que la numérisation permet tous les excès. La monnaie virtuelle qui fait les hyper profits des spéculateurs ne sert plus à payer des marchandises ou des services, mais de la spéculation contre les nations et contre leurs Peuples.

  3. La BCE balance 120 milliards d’euros par mois de fausse monnaie (basée sur aucune richesse ni plus-value de production).

    J’attends que l’hélicoptère monétaire se crashe sous la DCA des Allemands et des pays frugaux, et alors on va bien rigoler..

    Il est évident qu’il faudra à court terme dépenser plus en fausse monnaie pour payer des biens réels ce qui produira forcément de l’inflation.. et d’ailleurs, avec le plan du sénilissime bidet (injection de 1900 milliards de faux $ dans le commerce), les taux US montent sérieusement. Ne doutons pas qu’il en sera de même en Europe, touchant en premier les pays surendettés.

    A mon avis, il n’y aura pas d’atterrissage en douceur, seulement, ne pouvant prédire quand ce crash aura lieu, il faut prendre ses dispositions rapidement maintenant.

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