Interview de Huguette Chomski Magnis, présidente du Mouvement pour la Paix Contre le Terrorisme (MPCT)

Riposte Laïque : Peux-tu présenter à nos lecteurs le Mouvement pour la Paix et contre le Terrorisme, que tu présides ?
Huguette Chomski Magnis :
On peut résumer notre position par ce slogan « Le chemin de la paix passe par l’arrêt du terrorisme ». Le mouvement anti-guerre n’a ni légitimité ni crédibilité s’il ne se mobilise pas contre cette sale guerre faite aux civils qu’est toujours le terrorisme.
Le MPCT est une association loi de 1901, déjà grande fille de 5 ans mais restée petite pour son âge ! Sans doute parce que nous n’avons pas de porte-parole médiatique, en dépit du soutien que nous ont apporté diverses personnalités et responsables associatifs.
Au départ, il y a eu deux citoyennes « lambda » comme on dit, tracassées de voir que le terrorisme n’était pas ou très mal pris en compte comme donnée nouvelle et majeure par la plupart des associations se réclamant des droits humains et de la paix. Avec en prime ceux qui oscillant entre négation et justification sont carrément dans le registre du soutien moral au terrorisme !
Nous sommes fiers d’être indépendants de tout parti politique, de tout groupe d’intérêts. Mais n’être animé que par des anonymes restreint l’audience. Le combat engagé par Rosa Parks contre la ségrégation raciale aurait-il abouti s’il n’avait trouvé Martin Luther King sur sa route ?

Riposte Laïque : Votre mouvement appelle à lutter contre le terrorisme, mais évoque essentiellement le terrorisme islamiste. Ne craignez-vous pas que cela soit un angle d’attaque contre vous ?
Huguette Chomski Magnis :
A en juger par certains courriers que nous recevons, les angles d’attaque contre nous ne manquent pas !
Mais je tiens beaucoup à m’expliquer sur ce point.
Nous n’avons pas pour vocation d’évoquer plus tel terrorisme que tel autre. D’ailleurs parmi nos partenaires, les Espagnols sont très branchés ETA, les gens d’Irlande du Nord, IRA, les Italiens, Brigades Rouges.
Si, de fait, on évoque essentiellement le terrorisme islamiste c’est qu’objectivement, il frappe et terrorise le plus dans le monde. Que demain les attentats, prises d’otages commis au nom de l’Islam s’arrêtent, on en prendra acte et on s’en félicitera ! Et si d’aventure, d’autres se mettaient à envoyer des gens se faire exploser au milieu de civils et à décapiter leurs otages, on ne leur trouverait pas plus d’excuses.
Mais je précise bien que c’est l’islamisme que nous combattons, pas l’Islam. Je suis d’accord avec la distinction qu’opère Ed Husain (1) entre lslam spirituel et Islam politique ou islamisme.
Nous sommes un mouvement laïque, pas un mouvement anti-religieux. Par contre, l’Islam doit pouvoir être critiqué comme toute autre religion.
Riposte Laïque : Penses-tu que depuis l’initiative de l’an passé, à la mairie du 3e arrondissement de Paris, la menace terroriste gagne du terrain, en France, en Europe et dans le monde ?
Huguette Chomski Magnis :
Je ne suis pas vraiment à même de faire des évaluations de ce type. Notre domaine, c’est la société civile, pas le renseignement.
La menace est élevée dans le monde et en Europe mais a-t-elle progressé en un an ? La reprise des attentats sanglants en Algérie m’incite à dire oui, pour la France en particulier.
Ce qui doit nous inquiéter le plus c’est l’approche relativiste du terrorisme qui travaille l’ONU au corps, c’est la légitimation d’organisations terroristes, le cas du Hezbollah étant le plus spectaculaire. Car cela signifie que le terrorisme progressera encore puisque cela paie très bien, merci.
Riposte Laïque : Penses-tu que les différents gouvernements européens montrent une complaisance trop forte, au nom des principes démocratiques, avec l’islam politique ?
Huguette Chomski Magnis :
Une complaisance trop forte, oui assurément !
Que l’ex Premier ministre britannique Tony Blair ait jugé bon de solliciter les services de Tariq Ramadan après les attentats de juillet 2005, cela laisse songeur.
Que le Président de la République soit allé célébrer au Liban avec des représentants de presque toute la classe politique une unité nationale retrouvée qui marquait le triomphe du Hezbollah, cela laisse perplexe.
Et que la ministre des Affaires Étrangères de la Suisse prône à présent le dialogue avec Al Qaida
… cela laisse carrément sans voix !
Est-ce au nom de principes démocratiques ou plutôt au nom de la prudence et de cette fameuse real politik ? Car enfin quand il s’agit de limiter la liberté d’expression pour se concilier l’islam politique, c’est au contraire la liquidation d’un principe démocratique qui est en jeu.
Et quand on voit les tentatives pour légitimer une organisation ouvertement terroriste comme le Hamas au prétexte qu’elle a remporté un scrutin électoral, on se dit que les leçons du passé n’ont vraiment pas été tirées.
Complaisance des gouvernements certes mais aussi responsabilité d’ONG qui portent une politique d’indignation sélective au nom d’une drôle de conception de la paix. C’était vrai en 2003 et c’est toujours vrai aujourd’hui. Il y a les grands « classiques », les causes sacrées, les mobilisations fétiches. Le reste passe « à la trappe ». Le terrorisme reste un sujet assez tabou, sinon pour évoquer les atteintes aux droits humains engendrées par la lutte contre le terrorisme. Ce qui est d’ailleurs un sujet de préoccupation parfaitement légitime. Mais si on ne commence pas par condamner la violation MAJEURE des droits humains qu’est la pratique terroriste et en particulier celle qu’on qualifie de « suicide » faute de savoir nommer l’innommable, on a tout faux !
Il faut vraiment dépoussiérer et clarifier tout ça pour permettre enfin à la société civile de se mobiliser sur un NON AU TERRORISME , expression de la réprobation de la conscience universelle qui rejette ce moyen d’action en tous lieux et en toutes circonstances.
Sans cela on reste enfermés dans un débat stérile sur la guerre contre le terrorisme.
Nous, c’est à la bataille des idées qu’on s’efforce de contribuer
Riposte Laïque : Quelle différence entre cette journée du 11 septembre 2008, et les initiatives que vous avez prises les années précédentes ?
Huguette Chomski Magnis :
J’aimerais dire que tout est différent, qu’on a réussi à créer un large mouvement fédérateur rassemblant les démocrates de tous bords. Car au fond le terrorisme préoccupe tout le monde, même Titeuf ! Contre le terrorisme il faudrait rassembler 20 000 personnes à Paris. On n’en est pas là !
Mais la différence c’est que depuis la conférence internationale du 11 septembre 2007, il existe un embryon d’alliance internationale de la société civile contre le terrorisme. Elle a eu son texte fondateur signé par des partenaires d’Algérie, d’Angleterre, d’Espagne, de France, d’Irlande du Nord, d’Israël et d’Italie. Une deuxième conférence internationale se réunira à Paris le 23 novembre. Son thème : « Le terrorisme contre les droits humains universels ». En cette année de 60° anniversaire de la Déclaration Universelle fêtée, célébrée en grande pompe mais gravement menacée, cela s’imposait.
Pour ce 11 septembre, nous avons voulu lancer l’idée de « Journée Internationale Contre le Terrorisme ». Comment admettre qu’une telle journée n’existe même pas ?
C’est une grande différence. Ce ne sera qu’un début mais, outre les Etats-Unis bien sûr, la journée sera marquée en France, en Italie, en Belgique, en Israël et , dans la mesure du possible, en Algérie. Je dis dans la mesure du possible car voir Cherifa Kheddar, qui défend avec pugnacité les droits des victimes du terrorisme, harcelée, alors même que les attentats meurtriers ont repris en Algérie, est inquiétant !
A Turin et à Paris, c’est aussi la voix de ceux qui ne jouissent pas de la même liberté que nous porterons.
A Paris mais aussi en région, c’est encore une différence cette année : l’initiative est relayée en région, notamment dans les Landes, dans l’Hérault, et jusqu’à la Réunion.
Chacune, chacun peut s’y associer, ne serait-ce que par une bougie allumée ce soir-là à sa fenêtre, à la fois hommage aux victimes et symbole d’espoir. Une petite flamme (laïque !) qui annonce que désormais le terrorisme, la société civile s’en mêle.
Propos recueillis par Pierre Cassen
(1) Jeune Britannique auteur de « The islamist », ouvrage autobiographique.
http://www.mpctasso.org/

image_pdfimage_print