Instantanés : Benoît Rayski nous raconte 50 ans de journalisme

Publié le 8 février 2021 - par - 2 commentaires - 560 vues
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J’ai fait la connaissance de Benoît Rayski il y a quelques années. J’avais adoré son livre “J’ai pour la France une étrange passion, itinéraire amoureux“, où il décrivait, dans un tour de France, tout ce qu’il aimait dans la richesse de la diversité de notre pays, de ses paysages et de ses habitants.

Certes, il était journaliste, nul n’est parfait ! Encore pire, il a travaillé dans des journaux comme “Le Matin de Paris“, “L’événement du jeudi” et surtout l’infâme “Globe Hebdo” de Pierre Bergé. Mais il a aussi officié à “France-Soir“. Le délégué syndical CGT que j’étais aurait pu le croiser rue Hérold, au Matin de Paris, où j’ai effectué quelques services, en 1978, quand je débutais en presse.

On ne peut que s’attacher à un homme qui se dit “islamophobe de gauche“, mais aussi “islamophobe de droite“. Et on ne peut qu’aimer un journaliste qui est un frondeur né, certains diraient un mal-pensant, voire un affreux provocateur. Il a été épinglé par les “Inrockuptibles” pour avoir osé écrire que “Mein Kampf” est un livre très vendu dans les pays musulmans, voire le plus vendu. Pas bien ! Il a aggravé son cas en proférant ces mots, toujours dans Atlantico : « […] moi pas vouloir être mélangé à des milliers de Sihame Assbague qui crachent sur moi. Moi être heureux dans mon jardin. À me prélasser dans mon hamac. Moi fumer cigare. Moi lire Tintin au Congo. Moi rêver d’être dans un palanquin porté par des Noirs. […] » Et le sommet de sa gloire a été ce sous-titre “Reine des salopes” attribué à Marlène Schiappa, qui lui a valu les foudres des féministes, et contraint le directeur d’Atlantico, Serge Ferjou, et lui-même, à devoir présenter des excuses à la malheureuse, offusquée !

Benoît est, à ma connaissance, le seul homme au monde capable d’écrire sur Atlantico (et d’y être parfois refusé, pour le plus grand bonheur de Riposte Laïque, qui, lui, publie), sur Causeur, sur Boulevard Voltaire, et sur Riposte Laïque. Que ce courage de publier chez nous fasse des émules, chez certains auteurs qui craignent la diabolisation, tout en nous disant qu’ils sont d’accord avec ce que nous écrivons…

Après le remarquable “Les bâtards de Sartre”, il nous propose donc un nouvel ouvrage, “Instantanées”, édité par Pierre Guillaume de Roux. Il sait que je vais détester la couverture, qui, à cause du format, très étroit, fait que le seul mot du titre est coupé en quatre ! Un ancien typographe ne peut accepter ce viol des règles de base du métier, mais nous sommes en 2021 !

L’essentiel n’est pas là, bien sûr. Benoît, avec sa plume souvent ironique, parfois amère, souvent cassante, nous raconte ses rencontres les plus marquantes en cinquante ans de journalisme. Et il en a croisé, du beau monde : Jean-Marie Le Pen, Michel Rocard, Alexandre Dubcek, le père du Printemps de Prague, Jacques Chirac, Valérie Giscard d’Estaing, Pierre Lazareff, François Mitterrand, Pierre Bergé, Shimon Peres, Yasser Arafat, Lech Walesa, Max Théret, le trotskiste qui a fondé la Fnac, Jean-Pierre Chevènement, Daniel Cohn-Bendit.

On aura un petit mot sur l’homme qui a marqué sa vie, Adam Rayski, son père, chef des FTP-MOI avec Missak Manouchian, immortalisés par l’Affiche rouge. On comprend qu’il est difficile, pour un fils journaliste, d’être le fils d’un héros, qui avait pourtant tout compris du communisme, mais ne rompra jamais vraiment avec.

Le passage le plus savoureux du livre sera, malgré tout, cet entretien inoubliable, à la demande de François Mitterrand, avec Marguerite Duras, devenue une épave vers la fin de sa vie.

Par contre, cela sera la seule réserve, j’ai moins aimé le passage consacré à Jean-Marie Le Pen, comme si l’auteur, en montrant le fondateur du Front national comme un bagarreur un peu raciste (en pleine guerre d’Algérie), avait voulu montrer qu’il n’avait rien à voir avec “l’extrême droite”.

J’avoue avoir aimé également le chapitre consacré à Pierre Bergé, où Benoit, qui travaillait à l’époque à “Globe” se singularisera en refusant de se lever à l’entrée de son patron, comme l’avait demandé le rédacteur en chef. Il fut le seul à refuser cet acte de soumission, ce qui en dit long sur la servilité de nombre de journalistes.

La conclusion de Benoît Rayski : il a souvent méprisé les Grands de ce monde qu’il a croisés, sans jamais avoir le courage de le leur dire en face. C’est sans doute pour cela qu’il a pu rester cinquante ans journaliste, et nous permettre de découvrir, mine de rien, un demi-siècle de notre Histoire contemporaine.

Une tranche de vie à savourer…

Pierre Cassen

https://www.pgderoux.fr/fr/Livres-Parus/Instantanes/407.htm

 

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Notifiez de
patphil

” il en a croisé, du beau monde : Jean-Marie Le Pen, Michel Rocard, Alexandre Dubcek, le père du Printemps de Prague, Jacques Chirac, Valérie Giscard d’Estaing, Pierre Lazareff, François Mitterrand, Pierre Bergé, Shimon Peres, Yasser Arafat, Lech Walesa, Max Théret, le trotskiste qui a fondé la Fnac, Jean-Pierre Chevènement, Daniel Cohn-Bendit.”
du beau monde ? tous ? je préfère n’être qu’un vulgum pécus

Jean-Loup Izambert

Oui, bien d’accord avec vous. Rien que des gens qui derrière des apparences de “révolutionnaires de velours” se sont parfaitement accommodés de “détails de l’Histoire” et employés à perpétuer un système qui tue “la France d’en bas”. Moi aussi en cinquante ans de journalisme j’ai croisé du “beau monde”. Pas le même. Ceux qui, parfois milliardaires, créateurs, entrepreneurs, chercheurs et prolos ont fait “chanter” la France avec leurs nuits blanches et leurs espoirs. Je l’écrirai peut être un jour.

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